À qui profitent les OGM ?

Jacques Testart. CNRS Éditions, 2012, 75 pages, 4 €

Note de lecture de Louis-Marie Houdebine - SPS n° 305, juillet 2013

Jacques Testart passe en revue les différents aspects de l’utilisation des PGM (plantes génétiquement modifiées) pour en arriver à la conclusion qu’elles ne servent à rien et qu’elles sont même nuisibles. Pour étayer son argumentation, Jacques Testart cite des exemples de PGM commercialisées ou non. Les informations sont souvent inexactes ou tellement partielles qu’elles en deviennent partiales. En voici quelques exemples. Il faut 140 g de riz doré par jour et non des kilogrammes pour répondre au besoin d’un adulte en vitamine A1. Les PGM ne profitent pas qu’aux grosses exploitations puisque 90 % des cultivateurs de PGM vivent dans des pays pauvres2. Environ 13 % et non 2,6 % des terres cultivables sont utilisées pour la culture des PGM3. Les OGM en général sont présentés exclusivement comme un mal. L’univers de Jacques Testart paraît restreint au combat entre quelques variétés de maïs, Monsanto et les arracheurs de maïs, sans réaliser que le développement de PGM dans le monde est désormais en plein essor sur tous les continents, sauf, en pratique, en Europe. C’est ignorer le développement en cours des PGM de deuxième génération qui sont destinés à améliorer les qualités nutritives des aliments, à permettre aux plantes de résister à la sécheresse etc. Une partie du livre s’efforce de redonner un peu de crédit à l’étude de G. E. Séralini invalidée par la totalité des agences au niveau mondial4.

Le livre s’achève sur un plaidoyer enthousiaste en faveur de la science citoyenne, dont les contours sont incertains. Tout cela est terriblement répétitif et vieillot. Si quelqu’un veut se conforter, dans son opposition personnelle, à l’« abominable » Monsanto, il trouvera dans ce livre tout ce qu’il lui faut. S’il souhaite par contre s’informer sur les PGM, il fera mieux de s’abstenir de cette lecture. En refermant ce livre, on ne peut manquer de se demander pourquoi les Éditions du CNRS ont publié un tel ouvrage.

1 Voir par exemple Tang (2012). b-Carotene in Golden Rice is as good as b-carotene in oil at providing vitamin A to children. Am J Clin Nutr. 96 (3) : 658-64 ; Enserink (2008) Tough lessons from golden rice. Science 320 : 468-471.

2 Brookes and Barfoot (2013). The global income and production effects of genetically modified (GM) crops 1996–2011 GM Crops and Food : Biotechnology in Agriculture and the Food Chain 4 (1) : 74-83 ; Brookes and Barfoot (2013). Key environmental impacts of global genetically modified (GM) crop use 1996–2011. GM Crops and Food : Biotechnology in Agriculture and the Food Chain 4 (2) : 1-11 (forthcoming).

3 James (2012). Global Status of Commercialized Biotech/GM Crops : 2012. ISAAA Brief No. 44. (http://www.isaaa.org/resources/publ...).

4 Voir Étude OGM de Gilles-Éric Séralini : les avis des agences et académies.

Mis en ligne le 30 août 2013
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