OGM et allergies : un danger inéluctable et imprévisible ?

par Alain de Weck - SPS n° 295, avril 2011

Les aliments provenant de la biotechnologie transgénique (OGM) continuent, et vont continuer longtemps encore, à être un sujet de controverses, tant sur le plan scientifique que sur ceux de l’opinion publique, de la communication médiatique, de la politique et de décisions économiques d’importance majeure. En fait, la controverse qui règne, à des degrés divers, sur les quatre coins de la planète, est un exemple parfait de l’émergence d’un nouveau phénomène de société, que l’on peut qualifier de « science parallèle » (1). Si, depuis la fin du XVIIIe siècle, la science traditionnelle et ses règles d’investigation ont le plus souvent inspiré et dominé les décisions politiques et économiques, il semble bien que nous entrions dans une nouvelle ère, où la primauté de la connaissance scientifique est effectivement remise en cause. L’émergence d’une science parallèle peut avoir sur la société des conséquences catastrophiques. L’exemple récent et concret le plus frappant en est l’explosion de l’épidémie de SIDA et les milliers de morts causés par l’adoption des théories négationnistes sur le virus VIH par le précédent gouvernement d’Afrique du Sud sous l’égide du président Mbeki (2).

Dans le cas de la biotechnologie agroalimentaire, nous assistons depuis 15 ans à des phénomènes similaires. Parmi les risques réels ou imaginaires liés à cette technologie, les dangers évoqués pour la santé publique, en particulier l’extension des maladies allergiques, jouent un rôle important, aussi bien dans l’opinion publique que dans la documentation présentée par les cercles et associations s’opposant aux OGM. Cet article se limitera strictement à la controverse régnant sur le rôle éventuel des OGM sur les allergies, sans aborder d’autres effets présumés ou démontrés sur la santé publique et l’environnement.

OGM et allergies : pourquoi s’y intéresser ?

Il y a de nombreuses raisons légitimes pour s’intéresser à la relation entre OGM et allergies. La première est le rôle croissant que jouent les maladies allergiques dans la santé publique (3). Même si elles ne contribuent guère à la mortalité, en comparaison avec le cancer et les affections cardio-vasculaires, les maladies allergiques ont une influence très négative sur la qualité de vie des patients qui en sont affligés. Suite à une augmentation de près de deux à trois fois ces trente dernières années, les maladies allergiques affectent désormais plus d’un quart de la population des pays industrialisés (3).

Une deuxième raison est que, même si les allergies par inhalation restent de loin au premier plan des préoccupations des allergologues, les allergies alimentaires, dans lesquelles des aliments OGM pourraient théoriquement jouer un rôle important, sont de mieux en mieux connues et identifiables.

La troisième raison est que les cercles anti-OGM posent des questions en apparence pertinentes, mais accompagnées de réponses souvent tronquées, truffées d’omissions ou même de contrevérités, qui génèrent dans le public une angoisse compréhensible, mais injustifiée.

Une dernière raison, plus personnelle, est d’apporter au débat, non seulement une analyse scientifique de nos connaissances actuelles, mais un témoignage sur leur évolution, nourri de presque cinquante ans d’expérience quotidienne en recherche allergologique clinique et biologique expérimentale.

Connaissances actuelles sur les maladies allergiques, particulièrement les allergies alimentaires

Les maladies allergiques

Sur le plan clinique, les maladies allergiques peuvent être classifiées de plusieurs manières. Selon le mode de contact avec l’allergène déclenchant, on distingue les allergies par inhalation (essentiellement asthme et rhinite), les allergies alimentaires (urticaire, coliques, choc anaphylactique) et les allergies de contact (eczéma de contact, en partie dermatite atopique). Mais la plupart des symptômes d’allergie peuvent être déclenchés par les allergènes alimentaires (allergène = molécule capable de sensibiliser ou de déclencher une réaction allergique). La clinique des différentes maladies allergiques est dans l’ensemble très bien connue ; de nombreux ouvrages et articles de vulgarisation peuvent être consultés (4, 5, 6). Elles sont également relativement faciles à diagnostiquer pour le médecin entraîné. Ce n’est toutefois pas le cas du public en général, qui attribue souvent à « une allergie » une grande variété de symptômes ou malaises divers plus ou moins bien identifiés. C’est ainsi que plus de 20 % de la population croit souffrir d’une allergie alimentaire, mais lorsque l’on vérifie par des examens appropriés, on n’en trouve que dix fois moins, soit 2 à 3 % (4, 5, 6). Cette fausse croyance joue un grand rôle pour accréditer certaines fables et angoisses concernant les aliments OGM supposés allergéniques.

Une allergologie parallèle

295_30-46_1Dans ce contexte, il faut rappeler qu’il existe également une allergologie parallèle.

