REGARDS SUR LA SCIENCE

Quand l’aiguille d’acupuncture atteint le poumon

par Marc Gozlan - SPS n°326 - octobre / décembre 2018

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© Björn Wylezich | Dreamstime.com

On entend dire que les médecines complémentaires ne peuvent en aucun cas faire de mal et qu’elles ne sont donc jamais dangereuses. Rien n’est plus faux comme le montre un cas publié en février 2018 dans le journal de l’association médicale danoise [1]. Il concerne un adolescent de 16 ans, nageur de compétition, venu consulter un acupuncteur car se plaignant d’une douleur à l’épaule. À peine la séance terminée, il ressent en marchant une vive douleur dans la poitrine du côté gauche et a du mal à respirer. Alertés, des passants le conduisent à l’hôpital.

Le diagnostic est évident à la radiographie thoracique : pneumothorax bilatéral. De l’air s’est infiltré entre les deux parois de la plèvre qui enveloppe les poumons. Seule explication possible : l’aiguille d’acupuncture a pénétré si profondément la peau qu’elle a fini par atteindre un feuillet de la plèvre. Une fois que de l’air s’engouffre dans la cavité pleurale, le poumon se décolle de la paroi thoracique et se rétracte sur lui-même. Chez ce patient sportif et longiligne, cela s’est produit des deux côtés, ce qui a provoqué une intense gêne respiratoire.

Le traitement consiste à retirer l’air de la cavité pleurale afin de permettre au poumon de se regonfler et de revenir se plaquer au contact de la cage thoracique. À gauche, le pneumothorax a eu du mal à se résorber, l’air étant toujours piégé dans la cavité pleurale. Afin de le chasser, les chirurgiens ont dû poser un drain et le relier à un dispositif d’aspiration. À droite, le pneumothorax s’est résorbé de lui-même sans qu’il soit nécessaire d’intervenir, le patient étant surveillé par des radiographies de thorax jusqu’à la ré-expansion du poumon. Les clichés du thorax, effectués une semaine plus tard, ont montré la résolution complète du pneumothorax des deux côtés.

Ce cas a été porté à la connaissance des autorités sanitaires danoises dans la mesure où ce grave incident est survenu chez un jeune homme en parfaite santé, ne présentant pas de facteur de risque pour un pneumothorax, notamment pas de maladie pulmonaire (emphysème, fibrose pulmonaire, asthme, broncho-pneumopathie chronique obstructive, mucoviscidose, infection pulmonaire, cancer).

En 1995, une enquête norvégienne avait recensé 33 cas de pneumothorax associés à l’acupuncture [2]. En 2000, une étude australienne avait comptabilisé 64 cas similaires [3]. En Chine, 201 patients ont été victimes de pneumothorax après acupuncture entre 1989 et 2009 [4]. Quatre cas avaient été mortels. En France, des médecins ont décrit en 2003 le cas d’une femme de 25 ans qui, au cours d’une séance d’acupuncture, avait été victime de deux complications : un pneumothorax bilatéral et un épanchement sanguin dans le péricarde, fine membrane qui enveloppe le cœur [5]. Ce cas montre donc clairement que le pneumothorax ne résume pas l’ensemble des complications potentielles de l’acupuncture au niveau thoracique. Des cas d’infections articulaires vertébrales et des tissus mous en regard de vertèbres (arthrite septique, abcès paravertébral) ont été rapportés dans la littérature médicale [6], de même qu’un cas de rupture du muscle cardiaque ayant entraîné le décès d’un enfant de 9 ans en Chine [7].

Que retenir de tout cela ? Cette observation clinique montre qu’à l’instar de tout acte thérapeutique médical, des techniques utilisées en médecine dite « douce » peuvent également comporter un risque non négligeable pour le patient. Autre message, plus spécifique : le diagnostic de pneumothorax doit être évoqué chez toute personne présentant une douleur dans la poitrine ou un essoufflement après une séance d’acupuncture sur le thorax.

Références

- ^[1] |Larsson AS, Jørgensen IM, “Pneumothorax hos teenager efter akupunktur” [Acupuncture-induced bilateral pneumothorax in a 16-year-old boy], Ugeskr Laeger, 2018, 180 :1336-1337. [article en danois en libre accès sur ugeskriftet.dk]

- ^[2] |Norheim AJ, Fønnebø V, “Complications of acupuncture”, Tidsskr Nor Laegeforen, 1996, 116 :1153.

- ^[3] |Bensoussan A, Myers SP, Carlton AL, “Risks associated with the practice of traditional Chinese medicine : an Australian study”, Arch Fam Med, 2000, 9 :1071-8.

- ^[4] |Zhang J, Shang H, Gao X, Ernst E, “Acupuncture-related adverse events : a systematic review of the Chinese literature”, Bull World Health Organ, 2010, 88 :915-921C.

- ^[5] |Cantan R, Milesi-Defrance N, Hardenberg K, Vernet M, Messant I, Freysz M, « Pneumothorax bilatéral et tamponnade après acupuncture », Presse Med., 2003, 32 :311-2.

- ^[6] |Adams D, Cheng F, Jou H, Aung S, Yasui Y, Vohra S, “The safety of pediatric acupuncture : a systematic review”, Pediatrics, 2011, 128 :e1575-87.

- ^[7] |Ye TG, “Death caused by acupuncture needle piercing the heart”, J Trad Chin Med., 1956, 8 :433-4.

Mis en ligne le 14 mai 2019
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