Courrier des lecteurs : avril à juin 2010

Marée obscurantiste : comment lutter ?

Recevant le dernier numéro de Sciences et Pseudosciences, je viens de le lire avec énormément de plaisir. […] Les actions que vous menez sont évidemment indispensables, devant le flot, le torrent des mensonges que presse, radios et TV diffusent à longueur de journée. Je vous adresse, mais vous les connaissez peut-être, quelques échantillons du véritable matraquage auquel le public est soumis.

Dans la revue Programmes Télé, c’est chaque semaine, deux pages à la gloire de l’aromathérapie, locale, générale en aérosols, qui guérit tout, depuis les entorses, les troubles de la ménopause, les migraines, les règles douloureuses, l’hypertension artérielle et autres... Tout y passe, présenté sous forme d’articles, avec pseudo références scientifiques, et bien entendu dans la colonne voisine la pub concernant le produit !

L’homéopathie et l’acupuncture qui envahissent même l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris avec un avis du Président de la Commission médicale d’établissement […]. Ces « spécialités » sont d’ailleurs reconnues par le Conseil de l’Ordre, alors même qu’elles sont condamnées formellement l’Académie de Médecine.

Ce sont également les émissions TV, les « Soirées de l’Étrange », le « Paranormal »... Et il y a aussi les voyants, les mages, médiums, gourous... avec grand titre à la une et, bien entendu, articles sans aucun esprit critique de la part des journalistes avec à l’appui des « témoignages » de gens tout à fait convaincus.

Mais les journalistes cherchent touj ours le sensationnel, l’extraordinaire pour faire le « papier » qui fera vendre le Journal. Vous démontrez très bien le mécanisme dans l’affaire de la « communication facilitée ». Tels sont les faits contre lesquels vous vous battez avec persévérance et énergie. […]

Pour agir il faut envisager plusieurs stratégies successives :
(1) L’éducation des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, mais cela est quasi impossible, lorsque la réalisation en est tardive, dès au-delà de l’adolescence. C’est chez l’enfant ou au plus tard chez l’adolescent qu’il faudrait agir en expliquant ce qu’est le rationnel, l’esprit critique et inversement tout ce qui concerne le mythe et les fantasmes (voir texte de Jean Rostand cité dans le dernier numéro de la revue). Tout ceci est très bien réalisé par le Pr Charpak dans la magnifique initiative qu’il a prise et développée : « la main à la pâte ». Au-delà d’un certain âge il est hélas trop tard. Comme beaucoup de comportements, tout s’apprend mieux dès le jeune âge.
(2) L’éducation des journalistes. Ils sont toujours à la recherche du sensationnel, de l’extraordinaire pour vendre leur papier ou pour se mettre en avant. Pourrait-on envisager que dans les écoles de journalisme, il y ait des interventions de scientifiques reconnus, capables de leur expliquer comment distinguer le faux du vrai, et comment éviter de diffuser des nouvelles relevant de l’irrationnel, en un mot de leur apprendre l’esprit critique ?
(3) Mais tout cela demandera évidemment beaucoup de temps et d’efforts, et une action est urgente. Pour empêcher ces dérives extrêmement néfastes il faudrait un contrôle effectué par un groupe de « sages », c’est-à-dire des scientifiques indiscutables dans chaque domaine, joignables immédiatement par téléphone ou mail et capables en quelques secondes de dire si une information est vraie et possible, ou relève au contraire du rêve, de la fausse science, sinon du charlatanisme (c’est souvent le cas en médecine). Bref il faudrait établir une déontologie professionnelle, sous le contrôle de scientifiques ; l’Académie de Médecine et l’Académie des Sciences pourraient jouer ce rôle. Mais encore faudrait-il que les syndicats de journalistes soient d’accord, ce qui paraît hélas très difficile.

Tout cela est donc un peu du rêve et finalement nous sommes très désarmés devant l’épidémie actuelle, véritable pandémie ; nous ne pouvons que lutter au coup par coup, par des démentis qui hélas comme vous le dites très justement ne sont que très rarement publiés : le vrai et le réel sont beaucoup moins spectaculaires.

Gilbert Lagrue

Journalisme et sens critique

Un de nos abonnés, JJH, nous adresse une coupure de presse, extraite d’un journal local (Le Pithiverais du 26 février 2010), accompagnée de ce petit mot :

On trouve souvent des perles, dans la presse régionale. Ce sont généralement des correspondants qui couvrent ce genre d’actualité locale. Aucun esprit critique, tout est pris au premier degré. Il n’a pas vu qu’il s’agit d’une activité commerciale pour vendre des services à la limite de l’escroquerie.