Certains laboratoires peu scrupuleux de la réalité scientifique proposent le diagnostic « d’intolérance alimentaire », un syndrome protéiforme caractérisé par non moins de vingt huit symptômes allant de la fatigue chronique à la dépression, en passant par les maux de tête et la perte de poids (7). Le diagnostic repose sur une élévation du taux d’anticorps IgG spécifiques anti-aliments. Le problème est que de tels anticorps IgG, au contraire des anticorps IgE responsables des maladies allergiques classiques, se retrouvent pratiquement chez tout le monde. Certes, quelques études plus ou moins bien contrôlées font état d’une relation entre allergies alimentaires et IgG, mais la grande majorité des études détaillées et contrôlées dénient toute valeur diagnostique à la détermination d’IgG anti-aliments (8, 9). D’après le laboratoire York Nutrition Laboratory (7), une intolérance alimentaire pourrait être diagnostiquée chez près de 50 % de la population britannique ! On n’est plus très loin de la médecine universelle du Dr. Knock… Ces pratiques abusives mais largement diffusées sur Internet sont fermement condamnées par l’allergologie traditionnelle (10, 11) et considérées en fait comme une escroquerie. Par contre, on reconnaît plusieurs types d’intolérance alimentaire de nature non immunologiques et basées sur des phénomènes métaboliques ou enzymatiques (par ex. intolérance au lactose, au gluten) (5).

Un cheveu dit tout...

295_30-46_2Ce site propose un test ADN à partir des cheveux. Trois ou quatre cheveux suffisent, et les « poils de sourcil et même des poils pubiens » font l’affaire. Pour 50 €, le site promet une analyse complète sous 10 jours de vos intolérances à 300 substances alimentaires (huîtres, morue, beurre, blé, maïs, fraises, carottes, vin, lait de chèvre, lait de vache, et bien d’autres, comme le homard ou le café) et 300 substances non alimentaires (substances d’origine animale – chat, chien, acariens, pollens, etc.). Les allégations scientifiques ne sont étayées par aucune source scientifique, aucune référence à une quelconque étude. Seule, les éternels témoignages viennent à l’appui des performances proclamées.

J.-P. K.

Les mécanismes biologiques des réactions allergiques reposent sur des interactions complexes entre les allergènes provenant du monde extérieur et notre appareil de défense immunitaire. Les réactions allergiques sont essentiellement des phénomènes inflammatoires. À la base se trouve soit une réponse immunologique humorale, caractérisée par une classe particulière d’anticorps (dénommés immunoglobulines IgE), soit une réponse immunologique cellulaire due avant tout aux lymphocytes (23, 24).

L’immunité et l’allergie humorales reposent bien évidemment aussi à la base sur des interactions et des régulations cellulaires, mais la principale différence réside dans les éléments qui sont directement responsables des symptômes. Ceux-ci sont dus, soit à une réaction inflammatoire suivant de près (quelques minutes) le contact avec l’allergène causal (réaction immédiate, par exemple urticaire, choc anaphylactique), soit de manière retardée, plusieurs heures ou jours après le contact déclenchant (réaction retardée, par exemple eczéma).

Les phénomènes d’allergie comprennent deux phases : une phase de sensibilisation (le chargement de l’arme), qui peut durer plusieurs années et la phase de déclenchement (appui sur la gâchette) qui dure quelques minutes ou quelques heures. Nos connaissances sur tous ces phénomènes ont fait des progrès spectaculaires depuis 40 ans, peut-être même davantage que dans beaucoup d’autres domaines de la médecine. Mais la complexité même des mécanismes biologiques impliqués a rendu difficile des interventions thérapeutiques efficaces sur la cause de la maladie.

Diagnostic et traitement des allergies

De nos jours, les maladies allergiques peuvent être très bien diagnostiquées, plus efficacement traitées, mais pas encore vraiment guéries de manière causale. Nous sommes donc très loin du climat d’ignorance et d’insécurité que certains font planer sur le domaine (12, 13).

Les tests in vitro et in vivo permettant d’identifier les causes des allergies ont également fait des progrès considérables, particulièrement ces vingt dernières années. D’une part, l’analyse précise des immunoglobulines IgE et autres, ainsi qu’une large panoplie de tests cellulaires, permettent d’établir objectivement une sensibilisation. D’utre part, les tests in vivo, tels que les tests cutanés et les tests de provocation en double aveugle, permettent d’établir ou de nier une relation causale entre l’allergène incriminé et les symptômes cliniques. Là aussi, nous sommes bien loin du paysage de doute dépeint par certains gourous anti-OGM (12). Même si les aliments OGM devaient nous apporter toute une classe de nouveaux allergènes, ce qui reste à démontrer (voir plus bas), nous possédons déjà les outils nécessaires pour les détecter.

