Suite au scandale du Mediator des Laboratoires Servier, il s’est installé un climat d’anxiété et de suspicion qui pourrait se révéler très nuisible pour la santé publique. Comment évaluer la qualité d’un médicament ? Comment assurer l’indépendance et la compétence des acteurs chargés de leur contrôle, depuis les agences sanitaires jusqu’au médecin prescripteur ? Comment définir et garantir l’efficacité et l’intégrité de l’industrie pharmaceutique ? Alain de Weck, professeur émérite d’immunologie et allergologie aux Universités de Berne et Navarre, propose de contribuer au débat à travers ce dossier en sept points.

Médicaments : à la recherche de l’expert indépendant

Témoignage d’Alain de Weck

par Alain de Weck

Alain de Weck, né en 1928, est professeur émérite d’immunologie et allergologie aux Universités de Berne (Suisse) et Navarre (Espagne). Il a présidé de nombreuses associations professionnelles nationales et internationales (World Allergy Organization, International Union of Immunological Societies, Collegium Internationale Allergologicum) et est membre associé étranger de l’Académie Nationale de Médecine. Il a fonctionné pendant plus de trente ans (1970 – 2003) comme expert auprès de diverses agences de contrôle des médicaments en Suisse, Allemagne et États-Unis, ainsi qu’auprès de l’Organisation Mondiale de la Santé (WHO).

Déclaration d’intérêts de l’auteur : Intérêts personnels : consultant d’une dizaine de firmes pharmaceutiques entre 1970 et 1995, détenteur de brevets et licences pour un produit de diagnostic, fondateur et PDG (1981-1988) d’une petite entreprise de produits de diagnostic, détenteur de 500 actions NOVARTIS. Aucun lien actif depuis 2004.

Intérêts non personnels : Subsides de recherches institutionnelles par une vingtaine de firmes entre 1962 et 2005.

Le scandale du Mediator des Laboratoires Servier1 a récemment ébranlé la presse, la télévision, la classe politique française et l’ensemble du système de santé. Les dangers cardio-vasculaires de médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens2 et l’épée de Damoclès que constituent de nombreux autres médicaments sous surveillance34 sont également dans le collimateur. Ces affaires contribuent à créer un climat d’anxiété et de suspicion qui ne sont pas utiles mais potentiellement très nuisibles à la santé publique.

Sous la pression des médias et des blogs Internet, il se crée rapidement en France une psychose collective ou la méfiance engloutit toute l’industrie pharmaceutique, les médicaments qu’elle produit et bientôt ceux qui les prescrivent, les médecins. Ce phénomène est très similaire à celui qui a conduit une grande partie de l’opinion publique française et européenne à diaboliser les OGM comme nuisibles pour la santé humaine. Mais dans le cas des médicaments, la méfiance se base sur des dérapages et des effets nuisibles réels. Sa généralisation aurait des conséquences infiniment plus graves. Déjà 30 % des Français ne semblent plus croire aux médicaments5. On semble oublier trop facilement que ce sont des médicaments très efficaces développés par l’industrie pharmaceutique (par ex. antibiotiques, anti-hypertenseurs, anti-diabétiques) qui ont fortement contribué à l’augmentation de plus de 20 ans de l’espérance de vie et de sa qualité dans les sociétés modernes depuis 195067. Ils resteront nécessaires pour les maintenir.

Les conflits d’intérêts indéniables entre les divers acteurs du système de santé, les dysfonctionnements des mécanismes de contrôle ainsi que les risques qu’ils font courir aux patients ont une grande charge émotionnelle. Toutefois, pour apporter des solutions raisonnables et utiles à un certain nombre de questions légitimes, il faudrait se livrer à une réflexion plus sereine et différenciée. Confronté personnellement à ces problèmes pendant plusieurs décennies, c’est dans un esprit constructif que je souhaite contribuer au débat.

Sommaire

  1. Quelle est la mission des agences de contrôle des médicaments ?
  2. Comment sont effectués les contrôles ? Avons-nous affaire à des dérapages occasionnels ou à des dysfonctionnements structurels inhérents au système ?
  3. Comment peut-on évaluer l’utilité d’un médicament (rapport bénéfice / risque) ?
  4. Comment peut-on assurer la compétence, l’indépendance et l‘intégrité des organes de contrôle ?
  5. Comment peut-on assurer la compétence, l’indépendance et l’intégrité des experts ?
  6. Comment peut-on définir et garantir l’efficacité et l’intégrité de l’industrie pharmaceutique ?
  7. Comment peut-on garantir l’information et l’indépendance des médecins prescripteurs ?
  8. Conclusions : plaidoyer pour une discussion sereine et des solutions réalistes

Une version intégrale plus documentée (147 références) est à disposition sur demande. Alain.dewc@bluewin.ch

1 Bensadon AC,, Marte E, Morelle A. Enquête sur le Mediator. IGAS Inspectorat Général des Affaires Sociales. Janvier 2011. www.igas.gov.fr

2 De Weck AL. Médicaments (2) : Quand médias et statistiques ne font ni bon ménage ni bonne médecine. 2011. Bull. Méd. Suisses (sous presse)

3 AFSSAPS- Suivi renforcé – Enquêtes de pharmacosurveillance en cours . 2/2011. www.afssaps.fr

4 Debré B. Attention , pas de panique 2.2.2011 http://www.bernarddebre.fr

5 Sondage Médicaments : Pourquoi tant de problèmes ? 2009. Sante-az.aufeminin.com

6 Pharmaceutical Industry. Wikipedia

7 Contribution du médicament à la santé publique. Site G5 Industrie pharmaceutique France, www.g5france.fr

Mis en ligne le 8 mai 2011
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