Peut-on stocker les déchets nucléaires en formation géologique profonde ?

par Bernard Bonin - Science et pseudo-sciences n°324, avril / juin 2018

Alors que de grands volumes de déchets radioactifs à vie courte sont aujourd’hui gérés industriellement en France dans des stockages de surface, la gestion à long terme des déchets radioactifs de haute activité et de moyenne activité à vie longue n’a pas encore été décidée dans tous ses détails. De nombreuses avancées sur la gestion des déchets ont été enregistrées durant les deux dernières décennies, tant sur le plan des décisions politiques que sur celui de la technique. Les résultats acquis ont fondé les options proposées dans la loi de programme du 28 juin 2006 prévoyant notamment la mise en service du stockage géologique en 2025, avec le projet du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo).

Les grands principes de la gestion des déchets nucléaires

Réduire la dangerosité des déchets, leur volume, en faire le tri et le recyclage : ces principes, applicables à la gestion des déchets ménagers ou industriels, le sont aussi pour les déchets nucléaires.

Avec un cycle du combustible fermé1, la gestion des déchets, depuis leur production jusqu’à leur destination finale, ressemble à une chaîne dont les principaux maillons sont le traitement-recyclage, le conditionnement, l’entreposage puis le stockage des déchets ultimes.

Les deux premiers maillons de la chaîne de gestion des déchets (traitement des combustibles usés et conditionnement des déchets) mis en œuvre conjointement en France à l’usine de La Hague se « marient » déjà de façon cohérente. Une fois conditionnés, reste encore à savoir quoi faire des colis ainsi produits. Grâce à leur stabilité chimique et à leur forme compacte et robuste, les conditionnements actuels (ciments, déchets métalliques compactés pour les déchets de moyenne activité ; verres pour les déchets de haute activité à vie longue) se prêtent bien, soit à leur stockage en surface pour les colis de déchets à vie courte, soit à un entreposage temporaire dans la perspective de leur stockage en couche géologique profonde.

Les déchets radioactifs en France

Les déchets radioactifs

Selon la définition du code de l’environnement, les déchets radioactifs sont des substances radioactives, c’est-à-dire des substances qui contiennent des radionucléaires naturels ou artificiels, pour lesquelles aucune utilisation ultérieure n’est prévue ou envisagée. On parle de déchets radioactifs ultimes lorsqu’ils ne peuvent plus être traités dans les conditions techniques et économiques du moment, notamment par extraction de leur part valorisable ou par réduction de leur caractère polluant ou dangereux. Ils sont très variés du fait de leur niveau d’activité, de leur durée de vie ou de la période radioactive des radionucléides qu’ils contiennent, de leur volume ou encore de leur nature (ferrailles, gravats, huiles…).

Les déchets radioactifs sont classés en fonction de deux critères : leur niveau de radioactivité (activité en Becquerel) et leur durée de vie (période radioactive).

Cette classification permet schématiquement d’associer à chaque catégorie de déchets une ou plusieurs filières de gestion, comme présenté de manière synthétique dans le tableau ci-dessous.

Cette classification usuelle des déchets offre une lecture simple pour l’orientation des déchets radioactifs et l’identification de filières. Elle ne prend toutefois pas en compte certains degrés de complexité qui conduisent à retenir une filière de gestion différente de la catégorie à laquelle le déchet est assimilé. D’autres critères, tels que la stabilité ou la présence de substances chimiques toxiques, doivent être pris en compte.

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source : Autorité de sureté nucléaire (ASN), asn.fr

Volume total et importance relative des déchets produits
(inventaire fin 2013)

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Source : Andra, inventaire.andra.fr

Origine des déchets

Estimation de la répartition des déchets radioactifs existant à fin 2013 par secteur économique en France, en volume : électronucléaire (60 %), recherche (27 %), défense (9 %), industrie non-électronucléaire (3 %), médical (1 %).

Sous quelle forme les déchets sont-ils conditionnés ?

Notre image de couverture avec ses fûts jaunes et le logo signalant la radioactivité est évocatrice, et largement utilisée pour illustrer tout sujet traitant des déchets radioactifs. En réalité, ce mode de conditionnement n’est bien entendu pas celui mis en œuvre pour les déchets qui ont vocation à être stockés en couches géologiques profondes.