En ce qui concerne l’identification des allergènes, particulièrement des allergènes alimentaires, là aussi nos méthodes immunologiques, chimiques et biophysiques (« proteomics ») ont fait des progrès spectaculaires (14). Certes, il faut souligner qu’aucun test à lui tout seul ne permet d’identifier le caractère allergénique d’une molécule. Il faut pour cela une variété de tests biophysiques et biologiques, une approche combinée aboutissant à un jugement global (« weight of évidence »). C’est pour avoir péché contre cette règle que certains dysfonctionnements des autorités de régulation ont pu se produire il y a une dizaine d’années (affaire Starlink, un épisode constamment monté en épingle depuis (12, 13) – voir encadré).

Sur les quelques millions de molécules, particulièrement des protéines et des chaînes glucidiques, auxquelles l’organisme humain est exposé, naturellement et quotidiennement, seule une très faible proportion a un caractère allergénique. En présence d’une réaction allergique, il est à l’heure actuelle parfaitement possible d’identifier la ou les molécules responsables. Par contre, prédire l’allergénicité éventuelle d’une molécule entièrement nouvelle et non encore répandue sur notre planète est plus difficile et nécessite des investigations supplémentaires. À noter encore l’existence de réactions croisées entre allergènes alimentaires et d’autres allergènes végétaux (par exemple, pollens, latex) (15) auxquels on peut se sensibiliser par inhalation. Cela explique pourquoi certains patients sensibilisés par inhalation et atteints d’asthme ou de rhinite allergique peuvent réagir à certains allergènes alimentaires.

Principales questions soulevées par les OGM dans le domaine des allergies

La biotechnologie OGM a consisté, dans une première génération, à transférer à des plantes naturelles de grande consommation (maïs, soja, riz, coton) des gènes provenant d’autres origines, végétales ou bactériennes, gènes supposés avoir des effets bénéfiques sur la culture ou le produit final. Une modification du spectre des protéines et autres molécules produites par l’organisme transgénique par rapport à l’organisme naturel peut avoir théoriquement une profonde influence sur son activité immunologique et allergisante ; il est donc nécessaire et justifié de se poser diverses questions.

La science traditionnelle immunologique et allergologique n’y a pas failli ; elle a saisi le problème déjà avant l’émergence de la biotechnologie transgénique et des premiers aliments OGM (16). En particulier, la nécessité de développer de nouvelles approches épidémiologiques, immunologiques et biophysiques a été tôt reconnue. D’une certaine manière, les OGM ont déjà eu un effet extrêmement bénéfique sur les allergies, en particulier sur la recherche en allergies alimentaires, qui a déjà considérablement bénéficié à nos patients. Alors que, par nécessité, les allergies par inhalation, en particulier l’asthme, ont été une priorité des allergologues pendant des décennies, l’allergie alimentaire a vu se développer depuis 15 ans, en partie sous la pression des interrogations soulevées par les OGM, une véritable floraison de travaux scientifiques, d’institutions et de réseaux de surveillance (17, 18) ainsi que de programmes de recherche coordonnés à l’échelon européen (19).

Beaucoup moins réjouissant est l’effet de la problématique OGM sur le développement d’une science parallèle dans le domaine de l’allergie (voir encadré).

OGM et allergie : une science parallèle qui se développe
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Honoré Daumier, {Crispin et Scapin} (1858-1860)

Une science parallèle dans le domaine de l’allergie se développe autour de la problématique des OGM. Cette science parallèle se caractérise par un mélange parfois subtil de vérités scientifiquement documentées, d’omissions délibérées, d’interprétations abusives et parfois de contrevérités crasses. L’exemple le plus marquant de cette science parallèle sont les publications de Jeffrey Smith, un activiste anti-OGM américain dont les deux ouvrages Seeds of Deception en 2003 (20) (traduit en français en 2007 sous le titre Semences de tromperies : dénoncer les mensonges de l’industrie agrochimique et des autorités sur la sécurité des aliments génétiquement modifiés) et Genetic Roulette en 2007 (12), de même que ses contributions détaillées sur le site Internet d’un « Institut » autoproclamé (Institute for Responsible Technology (21)) forment la source principale et la plus amplement documentée de critiques contre les OGM dans le domaine des allergies. Ces critiques sont plus ou moins reprises en boucle par nombre de documents, commentaires et blogs, sur Internet dans une multitude de sites d’activistes et d’association anti-OGM telles que Greenpeace (13). Il sort toutefois du cadre d’un tel article de faire une évaluation détaillée point par point des très nombreux documents et affirmations cités par Jeffrey Smith ; cette tâche très nécessaire a été récemment accomplie et est à disposition sur Internet (voir) (22).

