Courrier des lecteurs : juillet à septembre 2011

Médecine quantique et respiriens

Je viens d’entendre parler aujourd’hui, pour la seconde fois, de ces mutants que seraient les « respiriens ». Le mot est calqué sur « végétariens » ou « végétaliens ». Ce sont des adeptes de la méditation, semble-t-il, qui arrivent à vivre sans se nourrir du tout, juste boire un minimum d’eau. On sait bien, me dit-on, que manger c’est extraire d’éléments naturels de l’énergie. Or, que font les plantes, continue-t-on ? Elles extraient de l’énergie du soleil. Ces respiriens extraient l’énergie cosmique par la force de leur méditation. Voilà qui est très fort. Arguer, contre ces affirmations obscures, de la fonction chlorophyllienne, du métabolisme d’un corps vivant tel qu’il est maintenant connu, ne sert à rien : nous ne connaissons pas tout, et la science bientôt saura expliquer cela. J’ai trouvé sur Internet une vidéo d’Henri Monfort, « le respirien nantais » qui ne mange plus depuis 3 ans et demi, dit-il, ne dort plus que 3 heures par nuit, est en parfaite santé, rajeunit même. Avez-vous entendu parler de ce grand miracle connu des seuls initiés ? On m’affirme qu’on aurait fait des études scientifiques qui prouvent l’existence et la bonne foi de ces « respiriens ». Les a-t-on passées à la critique ? J’ai d’ailleurs trouvé la même argumentation à propos de la médecine « quantique ». Même question pour cette médecine « quantique » dont je n’ai pu trouver sur Internet que des débuts de conférence, annonçant qu’on allait nous faire une démonstration imparable, mais la vidéo s’arrête avant, quel dommage. « La voix de la raison est basse, mais elle dit toujours la même chose » disait Freud, ce qui prouve qu’il n’a pas dit que des âneries (mais était-ce de lui ? je n’ai pas demandé à Michel Onfray). Je lui répondrais bien : mais qui est là pour l’écouter ?

J.P. L.

Les respiriens que vous évoquez (et dont on nous parle souvent) rappellent bien sûr quelques articles que nous avons publié sur le sujet, avec des allégations régulières sur des années de jeûne. Je me permets de vous renvoyer à l’article de Nicolas Gauvrit sur Prahlad Jani (Énergies renouvelables : le yogi solaire, SPS n° 291, juillet 2010) ou à celui de Brigitte Axelrad sur le jeûne et les radiations, dans ce présent numéro. James Randi, le célèbre magicien démystificateur, en a souvent fait état, soulignant le peu de sérieux des contrôles envisagés pour s’assurer de la véracité de ces témoignages. Soulignons tout de même que cette pratique est loin d’être anodine, et aurait déjà causé la mort d’au moins trois personnes. Quant à la médecine quantique, sans parler du fait que ce mot est mis à toutes les sauces et justifie n’importe quoi, elle semble reposer en grande partie sur des expériences semblables à la « mémoire de l’eau », invalidée depuis longtemps, et d’ailleurs, avec l’aide du même James Randi ! Et puisque la boucle est ainsi bouclée, vous ne serez pas étonné d’apprendre que la physique quantique est invoquée, dans un film intitulé « Lumière », comme une explication sur ce qui est présenté comme une « tradition millénaire : de rares personnes expliquent qu’ils n’ont pas besoin de se nourrir pour vivre, et ce sans altérer leur métabolisme. Ils vivent uniquement de lumière, ou du Prana ». Tout un programme !

M.B.

Participer ou non ? Telle est la question.

Je comprends le point de vue d’André Aurengo et Anne Perrin à propos de l’émission de ce soir. Je pense néanmoins qu’ils devraient participer à l’émission. Si les contradicteurs scientifiques abandonnent la lutte contre l’ignorance ou la désinformation, alors que pour une fois il semble possible d’intervenir, comment pourrait-on regretter qu’à d’autres occasions similaires (OGM, pesticides, nucléaire, gaz de schiste, climat...) les véritables scientifiques ne sont pas invités à débattre et protester contre cette inégalité de traitement. J’apprécie l’action menée par l’AFIS, SPS et quelques autres sites rationalistes, mais il faut bien reconnaître que cela reste confidentiel. Si l’on ne participe pas aux débats dans les médias de grande diffusion, le combat semble perdu d’avance et nous sommes quelques-uns à nous sentir orphelins délaissés par nos maîtres à penser.

J-P. H.

Cette question est très délicate et peut faire l’objet de longs débats. À titre personnel, j’aurais tendance à vous rejoindre, mais comme vous le dites, nous pouvons comprendre le point de vue de ces deux scientifiques. Tout le problème est celui de cautionner ou non des émissions possiblement biaisées… Un choix « perdant/perdant » en somme !

M.B.

Éolien : critique, ou complaisant ?