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Ecorché (maquette) d’un colis standard de déchets vitrifiés HA (CSD-V, famille F1-3-01).
© Orano

Les déchets à haute activité (HA) sont intégrés dans une pâte de verre insoluble dont la capacité de confinement est particulièrement élevée et durable. Ils sont ensuite coulés dans un colis en inox. Un colis de déchets HA contient environ 400 kg de verre pour environ 70 kg de déchets. Le volume des déchets HA produits en France entre le début de l’utilisation de l’énergie nucléaire et la fin 2010 correspond environ au volume d’une piscine olympique.

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Démonstrateurs de colis MA-VL (au premier plan) et de conteneurs de stockage en béton de déchets MA-VL exposés à l’Espace technologique.
© Andra

Les déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) sont, pour une part importante et afin d’en réduire le volume, compactés sous forme de galettes qui sont ensuite introduites dans des colis en béton ou en métal. D’autres modes de conditionnement peuvent être réalisés en fonction de la nature de ces déchets : cimentation, bitumage, vitrification...

En attendant la création du stockage profond, ces déchets sont entreposés, le plus souvent sur les sites où les colis sont produits.

Source : Andra

Que faire des déchets ultimes ?

Le problème de la gestion des déchets radioactifs ultimes2 se ramène à confiner les radionucléides dans une installation appropriée, composée de plusieurs barrières successives pour faire obstacle à la migration des radionucléides et à leur retour vers la biosphère, le temps que la décroissance radioactive ait fait son œuvre. C’est ce qui est proposé avec l’entreposage (par définition temporaire) puis le stockage profond (solution pérenne).

Entreposer d’abord

Quel que soit le destin envisagé pour le combustible usé, son entreposage préalable est actuellement une nécessité : les pays qui ont adopté le cycle ouvert doivent entreposer ces futurs déchets dans l’attente de leur stockage ; ceux qui ont adopté le cycle fermé entreposent quelques années le combustible usé car ce dernier doit refroidir avant les opérations de traitement. Les déchets ultimes (vitrifiés) issus de ce traitement sont alors eux-mêmes entreposés. Dans tous les cas, l’entreposage est une solution d’attente et un élément de flexibilité dans la gestion des déchets qui permet à ces derniers de refroidir, diminuant ainsi la charge thermique et le coût de leur stockage ultérieur. L’entreposage de colis de verre ou de combustibles usés se pratique déjà dans l’industrie nucléaire sans problème majeur et les ingénieurs ne sont guère dépaysés par la durée de vie envisagée pour l’installation (quelques dizaines d’années).

Les garanties de sûreté d’un entreposage sont cependant moindres sur le long terme que celles d’un stockage profond car ces installations demandent une maintenance active et sont relativement vulnérables vis-à-vis des intrusions et agressions d’origine humaine.

Stocker ensuite : seule voie réaliste pour les déchets ultimes

Reste à trouver un lieu d’accueil définitif pour les déchets ultimes. Le stockage géologique en profondeur semble la seule solution de gestion à très long terme dont la sûreté n’exige pas le contrôle continu de la société. Un consensus international s’est établi sur cette question, tant au niveau de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) que de l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Aucune solution alternative n’a été jugée crédible, ni en France, ni ailleurs dans le monde.

Le stockage profond est un concept qui a évolué. Initialement portée par le projet de se débarrasser définitivement et irréversiblement des déchets, l’idée d’un stockage réversible s’est imposée en France. La réversibilité, qui consiste à pouvoir récupérer les déchets mis en stockage jusqu’à des temps de l’ordre du siècle a changé l’image des stockages profonds, sans pour autant bouleverser leur conception générale.

Les différentes barrières d’un stockage comprennent la matrice de confinement, la barrière ouvragée, et la roche-hôte. Pour les déchets de haute activité, la matrice de confinement est le verre, dans lequel les radionucléides sont incorporés et qui s’oppose à la libération des radionucléides de par sa grande stabilité chimique. La barrière ouvragée est un « étui » qui vise à protéger les colis des agressions externes et à retarder l’arrivée de l’eau, cette dernière étant à la fois l’agresseur chimique du verre et le vecteur du retour des radionucléides vers la biosphère. La roche-hôte est la dernière barrière, capable de protéger les deux précédentes et choisie pour sa capacité à retarder la migration de l’eau souterraine et des radionucléides en solution. Cette conception multi-barrière dicte l’architecture du stockage : les colis sont rangés dans des alvéoles scellées. Un espacement minimal des alvéoles est requis pour éviter un échauffement excessif du champ proche des alvéoles du stockage.