Récemment, la croisade anti-OGM, particulièrement dans le domaine des allergies, a été reprise par un groupe médical au nom prestigieux de « American Academy of Environmental Medicine » dans une prise de position qui est certainement la plus négative jamais exprimée par une association médicale (23). L’Internet ne permet pas seulement de diffuser efficacement de vraies ou fausses informations ; il permet également de découvrir le parcours professionnel et la compétence de celui qui les diffuse. Dans le cas particulier, si l’on se donne la peine de gratter sous le papier, on s’aperçoit que les 15 membres du Comité directeur de cette « Académie » sont sans exception des médecins praticiens en cabinet, en partie allergologues, mais sans aucune expérience ou publication de recherche académique, en particulier dans le domaine des OGM. La principale rédactrice du texte est une ostéopathe d’une quarantaine d’années titulaire d’une licence en biologie, mais sans la moindre expérience documentée sur les OGM. Cela n’empêchera pas les sites Internet et les associations anti-OGM de proclamer désormais haut et fort, urbi et orbi, que « les médecins américains se sont prononcés officiellement contre les OGM » ! (24, 25). C’est bien par de tels processus que naît et se propage la science parallèle.

AdW

Il reste maintenant à discuter et évaluer les principales questions que la biotechnologie OGM pose à la santé publique dans le domaine des allergies.

Y a-t-il une incidence des aliments OGM sur l’augmentation des maladies allergiques ?

L’introduction des aliments OGM peut-elle ou a-t-elle joué un rôle dans l’augmentation considérable et documentée des maladies allergiques ?

Il est bien établi par de nombreuses études épidémiologiques que la fréquence des maladies allergiques par inhalation, particulièrement l’asthme et la rhinite allergiques, a augmenté considérablement depuis les années 1970 à 1980 dans la plupart des pays industrialisés (3). Cette augmentation a été variable selon les zones géographiques ; un élément spectaculaire est le développement des allergies en Europe de l’Est après la chute du mur de Berlin en 1989. Les causes de cette augmentation sont probablement multiples et encore un peu à l’état d’hypothèses. La plus vraisemblable et la mieux documentée scientifiquement (26) est celle de l’hygiène dans la petite enfance : un contact précoce avec les antigènes bactériens, parasitaires et viraux favorise une réponse immunitaire de type IgG et prévient la réponse allergique de type IgE (hypothèse dite hygiéniste : trop d’hygiène dans l’enfance favorise l’allergie). Dans le même sens agiraient des changements de l’habitat et dans la pollution atmosphérique. Une chose paraît certaine : en aucun cas les OGM ne peuvent jouer un rôle dans l’augmentation des allergies respiratoires et infantiles en Europe, car ce phénomène s’est manifesté bien avant un contact encore minime et, dans certaines régions, inexistant avec des aliments OGM.

La situation est moins claire sur le plan des allergies alimentaires, pour lesquelles le diagnostic et les statistiques épidémiologiques sont plus rares (5, 8, 27, 28, 62-68). Bien qu’un certain nombre d’allergologues témoignent d’une augmentation, particulièrement chez les enfants, allant du simple au double (5), cette augmentation semble toutefois nettement moindre que celle des allergies respiratoires. Les causes de l’augmentation des allergies alimentaires sont encore débattues ; certains y voient une conséquence de l’augmentation du statut atopique – prédisposition génétique – (hypothèse hygiéniste), d’autres l’apparition d’une alimentation industrielle dans la petite enfance et la diminution de l’allaitement naturel. La mise en place de réseaux de surveillance en allergie alimentaire permettra bientôt d’obtenir des chiffres fiables. Quoi qu’il en soit, une augmentation des allergies alimentaires ne saurait, pour l’instant, en aucun cas être scientifiquement mise à charge de l’alimentation OGM, particulièrement aux USA, où la fréquence des allergies alimentaires n’apparaît pas supérieure à celle de l’Europe, malgré une exposition bien plus considérable au maïs et soja OGM depuis près de 15 ans.

Cela n’empêche pas Jeffrey Smith (voir encadré) d’affirmer qu’après l’introduction du soja OGM en Grande-Bretagne, peu avant 1999, les allergies au soja y ont augmenté de 50 % en une année ! Dix ans après, cette fausse information continue d’être reprise en boucle par des milliers de sites Internet à vocation non seulement anti-OGM, mais d’information nutritionnelle et alimentaire.

Si l’on retourne à la source de cette information, on retrouve le même laboratoire douteux cité plus haut (7) : l’allégation d’une augmentation de 50 % des allergies dues au soja OGM n’est basée en fait que sur une variation minime des anticorps IgG anti-soja mais nullement sur des allergies cliniques au soja. Mais à part un site Internet (27), aucun rectificatif, et nul ne s’en offusque : la fausse information continue de se propager impunément de manière envahissante.

Des expériences comparant chez l’animal la capacité de sensibiliser et de causer des réactions allergiques n’ont montré aucune différence entre les deux types d’aliments (par exemple (28) sauf une exception possible (29)). On a argumenté que, du fait qu’aux USA les aliments OGM ne sont pas étiquetés et pas reconnaissables comme tels, il est impossible au consommateur d’identifier la source éventuelle de ses allergies. L’expérience du terrain montre, au contraire, que lorsqu’un nouvel allergène apparaît dans une zone géographique, il est rapidement identifié. En Europe dans les années 50, les nouvelles allergies au kiwi de Nouvelle Zélande, jusqu’alors inconnues, ont été rapidement identifiées et sont devenues fréquentes. De même pour les allergies aux produits de Chine contenant de la soie sauvage.

