L’énergiologie : une pseudo-science à dormir debout

SPS n°321, juillet 2017

Dans le numéro 318 de Science et pseudo-sciences1, nous mettions en garde contre la fausse intuition que l’énergie a une existence propre en dehors de la matière, en rappelant les mots du Pr Sadri Hassani selon qui vouloir « comprendre un phénomène physique par l’intermédiaire de notre intuition limitée, incomplète et souvent fausse » peut nous conduire au mysticisme. L’énergiologie est un cas d’école dans lequel le concept d’énergie est ainsi dénaturé par la tentative d’en faire la pierre angulaire d’une approche thérapeutique spécieuse sans justification scientifique et sans lien avec la réalité du monde physique. Plongée dans un univers où l’énergie est imaginaire…

Une vision profonde…

« Vous avez fréquemment des migraines mais les examens médicaux n’ont rien révélé sur l’origine de votre mal ? Vous continuez de souffrir de certaines maladies alors que vous avez essayé tous les traitements possibles ? Eh bien, il faut savoir que l’énergiologue propose une réponse à toutes ces questions ». Voici en substance ce que promettent les partisans de l’énergiologie, une « science », nous dit-on, « basée sur la connaissance des énergies dans toutes leurs manifestations », qui permettrait d’accéder à une meilleure compréhension « des organisations et des déséquilibres énergétiques ainsi que de leurs répercussions positives ou négatives sur notre organisme » [1]… Diantre ! Quel secret les énergiologues ont-ils découvert qui leur permet de triompher quand la médecine scientifique échoue ?

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Capture d’écran d’un site web illustrant la vision énergétique d’une sphère décalée vers le haut du corps [3].

Selon les énergiologues, du corps humain émaneraient quatre volumes énergétiques, baptisés « sphères subtiles », chacune associée à une partie spécifique du corps, en l’occurrence la tête, le thorax, le ventre et enfin le petit bassin. Comme « la circulation énergétique est perturbée lors des chocs physiques ou émotionnels et peut être ralentie ou déviée », ces quatre volumes peuvent se retrouver « décalés, déformés, compressés ou en rotation inversée » [2]. Un risque à ne pas négliger car l’effet serait cumulatif : « ces dérèglements s’impriment dans le corps, et leur activité demeure, au fil du temps, aussi importante qu’au lendemain de l’événement qui les a générés » ; ils seraient donc à l’origine de « nos souffrances et troubles de la santé » [3]. On apprend par exemple qu’une naissance aux forceps déplace les sphères énergétiques vers le haut du corps et serait la cause possible de problèmes digestifs, circulatoires, d’infections ORL ou encore de sénilité précoce… D’où l’intérêt de recaler ces sphères, recalage dont on pourrait craindre qu’il s’agisse d’une expérience douloureuse à vivre.

Que nenni ! La consultation chez un énergiologue est « sans danger et sans contre-indication » : elle est constituée d’un temps d’écoute, avant et après la séance proprement dite de « réharmonisation énergétique » pour laquelle le client « s’allonge sur une table de massage et profite du cadre chaleureux du cabinet pour se détendre pendant que l’Énergie agit » [4]. Mais que fabrique concrètement l’énergiologue pour que l’énergie « agisse » ? Étant capable de voir « à l’intérieur de la matière, la réalité subtile des objets et des êtres », il se place simplement à côté du patient puis « en fermant les yeux et par son regard intérieur [il] parvient à déterminer les causes énergétiques de la maladie » [1] ; puis, toujours par l’esprit, l’énergiologue rétablit « l’harmonie générale en “soudant” les parties disloquées du corps énergétique » [4]. Il suffisait d’y penser ! Et même si vous demeurez éloignés d’un des 212 thérapeutes formés que revendique le fondateur de l’énergiologie [5], pas d’inquiétude : il est tout à fait possible de travailler à distance, par Skype sur Internet ou par téléphone, car « que la personne soit là ou à 5000 km, ces plans subtils s’affichent de la même façon » [6]... Côté patients, comme le relayait en 2015 La Montagne [7], dont on aurait apprécié qu’elle adopte pour l’occasion une plus grande hauteur de vue, ils « sont unanimes, ils sentent un échange d’énergie » avec leur praticien, et se retrouvent immédiatement beaucoup plus détendus. Ce qui n’étonnera peut-être personne en apprenant d’une thérapeute qu’au cours de la séance, qui dure suivant les cas entre 30 minutes et une heure environ, « 80 % [des clients] s’endorment ! » [5]. Comme l’écrivait Balzac, « Il n’est pas de douleurs que le sommeil ne sache vaincre »2.

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Capture d’écran d’un site web montrant le fonctionnement de l’Hélizéo, ici mis en démonstration lors du salon Zen de Paris. Source : [8].

Pour celui ou celle qui, par l’entremise d’un caractère trop réservé, serait mal à l’aise à l’idée d’aller se faire voir les sphères par un marchand de sommeil, il existe des appareils destinés à rééquilibrer les énergies du corps, qui exploitent les propriétés de l’eau « dynamisée ». Par exemple, le modèle Hélizéo, qui produit de l’énergie « de haute intensité vibratoire » par un assemblage de tuyaux de « forme spiralée contenant de l’eau dynamisée en circuit fermé » dans le but de « tracter l’individu vers un meilleur état de détente, de tranquillité et de santé », et cela en toute « autonomie dans un espace public ou privé » [8].