Membre de l’AFIS, lecteur régulier de la revue et du site internet, j’y trouve des informations précieuses pour la compréhension des grands débats qui traversent nos sociétés. Aussi, je dois dire que j’ai été déçu par la note de lecture relative à l’ouvrage de Jean-Louis Butré, l’Imposture, par Michel Naud. Je trouve même qu’il fait preuve d’une certaine complaisance vis-à-vis [de cet ouvrage]. En particulier le sujet de l’intermittence aurait mérité une analyse plus pertinente.

Je suis agriculteur en Beauce limitrophe de parcs éoliens (je précise que je n’ai aucune parcelle louée pour supporter une éolienne) et j’ai installé une toiture photovoltaïque sur l’un de mes bâtiments agricoles. Je ne suis ni un thuriféraire, ni un contempteur de l’éolien, j’essaye simplement de faire la part des arguments des uns et des autres et de me forger une opinion. Par ailleurs, je n’imagine même pas que l’éolien puisse se substituer au nucléaire. Quelques simples multiplications montrent que cet objectif est irréaliste. Les arguments sur lesquels s’appuient les anti-éoliens sont essentiellement de deux ordres : (1) l’économique, l’éolien est trop cher ; (2) l’écologique, l’éolien contribue à l’émission de CO2 à cause de l’intermittence. C’est sur ce dernier point que je ne comprends pas que vous ne dénonciez pas cette escroquerie intellectuelle caractéristique d’une approche militante. En effet, la question importante pour savoir si l’éolien permet de réduire l’émission de CO2 n’est pas la nature de l’énergie qui la remplace quand l’éolien ne produit pas (de toute façon cette énergie-là, il faudra la produire), mais bien la nature de l’énergie qu’il faudrait mettre en œuvre si l’éolienne n’existait pas. Autrement dit, ce ne sont pas les centrales thermiques qui complètent la production éolienne, mais bien les éoliennes qui réduisent le temps de fonctionnement des centrales thermiques, qu’il faudra dans tous les cas construire afin de satisfaire les besoins en électricité des Français. Je vous rappelle que si, grâce au nucléaire, la France est encore globalement exportatrice d’énergie, la puissance installée est incapable de faire face aux pointes hivernales. C’est là que l’intermittence de l’éolien pose problème, puisque l’exploitant du réseau ne sera pas certain de disposer de la puissance correspondante au moment crucial. Encore faudrait-il évaluer plus précisément ce problème de l’intermittence. En effet, sur un réseau électrique interconnecté, à l’échelle d’un pays comme la France, avec des parcs éoliens répartis sur des régions différentes avec des régimes de vents différents, les variations de la contribution de l’éolien ne sont sans doute pas si importantes que cela. Ce n’est pas du tout ou rien ! (Il serait intéressant d’avoir les chiffres de [l’opérateur du réseau d’électricité] à ce sujet). [...]

La seule chose qu’on puisse reprocher à l’éolien est sa visibilité, ce qui devient une affaire d’appréciation personnelle et donc hors du champ d’un raisonnement rationnel.

J.-J. H.

Votre ressenti d’une certaine complaisance avec l’ouvrage recensé illustre avant tout que les sensibilités à la lecture d’un texte sont très diverses. C’est ainsi que nous soulignions que « tous les arguments, même les plus douteux, trouvent grâce [aux yeux de Jean-Louis Butré] dès lors qu’ils concourent à disqualifier l’éolien », que nous pointions que « l’instruction est menée entièrement à charge et l’intérêt général n’est évoqué que pour mieux assurer la défense de l’intérêt particulier des riverains des éoliennes », et que nous caractérisions cet opus comme un « livre militant : lecture aisée, arguments simples ne craignant pas d’être simplistes (voire franchement sujets à caution), mais efficaces et rôdés dans les réunions publiques ou les salles de rédaction ». Pour faire bon poids, nous ajoutions que cette publication « se caractérise également par l’absence quasi générale de références précises, l’absence de bibliographie et webographie, tout comme l’absence d’index thématique ou des noms cités ». Peut-on réellement qualifier une telle recension de complaisante ? Il semblerait donc que votre appréciation trouve sa source essentiellement dans le fait que nous n’ayons pas contesté les arguments s’appuyant sur le coût et l’effet d’aubaine, et surtout sur l’intermittence.

Les éléments que vous soulevez sur l’intermittence sont pourtant bien documentés dans les publications spécialisées. Nous vous invitons à vous reporter à l’ouvrage L’éolien, une énergie du XXIe siècle, publié en 2009 par l’Académie des technologies sous la signature de Gilbert Ruelle, qui est président de la commission énergie et changement climatique. Sur le plan strictement logique, il vous faudrait distinguer les centrales thermiques à combustible fossile (les centrales thermiques « à flamme » : charbon, gaz, pétrole, tourbe, etc.) et les centrales thermiques à combustible fissile (les différents types de réacteurs, sans parler de la fusion), pour bien comprendre pourquoi, en France (et nous disons bien : en France) l’éolien ne contribue pas à réduire les émissions de CO2.

Michel Naud
Mis en ligne le 1er février 2012
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