En conclusion, il n’y a aucune raison théorique, expérimentale ou clinique de supposer que les aliments OGM puissent en soi être plus actifs que les aliments naturels pour engendrer des allergies.

Des aliments OGM peuvent-ils être allergéniques ?

La technologie transgénique peut-elle créer des aliments OGM allergéniques et y en a-t-il des exemples ?

La réponse à cette question est bien entendu affirmative, puisque cette technologie peut implanter en principe dans un organisme végétal ou animal n’importe quelle protéine, y compris celles qui constituent des allergènes connus chez l’homme. L’exemple le plus fameux est celui de l’incorporation d’un allergène de la noix du Brésil dans le génome d’un soja OGM par la firme Pioneer en 1995 (30). Cet exemple continue d’être, 15 ans plus tard, l’argument massue par lequel les activistes anti-OGM veulent démontrer la dangerosité allergique des OGM. Certes, à cette occasion, une menace virtuelle s’est transformée soudain en menace concrète. Mais peut-être faudrait-il retenir aussi de cet épisode que même les contrôles encore un peu rudimentaires de l’époque ont bien fonctionné et ont permis de prévenir la mise sur le marché d’un tel OGM. De fait, pas un seul consommateur n’a fait de réaction allergique, ou n’a été sensibilisé par un soja accommodé à la noix du Brésil ! De même, il faut retenir de l’épisode du pois australien transgénique suspecté d’allergénicité (29) que les systèmes de contrôle fonctionnent.

Cela ne tient pas seulement aux contrôles mais aussi à une simple considération de probabilité. Toutes les protéines ou chaînes glucidiques ne sont pas capables de causer une allergie. Notre organisme est exposé quotidiennement à des millions de molécules étrangères d’origine alimentaire, bactérienne, virale ou parasitaire mais seule un petite portion d’entre elles (quelques centaines) sont en mesure d’induire des anticorps de type IgE et de causer des réactions allergiques cliniques. Un plus grand nombre, par contre, sont reconnues sous la forme d’IgG mais n’induisent pas de pathologies cliniques.

La connaissance moléculaire détaillée de ces allergènes alimentaires a fait d’immenses progrès au cours de ces quinze dernières années. Le nombre des allergènes alimentaires jouant un rôle clinique est également assez restreint : il diffère un peu entre l’adulte (kiwi, pomme, pêche, carotte, céleri, cacahuète et noix, crustacés, œuf) et l’enfant (œuf, cacahuète et noix, lait de vache, poisson). Cela signifie que le risque d’incorporer par mégarde un allergène connu ou suspecté dans un génome OGM est devenu très faible. Pour le garantir, toutefois, il ne faut pas considérer seulement les allergènes alimentaires, mais également beaucoup d’autre allergènes d’origine végétale (par exemple pollens, latex) qui donnent des réactions croisées parfois inattendues, ainsi que les allergènes bactériens ou d’origine animale (par exemple acariens).

La quête doit donc être large. Heureusement, les outils à notre disposition pour le faire sont de plus en plus perfectionnés et fiables (31). Certes, en allergie, le principe de l’équivalence moléculaire chimique apparente ne suffit plus. Tout d’abord, l’origine du gène transféré doit être considérée, et de très grandes précautions sont de mise lorsque cette origine est associée de près ou de loin avec une substance allergénique connue. L’étape suivante est la comparaison moléculaire entre le(s) produit(s) du gène transféré et les allergènes connus. Nous disposons pour cela de divers techniques, allant de l’analyse de la structure primaire aux diverses possibilités d’analyse structurelle conformationnelle. Ces analyses comparatives peuvent être largement automatisées et sont d’une grande efficacité. Il est également pratiqué des tests de digestibilté, car les produits rapidement digestibles et dégradés par le système gastro-intestinal ne sont, sauf quelques exceptions, pas allergéniques (32).

Après la phase biochimique et analytique vient la phase immunologique et clinique où le produit du transgène OGM est mis en contact avec les anticorps et cellules provenant d’individus sensibilisés, en le comparant avec son homologue naturel. Pour ce faire, on dispose désormais de larges collections de sérums où une quasi-totalité des allergènes cliniquement connus est représentée (33, 34). Le produit OGM peut également être testé directement par provocation (par exemple tests cutanés) et provocation en double aveugle (4, 16, 34) sur des individus allergiques. Un aspect jusqu’ici moins évalué que celui des structures allergéniques réagissant avec les IgE et causant les allergies alimentaires classiques, sont les épitopes (structures) réagissant avec les lymphocytes T. Il y a quelques études à ce sujet. Enfin, si le moindre doute subsiste, les tests de sensibilisation allergique dans des modèles animaux expérimentaux (35) permettent de tester le potentiel allergique d’un nouveau produit OGM, en le comparant au produit non-OGM. Des études prospectives chez l’homme peuvent également être pratiquées. L’ensemble de ces études et techniques est inclus désormais dans le dossier de demande d’autorisation par les autorités nationales et internationales, en Europe (36-38) et aux USA (39, 40).

