Vaccination : agression ou protection ?

Note de Jean-Paul Krivine - SPS n°324, avril / juin 2018

Vaccination : agression ou protection ?
Annick Guimezanes et Marion Mathieu
Le Muscadier, 2015, 128 pages, 9,90 €

Tout a sans doute déjà été dit sur la vaccination. Mais dans un contexte où rumeurs et désinformation continuent de se propager sur Internet et dans certains médias, ce petit livre a le mérite d’apporter des éléments précis et complets sous une forme très pédagogique. Il a été écrit à l’issue d’un séminaire destiné à des malades, des parents d’enfants malades et des associations de malades en s’appuyant sur les échanges et questions soulevées. L’une des auteurs est immunologiste et chercheuse à l’Inserm ; l’autre est docteur en biologie et conduit des formations pour l’association Tous Chercheurs, dont la mission est d’initier le public à la démarche scientifique.

Un rappel historique sur les origines de la vaccination décrit une approche à la fois pragmatique (la vaccination se met en place sans que les mécanismes de l’immunologie soient connus) et scientifique (des observations, des tests, des expérimentations). Le système immunitaire est ensuite présenté, permettant d’introduire les principes de fonctionnement de la vaccination. Les différents types de vaccins sont décrits (vivants atténués, non vivants ou inactivés) et leur contenu explicité (antigènes microbiens, stabilisateurs, conservateurs, diluants et adjuvants). Le rôle et l’histoire des adjuvants sont développés dans un passage spécifique. Utilisés depuis 1926, la connaissance de leur mécanisme d’action est récente (fin du XXe siècle) et a valu l’attribution du prix Nobel de médecine 2011 à trois chercheurs, dont le Français Jules Hoffmann. Le processus industriel de fabrication des vaccins est décrit. Complexe, il s’étale en moyenne sur douze ans et s’inscrit dans un dispositif de sécurité sanitaire très strict qui est également exposé.

Le chapitre relatif à l’épidémiologie et aux notions d’immunité de groupe et de couverture vaccinale rappelle que la vaccination n’est pas seulement une affaire personnelle pour un avantage personnel, mais également une question d’intérêt commun. L’immunité de groupe permet de protéger des groupes de personnes qui, pour diverses raisons, ne peuvent pas toujours se faire vacciner (femmes enceintes, nouveau-nés, immunodéprimés…). Les problèmes spécifiques de l’évaluation du rapport bénéfice-risque sont également discutés. Les vaccins sont des médicaments : à ce titre, ils relèvent d’une telle évaluation. Mais ils ont de nombreuses particularités rendant cet exercice délicat. Comparé à un médicament « ordinaire », le vaccin doit s’apprécier non seulement pour la protection individuelle apportée, mais aussi pour la protection de groupe. Il s’adresse à des personnes en bonne santé (donc peu demandeuses), pour des avantages difficiles à percevoir mais avec d’éventuels effets indésirables immédiatement observables : « le paradoxe de la vaccination est qu’elle peut être victime de son succès. L’absence de cas visibles de la maladie (ce qui ne veut pas dire que la maladie n’existe plus !), obtenue grâce à la vaccination, incite à ne percevoir que les effets indésirables possibles de celle-ci, ce qui peut conduire à une diminution de la couverture vaccinale » (p. 80).

On trouvera dans cet ouvrage de courtes réponses à de nombreuses questions : la vaccination et le risque de maladie auto-immune, la vaccination et les traitements immunosuppresseurs, le calendrier vaccinal, la vaccination et les personnels de santé, etc.

Un chapitre particulier s’intéresse aux « oppositions à la vaccination », oppositions aussi vieilles que la vaccination elle-même. Les auteurs décrivent plusieurs types d’oppositions : celle d’inspiration « libertarienne » qui refuse toute réglementation et conteste l’obligation vaccinale, celle de type religieux qui affirme la supériorité de l’« immunisation naturelle » et, enfin, la plus importante, celle qui remet en cause le rapport bénéfice-risque en insistant principalement sur les risques que feraient courir les vaccins. Les causes du climat actuel de défiance sont abordées : la fraude d’Andrew Wakefield affirmant le lien entre autisme et vaccination ROR (rougeole, oreillons, rubéole), les rumeurs sur les liens entre la vaccination contre l’hépatite B et la sclérose en plaques, mais aussi l’épisode de la mauvaise gestion de la vaccination contre la grippe H1N1 en 2009.

Le livre se termine par une réflexion sur l’avenir : la possible mise au point de vaccins contre le paludisme, les cancers, le sida ou encore l’amélioration des adjuvants. Un lexique très complet accompagne un ouvrage que l’on peut recommander pour mieux comprendre la science derrière des controverses souvent faites de rumeurs et de désinformation.

Mis en ligne le 7 juillet 2018
851 visites

Explorer par thème


Valid HTML 4.01 Transitional CSS Valide !