Les critiques contre la science

par Nicolas Gauvrit - SPS n° 290, avril 2010

La science est régulièrement critiquée dans un mode, pourrait-on dire, local et spécifique, sur tel ou tel aspect de son développement, ou de ses applications. Elle a permis la construction d’armes, d’instruments de torture, et tout le monde en est conscient. Elle a aussi permis à l’homme de se déplacer plus vite avec la voiture, mais cet effet positif se paye par des accidents et une pollution atmosphérique accrue…

Plus rares, mais pourtant tout à fait audibles aujourd’hui, sont les critiques fondamentales contre la science qui ne remettent pas seulement en cause telle ou telle application, ni même tel ou tel domaine, mais la science en tant que telle. Ces critiques profondes semblent même de plus en plus présentes, et pourraient peut-être s’expliquer non par le dévoiement de la science elle-même, mais par des mélanges où, parfois, logique industrielle ou idéologie partisane se parent de l’image de la science (lire à ce propos le témoignage de Philippe Boulanger). Une explication complémentaire nous est présentée par Jean Bricmont, selon qui il peut être raisonnable de douter de la science dans certains cas.

Certaines critiques s’appuient sur une confusion entre les différents sens du mot « science » – dont Fabrice Neyret nous montre la diversité (De qui, de quoi parle-t-on quand on dit “la science”). D’autres révèlent une approche « religieuse » du monde, où l’homme serait contraint par des lois imposées par la nature ou un dieu créateur. Le fruit défendu n’est pas loin, avec la punition : la création de l’homme pourrait bien devenir son pire ennemi comme dans la légende du Golem, que Jean-Gabriel Ganascia présente et dont il discute la pertinence.

Partant du constat que la science est faite par des hommes pleins de subjectivité, on peut se poser la question de savoir comment une telle construction sociale pourrait être objective. À cela, on peut répondre que l’objectivité (relative) de la science est le produit d’un système qui, partant d’avis subjectifs mais contraints à une rigueur de tous les instants, raffine en quelque sorte cette subjectivité (lire Comment se crée la connaissance scientifique ?). Plus spécifiquement, la science est souvent accusée d’être conservatrice, de refuser la nouveauté par principe (La science conservatrice). Cette caractéristique est souvent avancée par l’astrologie, l’homéopathie ou la numérologie pour expliquer que la science n’ait pas accepté leurs conclusions et méthodes (L’appel à Pasteur).

Mais l’homme ne se contente pas de savoirs, il a besoin d’idéaux et de rêves. Percevant une contradiction entre la rigueur de la science et la spiritualité, certaines personnes accusent la science de sécheresse. Selon eux, la science refuse l’imagination et la spéculation, et désenchante le monde par ce biais. Jean-Paul Delahaye et Fabrice Neyret évoquent chacun une partie de cette affirmation, montrant que la science ne s’oppose pas au rêve, et qu’elle se nourrit même d’imagination, voire de « folie ».

Mis en ligne le 10 juillet 2010
6076 visites

Explorer par thème


Valid HTML 4.01 Transitional CSS Valide !