Regards sur la science

津波 ou 台 , tsunamis (*) ou typhons (**) ?

Georges Jobert - Science et pseudo-sciences n°324 - avril / juin 2018

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Population vivant en 2000 dans les zones côtières de faible altitude (low elevation coastal zones, LECZ) et projections pour 2030 et 2060 (scénario B : prévisions minimales, scénario C : prévisions maximales) [3].

Typhons, cyclones ou tempêtes tropicales, l’actualité récente a rappelé les quantités énormes d’énergie potentielle que peuvent libérer ces instabilités dans le fonctionnement de la machine thermique Terre. D’autres instabilités se produisent aussi, très loin de sa surface, dans son noyau fluide. Elles sont à l’origine du champ géomagnétique (voir un travail récent [1]), mais probablement aussi, par formation de nouveaux points chauds, des relances de la tectonique globale. Celles-ci peuvent modifier les contraintes dans la croûte terrestre et déclencher ainsi de nombreux séismes dont certains pourront être très violents et accompagnés d’un tsunami. Dans les chambres magmatiques existantes ou alors créées, les instabilités induites dans le magma par l’apport de chaleur pourront donner lieu à des super-éruptions, éventuellement accompagnées de tsunamis1.

À cause de la similitude des dépôts qu’elles laissent sur le terrain, les deux classes de catastrophes sont difficiles à distinguer. Des chercheurs ont effectué une méta-analyse portant sur 4 500 années de données stratigraphiques recueillies en Méditerranée [2]. Ils ont étudié 153 événements interprétés comme des tsunamis et ont montré qu’en fait 90 % de ces invasions marines avaient été produites par des tempêtes, regroupées en cycles, avec des pics pendant le Petit Âge glaciaire2, ainsi que vers 1600 BP3 et 3100 BP.

De nombreux facteurs ont conduit les humains à s’installer sur les côtes des océans. Dans 15 ans, ce sont près d’un milliard de personnes qui y vivront, avec la menace accrue que fait peser l’élévation du niveau marin [3]. Sur la période 2000-2015, tsunamis et tempêtes ont tué plus de 430 000 personnes, affectant plus de 530 millions d’autres.

Les résultats de la méta-analyse [2] peuvent changer l’appréciation des fréquences respectives des deux classes de catastrophes. Mais ils ne changent pas la nécessité d’améliorer leur prévision et de mettre rapidement en place des moyens efficaces pour en diminuer l’impact sur les populations des mégapoles ou des plaines côtières à forte densité de population.

(*) Un tsu nami, (vague du port), est constitué d’une ou plusieurs ondes qui se propagent sans grande atténuation à la surface des océans, selon des modes particuliers (ondes solitaires). Si leur source est un séisme, leur extension latérale peut dépasser 1 500 km (séisme du 26 décembre 2004 en Indonésie).
(**) taifeng, grands vents en tourbillon autour de l’œil d’un cyclone.
Références

[1] Kaplan EJ, Schaeffer N, Vidal J, Cardin P, “Subcritical thermal convection of liquid metals in a rapidly rotating sphere”, Physical Review Letters, 2017, 119:094501
[2] Marriner N, Kaniewski D, Morhange C, Flaux C, Giaime M, Vacchi M, Goff J, “Tsunamis in the geological record : Making waves with a cautionary tale from the Mediterranean”, Science Advances, 2017, 3:e1700485.
[3] Neumann B, Vafeidis AT, Zimmermann J, Nicholls RJ, “Future coastal population growth and exposure to sea-level rise and coastal flooding – A global assessment”, PLoS ONE, 2015, 10:e0118571.

1 Sans oublier les météorites qui dans le passé sont tombées dans un océan, comme celle de Chicxulub.

2 Du début du XIVe à la fin du XIXe siècle.

3 Before present, avant le présent.

Mis en ligne le 14 septembre 2018
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