Courriels et courriers : de janvier à mars 2010

Les menaces sur les abeilles

À propos de l’article intitulé « La surmortalité des abeilles : alerte rouge pour la pollinisation et l’agriculture » du n° 289, [l’auteur] regrette le « peu d’intérêt que portent les firmes pharmaceutiques à la plupart des pathologies apiaires ».

On ne peut qu’y souscrire. Mais, outre les « firmes pharmaceutiques », l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) ne devrait-elle pas jouer un rôle dans ces études ? S’il ne le fait pas, est-ce une question de moyens, de choix de priorité, ou quoi ? [Par ailleurs], traitant des pesticides (« du bon usage des pesticides »), l’auteur écrit : « Parmi ces pesticides, on peut citer les herbicides ». N’y a-t-il pas là une confusion, qui infirme la suite ? Que Monsanto ait mis au point des PGM compatibles avec les herbicides porte à s’interroger sur ce point sémantique...

Alain T.

Réponse de l’auteur. En matière de produits pharmaceutiques, ce sont les firmes privées qui mettent au point et fabriquent, de façon très onéreuse (exigeant des recherches durant une décennie, et des sommes astronomiques), les produits qui peuvent se révéler efficaces. Ce n’est pas l’INSERM. Et c’est ainsi qu’existent des « maladies orphelines ». En phytopharmacie, il en est de même : l’INRA n’a ni les moyens, ni les structures pour fabriquer ces produits, mais peut indiquer les pistes à prendre grâce aux travaux de ses laboratoires.

Il y a eu de grandes campagnes antipesticides dans le but présumé de sauver les abeilles (sans preuves) au cours des dernières années (et c’est ainsi qu’a été limitée de façon draconienne l’utilisation de certains d’entre eux). L’utilisation de biocides comme les spores ou les toxines de Bt est une bonne façon d’empêcher le contact entre les pesticides chimiques et les pollinisateurs, et représente donc une piste d’avenir. Le maïs et le colza GM sont des bons exemples de la possibilité de diminuer l’apport de pesticides chimiques sur de vastes surfaces dans l’environnement, si on craint vraiment une action néfaste de leur part sur les abeilles.

Alain Rérat

Le Medef 54 à la sauce astro

Je vous envoie ci-dessous un article trouvé dans la revue Les Tablettes de Lorraine, n° 1246 de décembre 2009. C’est édifiant ! Le combat est loin d’être terminé !

« “L’astrologie, ce n’est pas de la voyance ! Le médium ressent. L’astrologue calcule !” Tout comme les chefs d’entreprises aujourd’hui, en cette période un peu trouble, où les astres conjoncturels sont un peu énervés. Marie-Pierre Monnet, astrologue, est venue porter la bonne parole des astres à l’occasion du traditionnel petit déjeuner du Medef de Meurthe-et-Moselle. “Le thème astral, propre à chaque individu, est une mine d’informations, une mise à nu, qu’il faut vouloir et pouvoir accepter.” Dans la salle, chacun s’interroge naturellement par rapport à son propre signe. Et la question phare de la matinée : “À quand la fin de la crise ?” L’astrologue ne s’avance pas trop : “Je travaille sur les personnes. Pas sur les courants. D’autres le font ! Pas moi.” Cela a le mérite d’être clair ! »

Pierre N.

À propos du QI

Le dernier numéro de SPS est particulièrement riche et intéressant. Il m’a cependant semblé y rencontrer quelques erreurs, omissions ou obscurités […]. [Dans le dosser sur le QI], des affirmations […] semblent contradictoires : « Le QI varie assez peu au cours de la vie », « le lien entre le QI des enfants et celui des parents biologiques ne cesse d’augmenter au cours de la vie ».

Il faudrait souligner un fait qui est, je pense, assez méconnu : l’ancienne définition, donnée page 61, ne s’applique manifestement qu’aux enfants. De plus, la moyenne n’est pas de 100 par construction, (contrairement au QI de Weschler), mais seulement parce qu’il se trouve que la distribution est symétrique.

Effet Flynn (page 69) : il y a une erreur de formulation : le QI moyen étant de 100, il ne peut pas augmenter ! Ce qui peut augmenter, c’est la note obtenue aux tests avant la renormalisation qui donne une moyenne de 100.

Encadré sur le coefficient de corrélation (page 55) : l’expression « part expliquée » est utilisée par les statisticiens, mais ici, sans explications, elle me paraît dangereuse, car elle semble impliquer que corrélation signifie causalité. Cette erreur, qui est d’ailleurs souvent commise par les statisticiens, a pourtant été maintes fois dénoncée dans cette revue.

Pierre F

Réponse de l’auteur. J’écris, comme vous le notez, que le QI est relativement stable au cours de la vie, mais en même temps que sa relation avec celui des parents biologiques augmente entre l’enfance et l’âge adulte. Comme souvent en sciences humaines (hélas), tout est dans le « relativement ». Je précise donc un peu ci-dessous : le QI évolue peu globalement au cours de la vie. Mais en réalité, son évolution est bien plus marquée dans l’enfance qu’après l’adolescence. J’aurais pu être plus précis en disant « le QI varie globalement peu au cours de la vie, surtout après l’adolescence ». L’effet de l’éducation, dans l’enfance, semble être d’accélérer ou de retarder le développement « normal » du QI.

Ainsi, le futur adulte moyen au QI de 100 pourra-t-il avoir, dans un milieu favorable, un ou deux ans d’avance à 5 ans par exemple. Son QI sera donc plus élevé. Mais cette avance est de moins en moins décelable, et devient indétectable à l’âge adulte.

Au sujet de « l’ancienne définition », vous avez parfaitement raison. Le test de Binet, commande de l’éducation nationale, ne s’appliquait qu’aux enfants (et la définition du QI comme quotient n’a de sens que pour eux). Quant au second point, il y a effectivement dans l’article une erreur (pan sur le bec ! dirait le Canard Enchaîné).

Sur l’effet Flynn, vous remarquez que la formulation « le QI moyen augmente » n’est pas parfaitement correcte, puisque le QI est régulièrement renormalisé pour conserver sa moyenne de 100. Il serait en effet plus juste, théoriquement parlant, de dire « les scores aux tests de QI ne cessent d’augmenter, pour un même test ».

Ceci étant, d’un point de vue pratique c’est bien une « augmentation du QI » qui a d’abord été constatée, du fait que le QI n’est pas renormalisé chaque année. C’est pourquoi, sans doute, on retrouve souvent cette formulation qui se justifie pratiquement, mais pas théoriquement.

Vous remarquez enfin que, dans l’encadré sur le coefficient de corrélation, l’expression « part de variation expliquée » peut être trompeuse. Je vous comprends parfaitement, ayant moi aussi bien souvent dénoncé les erreurs de confusion entre causalité et corrélation.

C’est pourtant le vocabulaire utilisé couramment par les statisticiens. Cela vient sans doute du fait qu’on utilise ces analyses de variances dans le cadre de la construction de modèles explicatifs, tout en sachant (dans le meilleur des cas) qu’on n’a jamais prouvé par là une causalité…

En tout cas, merci encore pour toutes ces remarques, stimulantes et intéressantes.

Nicolas Gauvrit
Mis en ligne le 12 avril 2010
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