Comprendre les grands philosophes du lycée à l’université

Michael Paraire. Les éditions de l’Épervier, 2012, 254 pages, 14,50 €

Note de lecture de Martin Brunschwig

L’ouvrage dont je m’apprête à parler ici n’est peut-être pas le cœur de cible de notre lectorat… Mais l’auteur, se disant « lecteur occasionnel de notre revue qu’il trouve excellente », nous l’a adressé car il se réclame, dans l’introduction, d’une « approche, à la fois rationnelle et spécifiée, cohérente et différenciée ». Sachant que la philosophie est effectivement un domaine où règnent à la fois, naturellement, une grande recherche de réflexion, mais aussi parfois une certaine confusion, cette optique est bien sûr la bienvenue.

Le titre du livre lui-même reflète parfaitement son propos : c’est un bréviaire très pédagogique de la pensée philosophique, depuis Héraclite ou Parménide jusqu’à Foucault ou Chomsky, en passant par tout ce que l’histoire de la philosophie compte de grands noms : Descartes, Spinoza, Kant, Nietzsche, et tant d’autres. Il est également explicite en ce qui concerne le « niveau » du livre, qui sera parfait pour tout bachelier ou étudiant : il résume en une synthèse toujours très pertinente ce qu’il faut savoir de chacun de ces auteurs majeurs. Et il me semble que c’est également le niveau idéal pour le lecteur de tout âge désireux d’en apprendre un peu plus, ou de réviser ses classiques.

Deux qualités font encore de ces notices de très utiles résumés : la longueur de chaque notice, particulièrement bien calculée, permettant de présenter un panorama suffisamment large de chaque auteur, mais offrant aussi l’occasion d’un peu de variété si l’envie nous en prenait… ; et le vocabulaire employé, toujours accessible et agréable à lire.

Finalement, c’est l’aspect « retour au rationalisme » qui m’a paru le moins apparent : il me semble que tout ouvrage de ce genre sera amené à passer par les mêmes chemins, ou peu s’en faut. Et l’épine principale de ce livre reste la notice désolante consacrée à Freud ! Que ce penseur ait sa place dans les grands noms peut à la rigueur se comprendre dans le contexte actuel, où ses échecs cuisants et les fraudes dont il s’est rendu coupable restent encore trop méconnus, et où il passe pour un génie… Mais la note de M. Paraire à son sujet est vraiment surprenante, par le côté scientifique qu’il accorde à Freud sans ciller : il découvrirait l’inconscient « en analysant la structure de notre appareil psychique », la théorie de l’interprétation des rêves chez Freud n’aurait « rien de fantaisiste, et la multiplicité de ses études dans le domaine clinique ainsi que leur présentation scientifique invitent à considérer cette théorie comme largement fondée », et autres faits largement démentis depuis1.

Sur plus d’une quarantaine d’auteurs, on peut sans doute pardonner ce faux pas à Michael Paraire, qui après tout, s’est référé probablement à tout ce qu’on dit partout sur Freud. Mais d’une part, espérons que les autres notices échappent à ce type d’erreurs2… Et d’autre part, cela pose vraiment la question de la transmission des connaissances et de l’urgence de « déboulonner » définitivement les imposteurs !

1 Voir notre hors-série, SPS n°293, Les dessous du divan, décembre 2010 ; Mensonges freudiens de J. Bénesteau (Mardaga, 2002) ; Le livre noir de la psychanalyse, sous la direction de C. Meyer (Les arènes, 2005) ; Le crépuscule d’une idole de M. Onfray (Grasset, 2010), etc.

2 Nous ne prétendrons pas avoir la compétence de juger de chaque notice… Mais il semble bien que globalement, l’auteur est très érudit et nous transmet des connaissances fiables.

Mis en ligne le 5 août 2013
1843 visites

Explorer par thème


Valid HTML 4.01 Transitional CSS Valide !