Nucléaire danger immédiat — Et ça se passera près de chez vous

Note de lecture de François-Marie Bréon - octobre 2018

Nucléaire danger immédiat

Et ça se passera près de chez vous

Thierry Gadault et Hugues Demeude
Éditions Flammarion, 2018, 286 pages, 21 €

Ce livre est à charge contre le nucléaire civil en France et les structures étatiques qui le contrôlent. Il a eu un petit impact médiatique lors de sa sortie en février 2018 avant de retomber dans un certain anonymat.

Le livre affirme que les cuves des centrales nucléaires sont fissurées, que des risques majeurs sont en augmentation, et que ces risques sont cachés à la population par les différents services de l’État chargés de contrôler cette industrie.

Juste avant sa sortie, EDF et la Société française de l’énergie nucléaire (SFEN) avaient pointé des erreurs1,2 sur la base des « bonnes feuilles » publiées dans divers quotidiens et hebdomadaires. EDF avait même dit envisager des poursuites en diffamation mais, en l’absence d’information récente en ce sens, il semble que l’entreprise ait préféré laisser le livre retomber dans l’anonymat.

Un livre uniquement à charge est toujours suspect. Les auteurs prennent pour argent comptant toute affirmation des opposants au nucléaire civil alors qu’ils considèrent comme suspectes les informations données par l’exploitant. Les informations apportées par l’ASN (l’Autorité de sûreté nucléaire qui contrôle en France toute utilisation de radio-éléments) sont utilisées lorsqu’elles pointent des dangers ou des défauts de procédure. Par contre, lorsque cette même ASN conclut, sur la base d’une analyse, que la situation est acceptable, les auteurs y voient le résultat de pressions de l’exploitant.

Le biais anti-nucléaire est manifeste tout au long du livre. Un exemple : pour montrer le danger potentiel des centrales françaises, ils évoquent la possibilité de la rupture du barrage de Vouglans qui pourrait entraîner une inondation partielle de plusieurs centrales. Le scénario catastrophe qui pourrait conduire à cette inondation (sans démonstration de catastrophe nucléaire induite) noierait d’abord toute la vallée de l’Ain puis du Rhône. À Lyon, la vague induite aurait une hauteur de 9 mètres et on peut imaginer les conséquences sur cette ville et celles en amont. Mais, pour les auteurs, seul le risque nucléaire est à considérer dans les conséquences d’une telle catastrophe.

L’auteur de ces lignes a pu identifier plusieurs erreurs (ou mensonges ?) concernant l’impact de la radioactivité sur la santé. Il est ainsi affirmé qu’il y a une « explosion des taux de cancers dans la région de la centrale nucléaire japonaise [Fukushima]  » ou que l’on est « presque sûr de mourir après une exposition supérieure à 100 mSv  », deux affirmations en contradiction avec l’état des connaissances scientifiques qui sont synthétisées, par exemple, par le Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR)3. L’immense majorité des accusations sont floues et non sourcées. Il est bien sûr possible que le livre contienne des éléments vrais qui ont été cachés au public, mais cette hypothèse nous paraît peu probable. Si vraiment les auteurs avaient identifié un ou des faits de cette nature, il aurait été préférable de se concentrer sur ceux-ci et d’indiquer les éléments en appui de ces thèses, plutôt que de faire un pot-pourri d’accusations floues.

Ce livre n’a donc aucun intérêt. Nul doute qu’il sera apprécié par les militants anti-nucléaires et tous les complotistes persuadés que l’État leur ment pour des objectifs obscurs. Ceux qui apprécient Science et pseudo-sciences peuvent se dispenser de le lire.

1 « Nucléaire, danger immédiat (ouvrage) : attention fake news » par Boris Le Ngoc (SFEN), Revue Générale du Nucléaire (06.02.2018)

2 « EDF réfute les révélations du livre Nucléaire, danger immédiat » par Aurélie Barbaux (05/02/2018).

3 Voir le rapport de 2013 sur Fukushima (en francais) et le rapport de 2016 sur Fukushima (en anglais). Selon l’UNSCEAR, une dose de 100 mSv induit un risque de cancer mortel d’environ 0.3 %. La dose létale est plutôt de 5 000 à 10 000 mSv (50 à 100 fois plus).

Mis en ligne le 20 novembre 2018
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