Les garde-fous à disposition permettent à l’heure actuelle de garantir de manière quasi-absolue qu’un incident de type « noix du Brésil » ne puisse se reproduire, et d’exclure que l’introduction par dessein ou par mégarde d’un allergène naturel connu puisse encore survenir. Les activistes anti-OGM ne manqueront pas de contre-arguments (32) ; il ne peut être prétendu que tous les allergènes naturels connus ou à venir soient identifiés à l’échelle moléculaire. De fait, même des allergènes non encore connus et identifiés pourraient être révélés par les tests immunologiques actuellement pratiqués.

Avec les OGM, peut-on créer de nouveaux aliments allergéniques ?

La technologie transgénique peut-elle créer des aliments OGM ayant une activité allergénique inconnue jusqu’ici et imprévisible ?

295_30-46_5Contrairement au dogme originel de la biogénétique selon lequel un gène déterminé ne peut donner naissance qu’à une protéine toujours la même, la plupart des biologistes moléculaires considèrent que le même gène peut engendrer des protéines diverses, par des mécanismes tels que « alternative splicing » (41). De même, selon certains, les gènes transférés ne resteraient pas à l’endroit où on les aurait fixés (« horizontal gene transfer ») (42) ; ainsi les gènes d’aliments OGM pourraient être transférés aux bactéries intestinales (43) et perpétrer ainsi un contact allergénique. Finalement, les divers procédés de transgénèse auraient pour effet une déstabilisation générale du génome, aboutissant à la création de protéines éventuellement allergéniques et jusqu’ici inconnues dans la nature.

295_30-46_6Cette vision cauchemardesque de la biotechnologie génétique est loin d’être partagée par la majorité des biologistes moléculaires (44). Mais, sans même entrer dans ce débat, le moins qu’on puisse affirmer est que dans le cas des deux aliments OGM, maïs et soja, il ne s’est jusqu’ici, après 15 ans d’expérience pratique, pas réalisé. Dans tous les cas analysés de manière précise d’allergie au maïs ou au soja, aucune différence n’a été constatée entre l’aliment naturel et l’aliment OGM (45). Aucune molécule nouvelle inconnue dans la nature et à effet allergisant ou immunologique provenant des maïs et soja OGM n’a pu être décelée, et ce n’est pourtant pas faute de les avoir recherchées. De plus, en considérant la faible probabilité d’une sensibilisation par de tels néoallergènes hypothétiques au vu des milliers ou millions d’allergènes naturels existants, le risque de développement de nouvelles allergies spécifiques à des aliments OGM paraît cliniquement négligeable.

Certes, la prédiction de telles allergies à d’autres molécules que les allergènes connus et établis reste difficile et repose essentiellement sur des modèles animaux expérimentaux qui ne sont pas infaillibles. De plus, le doute inhérent à toute évaluation scientifique reste. Ce n’est pas parce que quelque chose ne s’est jamais produit, comme dans ce cas, qu’elle ne pourrait pas éventuellement se produire. Mais ce que l’on peut prédire, par contre, avec un très grand degré de certitude, c’est que dans l’état actuel des connaissances et des réseaux de surveillance allergologique, l’apparition d’une nouvelle allergie due exclusivement à un aliment OGM est très peu probable et serait rapidement détectée.

Il ne faut pas oublier non plus dans quel contexte cette discussion se déroule. Notre alimentation n’est pas faite principalement d’aliments naturels, mais d’aliments cuisinés, et est soumise à divers traitements physiques (chaleur, froid, séchage) ou chimiques par l’industrie agro-alimentaire. Or ces traitements peuvent avoir pour effet de profondément modifier les protéines allergéniques de divers aliments, parfois en diminuant l’effet allergisant, parfois au contraire en l’augmentant (46, 47). Il est par exemple bien connu que la cuisson détruit un allergène majeur de la pomme (un patient allergique à la pomme crue peut souvent en manger en compote). Au contraire, le rôtissage des cacahuètes augmente leur allergénicité de près de 100 fois. Ces effets sur le pouvoir allergisant des aliments en fonction de leur apprêt et de leur préparation sont encore relativement mal connus ; ils tiennent en partie à des réactions entre protéines et glucides (« réactions de Maillard »). Mais ils ne sont probablement pas étrangers à l’augmentation des allergies alimentaires. Et surtout, ils ne sont à l’heure actuelle pratiquement ni contrôlés ni contrôlables, essentiellement pour des raisons économiques.

