La Dame Blanche et l’Atlantide - Enquête sur un mythe archéologique

Jean-Loïc Le Quellec. Actes Sud / Errance, 2010, 285 pages, 39 €

Note de lecture de Yann Kindo - SPS n° 294, janvier 2011

294_28-30_2Selon les mots de l’auteur, « L’héroïne du récit se trouve être une peinture rupestre qui fut interprétée comme étant celle d’une mystérieuse "Dame Blanche" autour de laquelle se cristallisèrent fantasmes et représentations collectives. ». Elle a été découverte dans le massif du Brandberg en Namibie, en 1918, par l’explorateur allemand Reinhard Maack, puis popularisée par l’Abbé Breuil, qui joua un grand rôle dans la constitution de la science préhistorique en France. Selon J.-L. Le Quellec, l’intérêt de cet épisode de l’histoire des sciences réside dans « ses liens avec la thématique des “mondes perdus”, représentée chez des milliers de romanciers, explorateurs, et quêteurs d’Atlantide qui l’élaborèrent parallèlement à l’expansion coloniale européenne, à l’évidence pour justifier cette dernière, ce pourquoi ce genre littéraire s’est dissous avec la décolonisation. […] Ce qu’entend montrer ce livre, c’est qu’une toute petite image perdue dans un abri-sous-roche, au cœur d’une montagne namibienne écrasée de soleil, peut-être vue comme une fenêtre éclairant des pans entiers de notre histoire culturelle [...]) ». L’ouvrage propose d’abord une traduction inédite d’extraits du carnet d’exploration de Maack, puis montre comment cette peinture rupestre et notamment sa figure centrale dite de la « Dame Blanche », a fait l’objet d’interprétations « diffusionnistes », réfutées dès l’origine, s’obstinant à voir dans ce personnage d’Afrique australe d’une grande beauté un type égyptien, phénicien ou crétois, en tous cas issu des bords de la Méditerranée. Il s’agit là d’une idée « qui n’était pas pour déplaire aux savants, hommes politiques ou missionnaires persuadés de répandre les bienfaits de "la" civilisation (la leur) par le biais de la colonisation » (p. 49). Reposant sur ce préjugé selon lequel tout cela est trop beau pour être autochtone, toutes les interprétations les plus fantaisistes se diffusent dans les années 1950, époque de la plus grande popularité de la « Dame ». Les nombreuses citations et témoignages d’époque présentés par J.-L. Le Quellec constituent un florilège impressionnant de préjugés racistes et coloniaux appliqués à l’archéologie. Il ne s’agit pas tant ici de détournement de la pratique scientifique à des fins racistes, comme cela a pu être le cas par ailleurs1, que d’aveuglement de scientifiques provoqué par des préjugés idéologiques racistes.

On peut résumer l’intérêt de ce livre en empruntant à son auteur le style des en-têtes de chapitres, joliment décalqués de ceux de Jules Verne : « Où l’on découvre une belle et riche iconographie – Où l’on se confronte à des documents de première main permettant d’élaborer sa réflexion avant de découvrir les analyses de l’auteur – Où l’on entre dans les détails d’une controverse archéologique exemplaire, à partir d’une documentation très fournie ».

1 Voir Bertrand Jordan, L’humanité au pluriel. La génétique et la question des races. Compte rendu dans SPS n° 282, juillet 2008.

Mis en ligne le 11 juin 2011
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