Les échelles de temps

Les échelles de temps pour l’entreposage et le stockage des déchets radioactifs sont dictées par le rythme de décroissance des radionucléides qu’ils contiennent.

Au début de la vie du déchet, la radioactivité est principalement due aux produits de fission (strontium 90, yttrium 90, césium 137). La puissance thermique dégagée par les déchets de haute activité et à vie longue (HA-VL) décroît alors d’un facteur deux en 50 ans. C’est cette échelle de temps qui détermine la durée typique d’un entreposage. Les produits de fission à vie courte ayant décru après cette période, ce sont les actinides (plutonium, thorium, radium, neptunium, curium, américium) qui deviennent les principaux contributeurs à la radioactivité, avec une contribution non négligeable des produits de fission à vie longue (césium 135, iode 129, technétium 99). La radioactivité du déchet retombe au même niveau que celle de l’uranium qui lui a donné naissance au bout d’une centaine de milliers d’années. C’est cette dernière échelle qui dimensionne la durée pendant laquelle un stockage doit remplir son office.

Par ses dimensions (kilométriques) et sa profondeur (quelques centaines de mètres), un stockage profond de déchets radioactifs ressemble à une mine3 et pose d’ailleurs des problèmes très similaires pour son creusement, sa ventilation et la manutention des objets en puits ou en galerie.

Cependant, à la différence d’une mine, un stockage se singularise avant tout par la durée de la mission qui lui est assignée, de l’ordre de 100 000 ans, ce qui diffère de tous les autres objets faits de main humaine. Nous ne disposons pas de retour d’expérience sur ce type d’installation ! Autre différence avec l’entreposage : de par son principe, un stockage en évolution normale relâchera de la radioactivité, même si cette quantité est infime et si cet événement est très éloigné dans le temps. Vu les échelles de temps en jeu, ce relâchement ne peut que se calculer… Le recours à la modélisation prédictive est donc obligatoire.

Prévoir l’évolution d’un stockage

Le scénario de référence

L’évolution probable du stockage est décrite dans le scénario « de référence » (ou scénario « normal ») : au début de leur histoire, disons dans les mille premières années, les colis de haute activité vont échauffer la roche avoisinante, jusqu’à lui faire atteindre une température de l’ordre d’une centaine de degrés. La roche refroidira ensuite lentement, au rythme de la décroissance radioactive des déchets. Dans le même temps, les barrières d’argile désaturées par l’excavation vont se resaturer d’eau : à quelques centaines de mètres de profondeur, la porosité des roches est pleine d’eau car on se trouve en général sous la nappe phréatique4. C’est aussi pendant ce millénaire que les ouvrages souterrains vont se tasser, ouvrant éventuellement des fissures dans la roche située à proximité. Ce tassement, joint à l’altération des barrières ouvragées, par exemple la corrosion des surconteneurs métalliques, rendra difficile – mais pas nécessairement impossible – la récupération des colis.

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Le voyage des radionucléides vers la biosphère

Beaucoup plus tard (au moins 10 000 ans, et peut-être bien plus), les verres et l’oxyde d’uranium auront commencé à se dissoudre très lentement dans l’eau. Cette dissolution par l’eau interstitielle entraînera une dispersion des rares radionucléides relâchés, qui entameront alors une lente migration à travers les roches du sous-sol. L’eau souterraine percolera à travers les pores et fissures de la roche-hôte avant de parvenir dans un aquifère5 où sa migration horizontale aboutira finalement à une rivière6 qui servira d’exutoire pour le retour des radionucléides vers la biosphère. Une roche-hôte très imperméable ralentira beaucoup la migration. Un aquifère « lent » et un exutoire éloigné devraient rallonger encore le temps de trajet. On a pu montrer que dans des formations géologiques peu perméables, il peut s’écouler des millions d’années avant un éventuel retour des eaux vers leur exutoire de surface. Ce sont quelques radionucléides qui devraient alors refaire surface, leur activité diminuée par la décroissance radioactive. En bon anglais, delay means decay (retarder signifie décroître) ! Au terme de son évolution, un stockage profond aura bien un certain impact radiologique sur l’environnement, puisque la quantité de radionucléides qui rejoindront la biosphère n’est pas nulle. Mais les études menées jusqu’ici suggèrent qu’une barrière ouvragée bien conçue, combinée à une barrière géologique bien choisie, retardera tellement le retour des radionucléides vers la biosphère que les relâchements devraient être minimes, plusieurs ordres de grandeur au-dessous des flux de radioactivité naturelle.

