Regards sur la science

Qui faut-il croire ?

par Suzy Collin-Zahn - SPS n°302, octobre 2012

Un livre « d’histoire » fait grand bruit en ce moment : il s’agit de Métronome, l’histoire de France au rythme du métro parisien, de Lorànt Deutsch. Publié il y a trois ans, il a été vendu à deux millions d’exemplaires, et l’auteur a même été décoré de la médaille de vermeil de la Ville de Paris. De plus, l’ouvrage a donné lieu à une série documentaire sur France 5 en avril 2012. Il semble que ce soit à l’issue de cette diffusion que quelques historiens professionnels se sont réveillés et ont commencé à émettre des critiques sur ce livre, l’accusant en particulier d’être idéologiquement marqué. En effet, Deutsch se dit lui-même « monarchiste » ; il a répondu dans une émission de France Inter que « l’idéologie ne doit pas être détruite au nom du fait scientifique », déclaration pour le moins surprenante ! Par ailleurs, il semble que Métronome contienne de nombreuses erreurs historiques, des récits inventés, et soit caractérisé par un manque total de sources. À la suite de cette critique, d’ailleurs, l’auteur a ajouté quelques références dans la deuxième édition.

Je ne suis pas historienne et ne prétends nullement prendre parti dans cette controverse, mais cette affaire m’en rappelle de nombreuses autres qui se sont produites dans le domaine scientifique, et je pense que le phénomène mérite toute notre attention.

Qu’y voit-on en effet ? Un personnage médiatique (acteur connu), publiant un livre d’histoire qui a un énorme succès populaire. Il est clair que le nom de l’auteur et la publicité dont il a bénéficié y ont été pour quelque chose, mais ce n’est pas tout. La forme anecdotique, les aphorismes assénés, les aspects « révolutionnaires » remettant en cause les idées reçues plaisent souvent au grand public. Il en est de même dans le domaine des sciences « dures ». Par ailleurs, on peut se demander pourquoi il a fallu attendre trois ans pour que les historiens s’intéressent à ce livre.

Mon impression est qu’un syndrome identique existe pour les livres pseudo-scientifiques : les professionnels méprisent souvent ce genre d’ouvrages et estiment que ce serait une perte de temps que de les critiquer. Ils craignent également de passer pour des gens aigris, gardiens du temple d’une orthodoxie passéiste, et jaloux de leurs privilèges, ce que ne manquent pas de leur reprocher les non-spécialistes.

Dans ma propre discipline, l’astronomie, plusieurs scientifiques écrivent régulièrement des livres pour le grand public. Il faut dire que c’est une science fascinante et assez facilement popularisée. Hubert Reeves, en particulier, a publié des ouvrages qui ont été en leur temps de vrais best-sellers. Outre qu’il est une figure médiatique connue, il a de grandes qualités pédagogiques et poétiques, tout en gardant une rigueur scientifique.

Cependant, le succès de ses livres est loin d’être aussi grand que ceux d’autres auteurs, comme les Bogdanov dont une des thèses a fait l’objet d’un rapport très critique du CNRS. Or, ces personnages sont considérés par le grand public comme ayant réussi à comprendre ce qui s’est produit Avant le Big-Bang (titre de leur dernier livre), alors que tous les physiciens butent sur ce problème très complexe, qui nécessite d’avoir réussi à unifier la force de gravité avec les forces microscopiques ! Mais il serait très difficile d’en convaincre les admirateurs des Bogdanov à moins de rentrer dans une polémique de haut niveau, incompréhensible pour les non-spécialistes.

Dans ces conditions, que faire ? Par quels moyens s’attaquer au problème ? Et l’enjeu vaut-il d’y consacrer une grande énergie ? Personnellement je le pense...

Mis en ligne le 18 avril 2013
1395 visites

Explorer par thème


Valid HTML 4.01 Transitional CSS Valide !