Si les produits de l’industrie agro-alimentaire devaient être soumis aux mêmes procédures de contrôle et d’autorisation que les aliments OGM, nos supermarchés pourraient mettre la clé sous le paillasson et l’humanité reviendrait à l’alimentation du Moyen Âge ou de l’homme des cavernes.

Et pourtant, il ne fait plus guère de doute que les procédés de fabrication causent plus de problèmes d’allergie alimentaire que les aliments OGM n’en causeront jamais !

L’affaire Starlink

295_30-46_4L’affaire Starlink n’est-elle pas la démonstration que les processus de contrôle et de régulation officiels ne fonctionnent pas et peuvent aboutir à une catastrophe sanitaire ?

L’affaire Starlink est un exemple spectaculaire causé par le dysfonctionnement de l’autorité de régulation, suivi d’un scandale médiatique et d’une panique dans le public, finissant en pétard mouillé. En 1996, la FDA a autorisé l’introduction par la firme Aventis d’un nouveau maïs OGM, le Starlink, mais cela uniquement pour l’alimentation animale. En effet, ce maïs OGM portait le gène d’une protéine dénommée Cry9c. Cette protéine a été démontrée comme difficilement digestible dans le test préalable in vitro, une caractéristique fréquente des allergènes alimentaires. En raison de ce soupçon d’allergénicité mais non vérifié par la suite par les autres tests qui sont devenus routine après 2002, la FDA a décrété une interdiction de l’utilisation de ce maïs pour l’alimentation humaine. En fait les examens ultérieurs on démontré que la protéine Cry9c n’est en fait pas allergénique et n’a très probablement jamais causé une réaction allergique chez l’homme (48). Mais lorsqu’en 2002, il fut constaté dans divers produits alimentaires aux USA, une contamination par du maïs Starlink, une véritable panique se développa chez certains consommateurs, panique attisée par une chasse aux sorcières – la chasse aux aliments contenant du maïs Starlink – et le retrait massif des produits alimentaires incriminés, ordonné par la FDA. Du fait de la large couverture médiatique, des centaines de patients se sont annoncés comme victimes de réactions allergiques au maïs Starlink. Mais dans tous les cas où des tests immunologiques, des tests cutanés et des tests de provocation ont été effectués, aucune réaction spécifique à la protéine Cry9c et au maïs Starlink n’a pu être confirmée (49). Les patients réagissant au Starlink réagissent également au maïs naturel, et une grande proportion appartient aux 20 % de la population qui se croit allergique, mais ne l’est pas en réalité. L’agitation médiatique n’a pu qu’attiser l’inquiétude de ces personnes.

L’agence de régulation américaine (la FDA) a en fait, paradoxalement, causé cette affaire par une application exagérée et inappropriée du principe de précaution ! La régulation en vigueur aujourd’hui ne le permettrait plus. Mais les associations anti-OGM continuent inlassablement de claironner l’affaire Starlink comme un exemple de dysfonctionnement régulatoire et de catastrophe sanitaire causée par les OGM. En fait, la catastrophe sanitaire n’a eu lieu que dans les esprits paniqués, mais pas dans la réalité clinique.

Toutes les études cliniques et immunologiques confirment que le soja OGM aujourd’hui commercialisé n’est pas plus allergisant que le soja naturel (50-51).

AdW

Le mode d’utilisation et les cultures OGM n’ont-elles pas aussi pour effet de favoriser les allergies ?

Les adversaires des OGM, particulièrement Jeffrey Smith déjà cité (32), rapportent de nombreux incidents collatéraux en rapport avec les cultures OGM. Cela va des effets nocifs des grandes quantités d’herbicide Roundup (glyphosate) nécessitées par la culture du soja OGM de première génération, à l’effet toxique ou allergique des cultures impliquant la toxine bactérienne Bt (surtout maïs et coton) ainsi que des allergies par pollens de maïs OGM. Un examen critique et détaillé de ces allégations sur la base d’études médicales et d’investigations publiées montre qu’elles ne tiennent en général pas la route.

Certes, des précautions sont à prendre dans l’utilisation de substances en principe toxiques telles qu’herbicides et pesticides. L’affirmation sur la toxicité du Roundup mise en exergue par certains scientifiques sur des lignées cellulaires ou des micro-organismes est controversée, semble inférieure à celle de bien d’autres herbicides, et n’a pas été confirmée chez l’homme. Il n’y a pratiquement aucune évidence documentée quant à une allergénicité du Roundup, si ce n’est deux cas d’eczéma de contact, là aussi nettement moins qu’avec d’autres herbicides (52).

Quant au pesticide Bt, utilisé soit seul à titre de spray, soit incorporé génétiquement dans une plante OGM, sa toxicité pour l’homme est également controversée (53). Il existe quelques rapports d’allergie par inhalation aux Bt administré en spray (54). Il n’y a par contre aucune évidence que le Bt transgénique puisse causer des allergies, malgré son utilisation massive dans certains pays comme la Chine et l’Inde (55). Enfin, les annonces peu ou pas documentées d’allergies par inhalation favorisées par le pollen de maïs OGM sont peu crédibles et non documentées. Le pollen de maïs est un pollen lourd, qui ne voyage normalement que sur des distances très courtes ; pour cette raison les allergies démontrées au pollen de maïs naturel sont relativement rares.