…que possèderaient tous les êtres délicats…

Comme il se doit, des enseignements existent qui vous apprendront à voir et rééquilibrer les sphères subtiles de vos clients et devenir vous-même énergiologue. À l’image de cette institutrice qui, après 30 ans d’exercice, est devenue la thérapeute après avoir été la « patiente » [9]. Ou de cette infirmière anesthésiste qui un beau jour s’est rendue au salon Zen de Paris en ne cherchant « rien de particulier » mais qui, une visite au stand de l’énergiologie et une brochure plus tard, a su que « c’était cette formation qu’[elle allait] faire sans trop [se] poser de questions ni savoir exactement ce que c’était » [10]. Deux exemples parmi d’autres qui démontrent que le niveau d’instruction et de diplôme – y compris dans le domaine médical ou scientifique – ne protège pas systématiquement du basculement dans les pseudo-sciences, ce qui devrait nous interroger sur la place du développement de l’esprit critique dans notre système éducatif…

Où se former donc ? En France, il semblerait que « le diplôme pour exercer le métier d’énergiologue n’est délivré que par le fondateur de l’énergiologie » [1] qui se targue d’avoir conçu « la formation au métier d’énergiologue […] pour ces êtres délicats et hyper sensibles, qui ont la chance, de par leur héritage céleste, de posséder des qualités d’aides et de vision naturelles » [11]. Pour un peu plus de 2 000 euros, cette formation, répartie sur 20 mois, affiche un véritable programme pédagogique organisé en 2 cycles pour un total de 584 h et se termine par un examen vérifiant la capacité du stagiaire à dresser « un bilan énergétique complet d’un sujet, propositions de soins, et corrections » [12].

Mais en cherchant bien, vous trouverez également des propositions de formation plus courtes, comme à l’École d’hypnose en conscience et en énergies subtiles, qui dit enseigner, entre autres choses, l’énergiologie, et où l’enseignement, qui « s’accomplit en état modifié de conscience, ce qui permet d’être acquis de façon innée (sic) », conduit à l’obtention d’un diplôme de « praticien en énergies subtiles » [13].

…mais sans aucune réalité physique

Inutile de préciser qu’en dépit des efforts menés par ses promoteurs pour en vanter les mérites et asseoir sa respectabilité, l’énergiologie ne constitue pas une thérapie médicale reconnue et aucune démonstration scientifique ne valide ses principes ou son efficacité. Les fondements théoriques de cette thérapie, appuyés sur l’existence de quatre volumes énergétiques associés au corps que les douleurs de la vie déformeraient mais qui pourraient être remis en place par l’action de la pensée, n’ont aucun lien avec la réalité du monde dans lequel nous vivons…

Quant aux appareils, ils apparaissent comme des pépites technologiques mais bien entendu vous ne trouverez aucune réalité scientifique derrière le charabia technique qui les décrit.

L’énergiologie n’a donc aucun fondement scientifique mais n’est peut-être pas sans danger : la Miviludes3, dans son guide « santé et dérives sectaires » [14], traitant d’un certain nombre de pseudo-sciences dont l’énergiologie, a en effet souhaité « appeler l’attention de chacun sur les risques inhérents » à ces techniques qui restent « non éprouvées », en mettant en garde notamment contre l’amateurisme des praticiens qui pourrait découler de « l’absence de formation reconnue sur le plan légal ». Une bonne raison, convenons-en, de garder… les yeux ouverts.

Références

[1] portailbienêtre.fr
[2] energiologie-pascal-le-grand.com/energiologie
[3] espacensoi-energiologie.com/quest-ce-que-lenergiologie
[4] bienetreenyvelines.fr/energiologie
[5] « Qu’est-ce que l’énergiologie ? Un autre regard sur votre santé », sur le site energiologie.com
[6] voir-autrement.net/soins-energetiques_11-76947
[7] lamontagne.fr/montlucon/loisirs/art-litterature/2015/01/18/quelques-heures-encore-pour-tester-l-energiologie_11294710.html
[8] jmmeric.fr
[9] « L’ancienne institutrice reconvertie énergiologue », La nouvelle république, 10 mars 2010. Sur le site lanouvellerepublique.fr
[10] Sur le site energiologie.com
[11] « L’Energiologie, un pas vers la vie et vers la paix  » par Jean-Michel Méric, Energiologue. 27 novembre 2014. Sur le site soleil-levant.org
[12] energiologie.com/pdf/formationsplaquette2016.pdf
[13] devenir-therapeute.fr/ecoles-de-energiologie
[14] Guide « Santé et dérives sectaires », rapport de la MIVILUDES. Sur le site www.derives-sectes.gouv.fr

1 Sébastien Point, « Energie libre : quand les esprits se déchaînent », SPS n° 318, 2016.

2 Honoré de Balzac, Le cousin Pons, 1847.

3 Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires

Mis en ligne le 14 juin 2018
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