Séismes, éruptions volcaniques… arguments de certains anthropo-climato-sceptiques

par Georges Jobert - SPS n°323, janvier / mars 2018

Le scepticisme relatif aux changements climatiques se concentre maintenant sur leur éventuelle origine anthropique1. Après leur avoir recherché des causes externes – la plus évidente étant liée au rayonnement solaire2 – on met maintenant en cause des phénomènes internes. D’après une rubrique du site3 Matière et Évolution [1] : « C’est le noyau de la Terre qui réchauffe notre planète et pas l’effet de serre atmosphérique. Pourquoi y a-t-il de plus en plus de volcanisme, de tremblements de terre, et un sol plus chaud ? Pas à cause de l’effet de serre mais parce que le noyau de la Terre se réchauffe par accumulation de chaleur liée aux fissions radioactives au centre de la planète. »

Comme toute nouvelle théorie scientifique, celle-ci – notée ci-dessous HNR, hypothèse du noyau radioactif – doit résister aux tests de sa réfutation. Avant de discuter de l’hypothèse4 , il faut d’abord examiner si les données utilisées comme arguments sont valables.

Plus de volcanisme

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L’article [2] discute en détail des effets des éruptions volcaniques. Elles peuvent conduire soit à un refroidissement global, soit à un réchauffement ; le premier dans le cas d’éruptions sur les continents ou les îles (volcanisme aérien), le second généralement pour des arrivées5 de laves au-dessous d’un océan. Ces dernières seules doivent donc être prises en compte à l’appui de HNR. S’il est aisé de compter les premières6, la tâche est impossible pour les secondes. Aussi dans l’article cité ne trouve-t-on pas d’évaluation de l’augmentation récente de leur énergie arrivant en surface, qui expliquerait le changement climatique. On peut seulement estimer qu’elle est corrélée avec celle libérée par le volcanisme aérien. Quant au nombre d’éruptions de ce dernier, dans la base de données de la Smithsonian [3], on ne trouve pas de trace d’une augmentation récente du nombre d’éruptions confirmées. On trouvera plus d’information dans [4].

Plus de tremblements de Terre

Comme le rapport entre l’énergie du plus faible séisme ressenti à la plus grande mesurée est d’environ 1 à 1012, plutôt que du nombre de séismes, il convient de parler de quantité d’énergie sismique globale libérée par an. Le sismologue japonais H. Kanamori a montré qu’entre 1896 et 1977 elle a été en moyenne de l’ordre de 3×1018 joules et a décru d’un ordre de grandeur jusqu’en 1970 [5]. Kanamori met ce changement en relation avec celui de l’amplitude du mouvement de Chandler7 observé dans la rotation de la Terre. On peut trouver sur Internet de nombreux articles sur ce sujet, qui n’ont pas été publiés dans des revues à comité de lecture. L’article de Johnston [6] montre qu’il n’y a pas eu de changement significatif au siècle dernier.

Un sol plus chaud

La grandeur physique étudiée est le flux géothermique, quantité de chaleur qui sort de la Terre par unité de surface et de temps. Sa détermination implique la mesure du gradient thermique8 dans un forage et celle de la conductivité des roches entre les points où il est mesuré. Il faut aussi tenir compte de nombreux effets perturbateurs (effets météorologiques, paléoclimatiques9, circulation d’eau, intrusions, topographie…). A fortiori l’évaluation d’un flux global est-elle incertaine. On admet que le flux moyen qui sort des continents est très voisin de celui qui sort du fond des océans. Le flux géothermique total est estimé10 à 1,4×1021 J/an. S’y ajoutent environ 6×1020 J/an dégagés par les volcans et les séismes. On ne trouve aucune publication montrant son augmentation dans le passé récent.

Les partisans de l’hypothèse du noyau radioactif devront chercher de meilleurs arguments que ceux entraînés par une augmentation de l’activité géodynamique.

Georges Jobert

1 D’où le titre. Voir pseudo-sciences.org

2 Rappelons que l’énergie solaire reçue chaque année par la Terre est de 5,5 × 1024 J.

3 Idéologique mais bien documenté.

4 Ceci sortirait du cadre de notre revue.

5 Qui peuvent se produire sans éruption proprement dite et échauffement direct de l’eau.

6 Mais moins d’estimer l’énergie émise.

7 Le mouvement de l’axe de rotation de la Terre est la résultante de plusieurs effets : précession des équinoxes (de période 25 760 ans), météorologique (de période annuelle), oscillation propre de Chandler (de période environ 433 jours).

8 Le gradient thermique donne la variation de température par unité de longueur en fonction de la direction.

9 Pour éliminer les premiers, il faut faire les mesures à quelques dizaines de mètres de profondeur, à quelques kilomètres pour les secondes, la variation superficielle de la température s’atténuant avec la profondeur.

10 planet-terre.ens-lyon.fr/article/chaleur-Terre-geothermie.xml

Mis en ligne le 14 juin 2018
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