Les thérapies quantiques revisitent la physique quantique

par Brigitte Axelrad - SPS n°303, janvier 2013

En France, les thérapies quantiques suscitent un engouement certain. Il suffit, pour s’en convaincre, de fréquenter les salons du bien-être ou les conférences sur ce sujet, à l’instar du IIIe Congrès international organisé par Marion Kaplan, les 17, 18 et 19 novembre 2012 à Reims [1], qui affichait « complet » avec plus de 1000 participants. Selon l’organisatrice, 80 % des intervenants sont des médecins ou des thérapeutes « qui ne trouvent pas dans leur bagage académique les solutions structurantes pour une médecine de demain ».

Ces partisans des médecines alternatives font à la médecine un certain nombre de reproches : effets secondaires des médicaments, incapacité à guérir certaines maladies, manque d’écoute du patient, scandales sanitaires, inefficacité des organismes publics de contrôle... Les Français utilisent donc leur droit à se soigner comme ils l’entendent et s’adressent souvent à ces nouvelles thérapies.

Les thérapies quantiques parlent d’états vibratoires, de signature du vivant, de bio-résonance, de biofeedback, elles utilisent aussi des appareils électroniques, comme le système LIFE, la machine d’Imagerie Electro-photonique SCIO [2] du professeur Konstantin Korotkov, qui, à partir de douze électrodes, mesurerait « 220.000 informations d’impulsions fréquentielles par seconde sur l’ensemble du système corporel, dans un espace à trois dimensions », etc. Les instruments de la médecine quantique prétendent faire appel aux technologies militaires développées pendant la guerre froide par les scientifiques américains et russes sur les signatures électromagnétiques et la furtivité (écrans anti-ondes ou antiradars).

Ces instruments sont supposés mesurer le déséquilibre énergétique du corps en analysant jusqu’à 7 000 paramètres de l’état de santé. La séance de une à deux heures coûte autour de 80 €, suivie d’une pseudo-ordonnance ou d’un bon de commande pour encore 80 €. Pour atteindre un « confort de vie », il faut trois à cinq séances espacées d’une dizaine de jours. Mais comme le dit prudemment un praticien en thérapie quantique : « À aucun moment, nos pratiques ne se substituent à la médecine conventionnelle, qu’elle soit allopathique ou homéopathique. Nous visons au contraire la complémentarité et nos outils d’avant-garde n’entraînent aucun effet secondaire néfaste ».

D’où viennent les thérapies quantiques ?

C’est la faute à Descartes ! Pourquoi ? Parce que, dit-on, il a dissocié l’esprit et le corps et introduit cette différenciation dans la culture occidentale. Les thérapeutes quantiques veulent bien reconnaître que cette vision de la médecine traditionnelle a fait progresser notre savoir-faire comme la chirurgie, la transplantation des organes, et même le raccordement d’éléments mécaniques du corps commandés par le cerveau, que la médecine actuelle sait réparer et relancer un cœur, déboucher des artères, supprimer la douleur, mais – c’est vrai – elle ne sait toujours pas soigner certaines maladies neurologiques ou certains cancers.

Les thérapeutes quantiques se réfèrent à la fameuse équation d’Albert Einstein E = mc2, en la traduisant par « la matière est une forme condensée d’énergie », ce qui ouvre la voie à un nouveau paradigme : « toute thérapie doit être basée sur l’utilisation de petites doses de radiations électromagnétiques appelées quanta d’énergie », d’où le nom de médecine quantique. La médecine quantique prétend « corriger les anomalies fonctionnelles ayant entraîné une pathologie en envoyant une information correctrice visant à trouver un état d’équilibre qu’on appelle état de santé ». Cette action énergétique utilise donc des rayonnements électromagnétiques destinés selon ses promoteurs à influencer de façon cohérente les fonctions de la cellule, des tissus et des organes du patient. « Ces émissions électromagnétiques doivent être à l’unisson avec les processus biophysiques d’information énergétique de l’organisme vivant, c’est ce qu’on appelle la bio-résonance. »

« Les thérapies quantiques emploient tous les types de radiations biologiquement compatibles pour rétablir la cohérence de l’information altérée par la maladie. » [1] Elles prétendent guérir sans distinction les maladies cardiovasculaires, auto-immunes, les paralysies cérébrales, les lithiases rénales, l’asthme, les allergies, l’autisme et la schizophrénie... Elles procureraient en outre à l’organisme une capacité d’auto-guérison.

Outre l’équation d’Einstein, la médecine quantique invoque d’autres notions de la physique fondamentale : la superposition d’états, illustrée par l’image du chat de Schrödinger qui peut être à la fois mort et vivant, le principe d’incertitude ou encore la notion que, dès qu’on observe un phénomène au niveau quantique, on le modifie. Ces notions reprises de la physique quantique vont servir à expliquer l’influence de l’esprit sur la matière. On dit rejoindre par là l’expérience millénaire de la médecine chinoise.

Dans son article, « Fariboles quantiques – Quantoc : l’art d’accommoder le mot quantique à toutes les sauces », Richard Monvoisin a résumé le dévoiement des termes de la physique quantique par les promoteurs de ces thérapies, « véritable piratage des concepts quantiques à des fins, disons, mystico-médicales » :

- la physique quantique permettrait d’expliquer la communication intercellulaire ;

- la dualité onde-particule serait une analogie de la dualité entre le corps et l’esprit ;

- le principe d’incertitude d’Heisenberg montrerait que la science n’est pas suffisante pour tout connaître et qu’il faut trouver un « paradigme complémentaire ». Chopra [3] propose en l’occurrence l’Ayurveda, une combinaison religieuse de textes sacrés qui édictent des principes (comme les cinq éléments ou les trois doshas) pour atteindre un bien-être durable ;

- l’observateur a un rôle dans le monde quantique, donc l’observateur pourrait influer sur la matière, donc la conscience pourrait influer sur la matière, donc l’observateur pourrait décider de la guérison. [4]

Pourquoi une telle fascination pour le « quantique » ?

Si la physique quantique fascine autant, c’est en partie parce qu’elle est contre-intuitive, en ce sens que ce qu’elle décrit ne ressemble pas vraiment à ce que l’on voit tous les jours. Mais la cacophonie médiatique autour de ses concepts est sans doute amplement responsable du succès des thérapies et des thérapeutes quantiques.

Dès lors, toutes les loufoqueries sont permises, comme par exemple la théorie du Cerveau Vibratoire Quantique (CVQ) qui est supposée relever de la « vision de l’Homme Vibratoire Biotique » et qui attribue l’autisme à un spasme du CVQ ! [5]

Parions que Descartes, Einstein, Heisenberg, Bohr, Schrödinger... s’amuseraient follement de voir leurs travaux ainsi revisités au III e millénaire...

[1] www.ouvertures.net/lirresist...
[2] www.eucarine.com/
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Deepak... ;
http://projetenvie.com/lequilibre-d...
[4] Extrait de « Découvertes sur les sectes et religions » n° 84, des actes du colloque national du 01.01.2010, le trimestriel du GEMPPI. Conférence donnée par Richard Monvoisin le samedi 3 octobre 2009 lors du colloque « Médecines parallèles et risques sectaires ». www.gemppi.org/accueil/dossi...
[5] http://www.soleil-levant.org/presse...

Mis en ligne le 21 août 2013
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