Un événement exceptionnel ?

Un volcan, un séisme majeur, une érosion imprévue ou un changement climatique important pourraient-ils bouleverser ces prédictions plutôt rassurantes ? Les géologues pensent être en mesure de répondre, ces événements naturels n’arrivant pas n’importe quand ni n’importe où. Aucun volcan nouveau ne naîtra en France pendant les prochains 100 000 ans, sauf peut-être dans le Puy-de-Dôme, les Alpes et les Pyrénées. En revanche, du fait des longues durées à prendre en compte, des séismes forts sont attendus pendant la vie du stockage. Mais leurs conséquences devraient être assez limitées, entre autres parce que le mouvement sismique est plus faible en profondeur qu’en surface. D’ailleurs, si l’on prend soin d’éviter les zones sismiques bien connues et de placer le stockage assez loin des failles actives, il est extrêmement probable qu’aucune nouvelle faille ne viendra traverser l’installation pendant sa durée de vie. Certes, les grands séismes bouleversent le relief, mais les plaines ne se transforment pas en montagnes en des temps aussi courts que 100 000 ans7 ! Quant à l’érosion, elle est potentiellement capable de mettre à nu le stockage avant que la décroissance radioactive ait fait son œuvre, mais il semble possible de la prévoir, et d’en minimiser les risques en choisissant des sites en plaine.

Prévoir l’impact d’un stockage

Pour prévoir l’impact à long terme du stockage sur la biosphère, il faut aussi modéliser celle-ci. Pour cela, on utilise en général des modèles divisant la biosphère en compartiments entre lesquels les polluants transitent selon des lois simples, le plus souvent linéaires, avec des coefficients de transfert déterminés empiriquement. Mais la biosphère réelle évoluera sans doute rapidement au regard des temps géologiques, et cette évolution ne se laisse pas aisément prévoir. Pour cette raison, l’impact dosimétrique sur l’être humain calculé via cette modélisation doit être pris avec précaution et pour ce qu’il est : c’est-à-dire un critère conventionnel parmi d’autres, pour juger l’impact d’un stockage.

L’expérience de validation globale de tous ces calculs prédictifs est impossible car les échelles de temps mises en jeu par le stockage sont inaccessibles à l’expérimentation directe. On est donc obligé de recourir à une validation des modèles « par morceaux », destinée surtout à vérifier qu’on a compris les principaux phénomènes en jeu, le fonctionnement des différents éléments du stockage, et à se convaincre qu’on peut faire des prédictions fiables sur le comportement à long terme du système. D’autres raisons incitent aussi à rester modestes : le milieu naturel est fort complexe, variable et hétérogène, ce sera donc un défi majeur de nourrir les codes avec des données d’entrée pertinentes.

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Schéma du projet de stockage profond Cigéo
© Andra

Il existe actuellement une dizaine de laboratoires souterrains dans le monde, dédiés à l’étude des stockages profonds. L’activité qui y est menée vise à valider les prédictions des modélisateurs sur l’impact d’un stockage. L’image qui se dégage de ces études en laboratoire souterrain ou sur des analogues naturels d’un stockage profond se précise au fil du temps. Citons seulement quelques résultats marquants : les formations salines, argileuses et, dans une moindre mesure, granitiques, semblent convenir comme roches-hôtes pour un stockage profond. Le voyage de l’eau à travers ces formations rocheuses peu perméables est lui aussi compris dans ses grandes lignes. Les phénomènes de sorption8 des radionucléides en solution dans l’eau souterraine sur les minéraux des roches contribuent à ralentir notablement la migration de nombreux radionucléides, et sont à peu près compris [1,2]. L’étude des traceurs naturels permet de reconstituer l’histoire de ce voyage lors des époques géologiques passées, et de montrer que les migrations dans une roche-hôte bien choisie peuvent être très lentes.