En résumé, les allergies collatérales, particulièrement parmi les ouvriers agricoles, dues au mode de culture OGM ou aux plantes OGM elles-mêmes, semblent, au pire, extrêmement rares. Cela ne doit pas empêcher une vigilance continuelle dans ce domaine et la nécessité de documenter les cas suspects.

La biotechnologie OGM ne pourrait-elle pas aussi être bénéfique ?

Les allergies alimentaires représentent une vraie malédiction pour ceux qui en sont atteints, et souvent pour leurs familles. En effet, une désensibilisation n’est généralement pas possible et cette allergie, dans les cas graves de choc anaphylactique (par exemple cacahuète, noix, crustacés), représente une angoisse mortelle chaque fois que l’on passe à table. Et cela tout particulièrement dans les circonstances de la vie urbaine moderne, où l’individu n’a plus de contrôle effectif sur la composition de son alimentation et son origine.

Malgré tous les efforts de transparence alimentaire et d’étiquetage, les accidents sont de plus en plus fréquents dans cette population allergique, et l’élimination volontaire et ciblée des aliments responsables ne suffit pas à assurer la sécurité. D’autant plus que les réactions croisées entre allergènes alimentaires et autres allergènes d’origine non alimentaire (par exemple pollens ou latex) donnent à toute la scène un caractère imprévisible.

C’est pour cela qu’allergologues et généticiens alimentaires ont joint leurs forces, non pas pour ajouter des gènes aux plantes, comme dans la biotechnologie OGM classique, mais pour en enlever. En effet, dans les aliments naturels fortement allergisants (par exemple lait, œuf, riz, maïs), les protéines allergéniques et les gènes qui les produisent ne sont souvent pas essentiels à leur production ou à leur valeur nutritive. C’est ainsi que l’on a pu démontrer déjà depuis plusieurs années la faisabilité de principe de cette approche préventive (56, 57). En particulier pour la cacahuète, un des aliments allergisants les plus dangereux, les travaux sont déjà très avancés (58). Certes, de tels aliments hypoallergéniques ne se trouvent pas encore dans nos supermarchés. Mais cela n’est qu’une question de temps. Particulièrement pour le riz, un aliment essentiel pour quelques milliards d’individus, un riz hypoallergénique représenterait un immense progrès.

AdW

Des connaissances imparfaites justifieraient-elles un moratoire ?

Le caractère insuffisant de nos connaissances sur les allergies et l’impossibilité de les prédire ne justifient-elles pas un moratoire ou même la mise au ban de la production d’aliments OGM pour l’homme et l’animal ?

Les considérations et faits exposés plus haut devraient convaincre que la situation évoquée par les activistes anti-OGM, celle d’un monde hostile, relativement inconnu et imprévisible, ne constitue qu’une caricature. Dans le monde des allergies de ces dix dernières années, bien mieux que dans celui du cancer ou des maladies virales, nous nous trouvons sur un terrain désormais assez bien connu, où les vraies surprises se font de plus en plus rares et sont devenues en général mineures. Certes, le premier devoir du scientifique doit être l’humilité et le doute. Mais il faut aussi pouvoir évaluer les risques de manière rationnelle et dans un contexte global. Avec un demi-siècle d’expérience professionnelle et pratique dans le domaine des allergies, je pense être à même de le faire tout aussi bien que les scientifiques plus jeunes qui se basent avant tout sur leurs lectures de ces dix dernières années.

Dans le domaine des allergies, les connaissances actuelles et les mesures de contrôle et de prévention mises en place permettent de considérer le risque des aliments comme extrêmement faible, si ce n’est négligeable.

Et cela tout particulièrement si l’on considère la myriade de risques allergiques que posent les aliments naturels et les aliments préparés par l’industrie alimentaire moderne. Dans ce contexte, il est vraiment irrationnel de se focaliser à ce point sur les risques allergiques des aliments OGM.

Les marchands de peur sont plus dangereux que les OGM pour la santé publique

L’angoisse injustifiée générée par les déclarations infondées des activistes anti-OGM, sites Internet supposés informer le public (59) mais qui sont en fait des distributeurs de mauvaise herbe intellectuelle, et même par certains médecins praticiens auprès de nos patients et des parents d’enfants allergiques est une atteinte bien plus réelle à la santé publique que les aliments OGM ne le seront jamais. La conclusion rationnelle de cette analyse est que le risque résiduel hypothétique mais contrôlé d’allergies par aliments OGM ne justifie en aucun cas un moratoire ou un ban de la biotechnologie agro-alimentaire.

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Mis en ligne le 18 juillet 2011
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