Des tempêtes, j’en ai vu d’autres

Pour une écologie sans démagogie

Note de lecture de Jean-Paul Krivine - SPS n°319, janvier 2017

Des tempêtes, j’en ai vu d’autres
Pour une écologie sans démagogie
Maud Fontenoy
Plon, 2016, 288 pages, 15,88 €

Maud Fontenoy est navigatrice, première femme à avoir traversé l’Atlantique nord et le Pacifique à la rame. Ce livre est un vibrant plaidoyer à la fois pour une réelle prise en compte des enjeux environnementaux et pour une approche raisonnable et scientifique de l’écologie (science de l’environnement qu’elle oppose à la «  religion écologiste  » très en vogue). Le récit est vif et entrecoupe les réflexions sur des sujets tels que l’énergie, la biodiversité, la pollution ou l’agriculture avec le récit de certains moments poignants de son expérience sur les océans. De sa vie de navigatrice, Maud Fontenoy a tiré la volonté à toute épreuve qu’elle entend mettre au service de la cause écologique qu’elle défend. Le ton est vite donné et elle affirme sa confiance dans le progrès et dans la science (« soyons fidèles aux valeurs des Lumières et réconcilions-nous avec le progrès  » p. 30), la place de l’Homme (« ne cloisonnons pas l’Homme animal nuisible d’un côté et la Nature, éternelle laissée pour compte, de l’autre » p. 16) et la dénonciation du « marché lucratif que sont devenus l’entretien et l’exploitation des peurs infondées » (p. 19). Sur ce dernier point, l’ouvrage développe de nombreux thèmes bien connus de nos lecteurs (alimentation, agriculture, pesticides, OGM, vaccins, ondes électromagnétiques, énergie, rôle des médias et des documentaires à grand spectacle, etc.)1.

Tout au long de l’ouvrage, l’auteure se fait l’avocate de solutions pragmatiques et se refuse à une vision manichéenne faisant « la chasse aux méchants industriels ». Au contraire, elle privilégie les actions qui poussent à produire de façon durable dans un jeu gagnant pour tous les acteurs, et pour l’environnement et les populations. Elle dénonce les méfaits d’un principe de précaution qui étouffe l’innovation et le progrès et plaide pour un principe de responsabilité qui rééquilibrerait le débat actuellement centré sur les seuls risques, « au profit des bénéfices potentiels » (p. 176). Elle appelle à ce que l’on s’appuie sur « les vrais chiffres », sur la connaissance scientifique, et plaide pour une préservation des ressources naturelles, mais donnant aux plus pauvres l’accès au développement auquel ils aspirent et à tous un avenir meilleur (« la décroissance paraît quant à elle un exercice intellectuel de bourgeois gâtés » p. 105).

Au titre des solutions mises en avant, Maud Fontenoy privilégie l’économie circulaire où « les déchets des uns sont les ressources des autres » (p. 141) ainsi qu’une économie de la fonctionnalité où l’usage compte plus que la propriété, permettant d’entrevoir une société où la pollution serait abolie, « comme on a aboli l’esclavage » (p. 144). Pour l’auteure, le biomimétisme (s’inspirer, pour les innovations, du fonctionnement du vivant) devrait être une source d’inspiration à privilégier. Pour autant, la nature n’est pas sacralisée mais doit être prise en compte pour permettre à l’Homme de se développer. La science est mise en avant, tout en réaffirmant qu’elle « ne règlera pas tous les problèmes du monde, mais une politique niant ou déformant la connaissance scientifique conduit immanquablement à des désastres » (p. 179). Il faut regarder avec optimisme le progrès technique. Pour autant, les questions « abyssales » soulevées ne sont pas ignorées, comme, par exemple, le risque d’une humanité à deux vitesses. Maud Fontenoy récuse, par ailleurs, la « nostalgie du “c’était mieux avant”  » et appelle à « [utiliser] notre ingéniosité afin d’assimiler le meilleur de la technologie et de nos cultures pour inventer le monde de demain » (p. 244).

Terminons cette note par ce qui est largement expliqué au début de l’ouvrage : les raisons de l’engagement de Maud Fontenoy dans le parti Les Républicains (elle est devenue vice-présidente du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, en charge du développement durable, de l’énergie et de la mer). Elle l’a fait en réponse à une proposition de développer de façon concrète, sur le terrain de l’action démocratique (au-delà des actions caritatives qu’elle mène activement, à travers sa fondation), les causes qui lui tiennent à cœur, consciente de troquer « l’aisance de [ses] contrats d’image » et une certaine « neutralité » au profit de « la possibilité de proposer un programme environnemental ambitieux », mais avectous les anathèmes que ne manquerait pas de susciter son engagement (« en à peine vingt-quatre heures, je suis passée de la “gentille navigatrice”, ayant été nommée personnalité de l’année par le Times Magazine, à la méchante de droite, et pire encore, sarkozyste  » (p. 36). Impossible, pour elle, de laisser ces questions «  aux autres », et en particulier au discours des “écologistes” de gauche tournant en boucle dans les médias, alarmiste et culpabilisant à souhait » (p. 30), réduisant l’avenir à « un combat contre le développement ». Elle assume de « transiger sur les moyens » (elle porte d’ailleurs un regard très analytique sur l’ensemble de la classe politique en général, sans esprit polémique) en conservant un «  idéal sur la fin  », par opposition à ceux qui « se veulent irréprochables et préfèrent garder les mains propres » (p. 120). Ce programme est résumé à la fin de l’ouvrage sous la forme de « cent propositions pour une écologie ajustée à l’Homme ».

1 Maud Fontenoy s’est appuyée pour certaines parties de son livre sur les écrits de l’AFIS et de la revue Science et pseudo-sciences (qui sont remerciés en fin d’ouvrage).

Mis en ligne le 22 avril 2017
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