L’impact radiologique d’un stockage profond typique a été évalué à l’occasion de plusieurs exercices internationaux, par exemple EVEREST pour un stockage de déchets de haute et moyenne activité, et SPA pour un stockage de combustibles usés. Le résultat ? Quel que soit le milieu géologique étudié (sel, granite ou argile), si le stockage évolue selon le scénario « normal » décrit plus haut, l’impact est nul pendant les premiers 10 000 ans, et se chiffre ensuite en millionièmes de sievert par an pour les populations les plus exposées, soit environ mille fois moins que l’exposition à la radioactivité naturelle.

Par contre, on peut imaginer des scénarios « altérés », tels celui d’un puits creusé à proximité du stockage. Ceux-ci donnent un impact plus fort et moins tardif, mais très localisé.

En conclusion

Grâce à l’efficacité et à la redondance des barrières qui le composent, l’impact d’un stockage profond évoluant selon le scénario de « référence » devrait rester à la fois minime, local et différé. En revanche, les scénarios altérés peuvent avoir des impacts plus lourds. Même si l’on peut en étudier les conséquences, leur probabilité d’occurrence est difficilement prévisible, surtout pour ceux qui sont associés à une intrusion humaine motivée par la curiosité ou la malveillance.

Pour toutes les raisons invoquées plus haut, la sûreté d’un stockage ne se démontrera pas. Le rôle de la science devra être un peu plus modeste : construire la confiance, par un faisceau concordant d’indications montrant que tous les avatars susceptibles d’affecter le stockage ont été prévus jusque dans leurs conséquences… Bref, que ce dernier est d’une conception robuste et maîtrisée.

La maîtrise des risques n’est pas que technique et scientifique car elle a une forte composante sociétale. La démarche de construction de la confiance ne doit pas s’arrêter une fois acquise la conviction des experts !

Bibliographie

[1] Turlay R, Les déchets Nucléaires, un dossier scientifique, Les Éditions de Physique, 1998.
[2] Savage D (éditeur), The scientific and regulatory basis for the geological disposal of radioactive waste, Wiley, 1995.

Les acteurs et leurs responsabilités

Plusieurs acteurs interviennent dans la gestion des déchets : les producteurs (EDF, CEA, Areva, les hôpitaux, les centres de recherche…), les transporteurs, les prestataires de traitement et de stockage, chacun étant responsable de la sûreté de ses installations.

L’ASN (Autorité de sureté nucléaire) veille à ce que les différents acteurs exercent correctement leur responsabilité, du point de vue de la sûreté nucléaire ou de la radioprotection.

La responsabilité première du producteur de déchets

Le producteur de déchets radioactifs est responsable de leur élimination dans une installation autorisée à cet effet. En tant que producteurs de déchets, les exploitants d’activités nucléaires doivent poursuivre un objectif de minimisation du volume et de l’activité de leurs déchets, en amont lors de la conception et de l’exploitation des installations, en aval lors de la gestion des déchets. La qualité du conditionnement doit également être assurée.

La responsabilité du producteur suppose également à la fois la surveillance de la manière dont les déchets sont produits et entreposés dans ses installations, mais aussi la vérification que le déchet a bien été géré dans des filières autorisées (filières de traitement, d’entreposage et de stockage).

L’exploitant est donc responsable du tri, du conditionnement, du transport jusqu’au centre de traitement ou du centre de stockage des déchets produits et surtout de leur caractérisation (perméabilité, inventaire radiologique…) avant leur prise en charge dans la filière d’élimination retenue.

Les autres acteurs de la gestion des déchets

D’autres acteurs que les producteurs de déchets interviennent dans la gestion des déchets. Il s’agit des entreprises chargées du transport (Areva Logistics, BNFL SA…), des prestataires de traitement (Socodei, Areva, CEA), des responsables des centres d’entreposage ou de stockage (CEA, Areva, Andra), des organismes en charge de la recherche et du développement pour optimiser cette gestion (CEA, Andra). Chacun est responsable de la sûreté de ses activités […].

