Les avatars de la Science

265 - Décembre 2004

« L’histoire est la plus fondamentale de toutes les sciences. Là, il n’y a de connaissance humaine qui ne perde son caractère scientifique dès que les hommes oublient les conditions dans lesquelles elle s’est formée, les questions auxquelles elle avait à répondre et les fonctions qu’elle était censée remplir »
Erwin Schrödinger1

Si, depuis la révolution industrielle, il semble évident que les technologies découlent des découvertes scientifiques, il convient de rappeler que depuis l’aube de l’humanité, la pratique a toujours précédé la réflexion théorique. C’est poussé par la nécessité de répondre à ses besoins de survie que l’homme a tenté de comprendre le monde et forgé des hypothèses. « Au début était l’action » dit le poète. (Goethe, Faust) Avant que les potiers, les orfèvres ou les forgerons ne déploient tous leurs talents, bien avant l’invention de l’écriture et les grimoires, il a fallu que soit domestiqué le feu dont sont nées l’alchimie puis la chimie. C’est d’abord pour se repérer dans le temps et dans l’espace que les hommes ont observé les astres.

Mais si, au fil des millénaires, on retient surtout la lente émancipation de la pensée scientifique du carcan de la pensée magique, on oublie trop que des retours circonscrits, dans certains domaines ou à certaines époques, à des modes de pensée irrationnelle ont constellé cette trajectoire. Leur connaissance peut nous permettre de mieux relativiser les fluctuations contemporaines de l’opinion, comme par exemple, la connotation péjorative actuelle du mot chimie devenu synonyme de « non naturel », poison, polluant, toxique, etc.

La dérive mentale n’épargne pas le monde des savants, qui, bien que profondément motivés par le désir de comprendre le monde par l’usage de leur raison, n’en sont pas moins agités par leurs passions et conflits intimes, modulés par leur situation sociale et l’éducation qu’ils ont reçue. L’impact de cette dérive est tributaire du contexte historique dans lequel elle se situe. Les premiers balbutiements de l’anthropologie de la fin du XIXe s. montrent comment l’alliance apparemment paradoxale, mais assez fréquente, de l’obsession du chiffre et du manque de rigueur du raisonnement a abouti au racisme pseudo-scientifique, qui a trouvé un écho favorable dans le monde des lettres et toute la société. Seule l’analyse critique d’une hypothèse par toute la communauté scientifique peut permettre de corriger certains errements dont aucun être humain n’est exempt. Le caractère profondément critique de cette démarche propre à ébranler les certitudes dogmatiques est si insupportable à tous les pouvoirs autoritaires, qu’ils soient laïcs ou religieux, qu’ils tentent toujours de la museler au point qu’elle peut en succomber d’étouffement.

L’histoire des sciences est faite d’avancées mais aussi d’erreurs, de reculs et de paradoxes dont il est question dans ce numéro.

1 Erwin Schrödinger, prix Nobel de physique 1933. L’équation qui porte son nom est la formulation mathématique de la mécanique ondulatoire.

Mis en ligne le 6 janvier 2005
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