291_109-112_1L’article du correspondant du journal annonce la tenue d’une conférence de deux « géobiologues » intitulée : « une maison moins polluée pour une meilleure santé ». L’article ne montre, en effet, strictement aucun sens critique. Les « géobiologues » sont présentées comme « nanties de diplômes de conseiller en habitat sain » qui sanctionne « leur solide formation en géobiologie ». La géobiologie est présentée par le journaliste comme « une démarche pluridisciplinaire » utilisant des « instruments scientifiques », guidée par des « normes et recommandations ». La finalité serait d’identifier et résoudre les problèmes de « pollution des habitations » à l’origine de « beaucoup de troubles de la santé ». Quelle formation solide ? Qui édite ces « normes et recommandations » ? Quels problèmes de santé sont résolus par les géobiologues ? Le journaliste ne répond pas. Gageons qu’il ne s’est même pas posé la question, et a pris pour argent comptant le discours des deux « conseillères en habitat sain ».

Mais il n’y a pas que la presse locale qui peut faire preuve d’une telle naïveté. Yves MM, un autre de nos abonnés, nous adresse la copie d’un article paru dans le journal Ouest France (7 mai 2010).

La maladie des ondes a encore frappé. En pièce jointe la copie d’un article du journal Ouest France (Édition Angers-Segré) du vendredi 7 mai 2010. C’est consternant.

291_109-112_2« Malades des antennes, du wifi et du portable » annonce le titre. « Très sensibles aux ondes électromagnétiques, des Angevins doivent éviter certains lieux de la ville pour ne pas souffrir de maux de tête et autres brûlures » nous affirme le rédacteur. Nulle part l’article ne signalera que les ondes ne sont pour rien dans les symptômes ressentis. C’est pourtant la conclusion de toutes les études menées sur le sujet. Par ailleurs, l’OMS recommande aux gouvernements d’inclure, dans les informations fournies aux patients sur ce syndrome et sa prise en charge, « une déclaration claire spécifiant qu’il n’existe actuellement aucune base scientifique permettant d’établir une relation entre HSEM – hypersensibilité électromagnétique – et exposition aux CEM ». Par contre, l’article décrit le calvaire, bien réel, de personnes victimes du syndrome, pour donner ensuite la parole à un « ingénieur angevin » : « les hôpitaux font souvent appel à moi, car au dessus de cette limite [3 V/m, les instruments peuvent être perturbés, tout comme les avions ». Et si la comparaison ne suffisait pas pour faire peur, l’ingénieur ajoute : « beaucoup de personnes sont concernées, porteuses de pacemakers ou d’autres prothèses, qui dans la rue, peuvent être handicapées par des champs électromagnétiques trop élevés. »

Merci pour ces coupures de presse, qui ne nous rassurent pas sur le sens critique que devrait avoir tout journaliste abordant des questions techniques ou médicales.

Sur la psychanalyse

Je découvre votre revue en ligne et je vous félicite pour votre initiative. Nous avons bien besoin de gens qui remettent les pendules à l’heure avec toute cette désinformation qui circule ici ou là. J’ai lu avec intérêt vos dossiers sur la psychanalyse. Je ne suis pas scientifique mais littéraire de formation. Je me pose des questions depuis longtemps à ce sujet. Je m’en pose aussi sur les différentes formes de psychothérapie et leur véritable efficacité. Voici quelques questions que je voudrais vous poser. Où trouver des informations objectives sur la psychanalyse et les différentes formes de psychothérapies ? Existe-t-il des études qui évaluent la vérité et l’efficacité de toutes ces techniques ? Des livres lisibles par un non scientifique de préférence ? Existe-t-il une étude qui classe les différentes formes de psychothérapie selon leur efficacité ? Où en est le projet de loi qui devait règlementer la profession de psychothérapeute ? Notre cerveau est-il capable d’enregistrer des événements de la petite enfance avant 6 ans ? Notre cerveau peut-il se souvenir d’événements que notre conscience a oubliés ? Si une personne en thérapie se souvient d’événements ou d’émotions négatives, comment être sûr qu’il s’agit bien d’événements réels ou de fantasmes ? Pareil pour les émotions négatives, comment savoir s’il ne s’agit pas de la dernière dispute avec un petit ami plutôt qu’un souvenir de la petite enfance ? Que pensez-vous de la théorie « des résistances » ? Me paraît malhonnête l’argument des psys qui prétendent que si une personne critique le jugement ou les affirmations d’un psy, il s’agit là d’une résistance de l’inconscient qui refuse d’admettre des vérités désagréables. Avec ce genre de raisonnement, on ne peut jamais remettre en question la vérité des psys ; cela me rappelle les arguments de l’Église catholique qui prétend toujours que seuls les prélats sont qualifiés pour connaitre les vérités supérieures. A-t-on pu prouver l’existence de l’inconscient ? Merci beaucoup pour vos réponses. Un dossier spécial psychothérapie serait bien utile. Bonne continuation à votre revue.

Christine Michaud

Nous pouvons d’ores et déjà annoncer que nous préparons actuellement un hors-série qui portera sur la psychanalyse, et son statut non scientifique et reviendra sur bon nombre des questions que vous soulevez. À propos du projet de loi devant réglementer la profession de psychothérapeute, vous trouverez l’analyse de notre collaborateur Esteve Freixa i Baqué dans ce numéro de Science et pseudo-sciences.

Mis en ligne le 18 août 2010
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