Les prestataires de traitement de déchets (compactage, incinération, fusion) agissent pour le compte des producteurs, qui restent propriétaires de leurs déchets. Ces prestataires sont responsables de la sûreté de leurs installations […].

Les gestionnaires des centres d’entreposage ou de stockage (Andra, CEA, Areva) sont responsables de la sûreté, à moyen et à long terme, de leurs installations.

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra)

L’Andra est un établissement public industriel et commercial, indépendant des producteurs de déchets. L’agence est placée sous la tutelle des ministres chargés respectivement de l’énergie, de la recherche et de l’environnement. Elle a une mission de gestion à long terme des centres de stockage. Elle a également une mission de service public d’entreposage des déchets ne disposant pas de filière d’élimination et dont les propriétaires ne peuvent pas assurer l’entreposage de façon sûre, ou dont le propriétaire n’est pas identifiable.

Les organismes de recherche

Les organismes de recherche (CEA, Andra) participent à l’optimisation technique de la gestion des déchets radioactifs, tant au niveau de la production que du développement des procédés de traitement, de conditionnement et de caractérisation du déchet conditionné. Une bonne coordination des programmes de recherche est nécessaire afin d’améliorer la sûreté globale de cette gestion.

L’autorité de sûreté nucléaire (ASN)

À l’image d’autres autorités administratives indépendantes en France ou de ses homologues à l’étranger, l’ASN est dirigée par un collège qui définit sa politique générale en matière de sûreté nucléaire et de radioprotection. Le collège est composé de cinq commissaires, dont le président de l’ASN. Ils sont nommés pour six ans, trois par le président de la République et un par le président de chaque assemblée parlementaire. Ces commissaires sont irrévocables, sauf situation exceptionnelle, et astreints à un devoir d’impartialité. Le collège bâtit la stratégie et la doctrine de l’ASN pour le contrôle de la sûreté nucléaire et la radioprotection. Il prend les décisions les plus importantes. Le collège prend publiquement position sur les sujets majeurs qui relèvent de la compétence de l’ASN. Il rend compte au Parlement.

L’ASN participe à l’élaboration de la réglementation relative à la gestion des déchets radioactifs, assure le contrôle de la sûreté, de la conception au démantèlement, des installations nucléaires de base à l’origine des déchets ou intervenant dans leur élimination et réalise des inspections chez les différents producteurs de déchets (EDF, Areva, CEA, hôpitaux, centres de recherche…) et auprès de l’Andra. Elle contrôle l’organisation générale mise en place par l’Andra pour l’acceptation des déchets des producteurs. Elle apprécie la politique et les pratiques de gestion des déchets des producteurs de déchets radioactifs.

L’ASN s’appuie pour les évaluations des dossiers qui lui sont présentés sur l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et sur les avis des Groupes permanents d’experts.

Source : site de l’ASN (asn.fr)

1 Dans un « cycle ouvert », les matières valorisables du combustible irradié ne sont pas recyclées, à l’inverse d’un « cycle fermé » où les matières valorisables (uranium et plutonium) sont recyclées pour être réutilisées de nouveau en production d’énergie nucléaire, les déchets ultimes étant conditionnés pour être entreposés ou stockés

2 Un déchet ultime, selon la loi du 13 juillet 1992, est « un déchet résultant ou non d’un traitement d’un déchet, qui n’est plus susceptible d’être traité dans des conditions techniques et économiques du moment, notamment par extraction de la part valorisable ou par réduction de son caractère polluant ou dangereux ».

3 Il y a quand même une différence importante entre un stockage de déchets et une mine : pour stocker, on a le choix du lieu !

4 La seule exception est le site américain de Yucca Mountain. Situé en plein désert, le stockage est placé au-dessus du niveau actuel de la nappe phréatique.

5 Les aquifères sont des couches poreuses et perméables du sous-sol, dans lesquelles l’eau souterraine s’infiltre et circule.

6 La description du scénario « normal » faite ici correspond plutôt à un stockage dans une formation granitique ou argileuse.

7 Les montagnes les plus récentes d’Europe sont les Pyrénées. Elles sont vieilles de 40 millions d’années.

8 La sorption est la fixation d’un ion ou d’une molécule sur une surface.

Mis en ligne le 23 juillet 2018
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