Les nanoparticules sont-elles toujours indispensables ?

par Paul Tossa - SPS n°301, juillet 2012

De par les propriétés nouvelles de la matière qui se révèlent à la nano-échelle, les nanoparticules représentent un vaste champ d’applications et sont déjà présentes dans plusieurs produits de consommation. De nombreux secteurs sont concernés : environnement, énergie, textile (résistance élevée, transparence, propriétés ignifuges, faible poids), chimie et matériaux, cosmétiques (filtration des rayonnements UV et tenue des crèmes solaires à l’eau...etc.), santé (vecteurs d’administration de médicaments, accentuation du contraste pour l’IRM, écran de protection solaire, etc.), automobile (réduction du poids des véhicules et augmentation de la résistance des pièces automobiles, diminution de la consommation d’énergie, limitation des émissions des gaz à effet de serre, etc.), aéronautique et spatial, électronique et communication, verre et articles de verre, céramiques et matériaux de construction, caoutchouc (réduction du poids des pneumatiques, etc.), matières plastiques, métallurgie, défense (détection d’agents chimiques et biologiques), articles de sports (vélo, batte de base-ball, raquette de tennis, club de golf, etc.), etc. Mais les propriétés intéressantes de la matière qui se révèlent à la nano-échelle et qui justifient la large présence des nanoparticules dans des produits de consommation, sont également la source d’effets biologiques (sur l’homme et l’environnement) qui demeurent encore mal connus. C’est pourquoi, dans son avis d’expertise scientifique sur les risques sanitaires liés aux nanomatériaux1, l’ANSES (Agence nationale de la sécurité de l’alimentation de l’environnement et du travail) recommande de réaliser une analyse bénéfice/risque de chaque application avant le développement sur le marché de produits contenant des nanoparticules. L’objectif est de limiter l’exposition des consommateurs aux produits contenant des nanomatériaux manufacturés pour lesquels il existe des produits équivalents en termes de fonction, d’efficacité et de coût et ne contenant pas de nanoparticules, ou pour lesquels l’utilité démontrée serait faible. Illustrons ceci sur deux exemples d’applications où des nanoparticules viennent au contact de la peau : les nanoparticules d’argent dans les chaussettes anti-odeur et les nanoparticules de dioxyde de titane dans les crèmes solaires.

L’utilisation de nanoparticules d’argent répond essentiellement à une attente de propriétés biocides. Ces nanoparticules sont employées pour des produits destinés à des applications diverses (électroménager, ustensiles de cuisine, informatique, textiles, etc.) pour leur propension à combattre le développement des moisissures et des bactéries, en vue d’une fonction anti-odeur (c’est le cas pour les chaussettes) ou anti-contamination. D’après le rapport d’expertise de l’ANSES cité ci-dessus, les risques pour l’homme (contact quotidien des nanoparticules d’argent avec la peau, alors que les données de toxicologie disponibles ne permettent pas d’exclure le passage transcutané) et l’environnement (libération et dispersion des nanoparticules dans l’environnement après chaque lavage des chaussettes) ne peuvent être exclus, alors que le bénéfice apporté par une telle application reste limité.

L’utilisation de particules minérales de taille nanométriques de dioxyde de titane ou d’oxyde de zinc répond à des besoins d’augmentation de l’indice de protection contre les rayonnements ultraviolets (UV). Ces nanoparticules semi-conductrices atténuent les rayonnements UV par une combinaison d’absorption, de déflection et de diffusion de la lumière. Elles favorisent également leur adhérence sur la peau. Pour cette application, la plupart des études montrent qu’il n’y a pas de passage transcutané des nanoparticules de dioxyde titane vers le sang et que leur présence se limite à la couche superficielle de l’épiderme pour une peau humaine saine. De plus les nanoparticules sont enrobées dans la crème solaire entraînant l’inhibition des effets photocatalytiques qui sont généralement à l’origine de leur toxicité. Même si les effets sur les espèces environnementales de ces nanoparticules demeurent encore mal connus, le bénéfice apporté en termes de prévention des cancers cutanés reste supérieur aux risques actuellement connus.

Il convient donc pour chaque application de réfléchir aux différents aspects développés ci-dessus pour assurer un développement responsable de ces nouvelles technologies, qui par ailleurs, sont très prometteuses en termes d’innovation technologique.

1 www.afsset.fr/upload/bibliotheque/4...

Mis en ligne le 15 avril 2013
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