L’archivage historique de l’aventure OGM

par Louis-Marie Houdebine - SPS n°319, janvier 2017

Vingt ans après le début de l’utilisation des OGM dans le monde, le fossé entre les résultats obtenus sur le terrain et la perception qu’en ont différents groupes humains est immense. Les OGM, concernant quelques plantes de grande culture, se sont imposés de manière impressionnante. Après un démarrage quelque peu chaotique en Inde, le succès des cotonniers GM dans ce pays est un fait établi. Les agriculteurs indiens n’ont pas tenu compte du fait que les semences de cotonniers achetées étaient adaptées aux conditions de culture des États-Unis mais pas à celles du sous-continent indien. Il a fallu presque une décennie pour corriger cette erreur en transférant par des croisements les caractères portés par les transgènes dans les variétés locales. Les petits agriculteurs tirent maintenant un bon profit de cette opération. Curieusement, la même erreur a été commise avec le cotonnier GM au Burkina Faso et elle commence à être corrigée. Des aubergines GM ont été obtenues au Bangladesh et elles sont à la disposition des consommateurs locaux. Ces quelques exemples ne rendent pas compte du foisonnement des projets en cours mettant en œuvre des OGM.

Pendant ce temps, une opposition généralisée aux OGM a fait son chemin en Europe puis en Amérique du Nord et à des degrés divers dans les différents continents. Cette opposition est considérée par certains comme l’expression d’une forme de démocratie directe. Il en serait ainsi si les opposants aux OGM étaient bien informés. De toute évidence, ils ne le sont pas. Pire, ils sont soigneusement désinformés jusqu’à brandir les OGM comme l’image du mal et comme l’un des boucs émissaires de notre temps.

Au cours des siècles passés, maintes innovations ont été d’abord bien accueillies, puis rejetées vigoureusement pour des raisons qui apparaissent, a posteriori, fragiles et peu à l’honneur des opposants. L’implantation de techniques finalement bénéfiques pour des groupes humains a provoqué des phénomènes de rejet que nous n’avons pas appris, au cours des siècles, à maîtriser. Une des raisons de ces échecs répétés est que les analyses des faits ont souvent lieu longtemps après les événements. Les données qui restent sont de ce fait partielles et biaisées.

Des groupes de chercheurs se sont organisés en Grande-Bretagne autour du Science Museum pour tenter de ne pas pâtir indéfiniment des mêmes erreurs. Ils ont commencé, depuis 2008, à stocker des témoins de toute sorte portant sur les vingt ans qui viennent de s’écouler : textes, courriers, articles de science et de vulgarisation, enregistrements de débats, films... Ces documents stockés sont d’ores et déjà consultables [1]. Les organisateurs de cette opération invitent différents pays à les imiter. C’est selon eux la meilleure manière de pouvoir analyser en profondeur l’aventure des OGM de la fin du vingtième et du début du vingt et unième siècle, dans quelques décennies, lorsque l’utilisation des OGM se sera généralisée. À défaut, nos descendants ne nous pardonneront pas notre négligence de ne pas leur avoir légué de quoi analyser les mécanismes d’un fait de société déjà entré dans l’histoire [2].

[1] Voir Library and Archives at Wroughton, sur www.sciencemuseum.org.uk
Les documents sont consultables sur place et sur rendez-vous. L’accès à la liste des documents archivés est possible sur http://archives.sciencemuseumgroup.... [Cocher Science Museum, London dans Search in ; entrer Genetic dans Search ; sélectionner Title dans Sort by et cliquer finalement sur Search.]
[2] Moses V., “The debate over GM crops is making history”, Nature, 2016, 537:139.
Mis en ligne le 27 mai 2017
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