Humour

Cours d’astrologie expérimentale

par José - SPS n° 255, décembre 2002, n° 256, mars 2003 et Hors-série astrologie

Première leçon

Depuis le canapé du fond du salon, vous apercevez dans l’encadrement de la fenêtre, un pot de fleurs, le clocher de l’église, et le Mont blanc. Vous venez de définir une constellation. C’est aujourd’hui la saint Éloi. Vous baptisez donc cette constellation les « trois orfèvres ».

C’est rigoureusement ce mécanisme qui a inspiré la création des constellations par nos ancêtres les Gaulois, les Chinois, les Grecs et les Arabes il y a un certain temps. Si un hanneton cosmonaute posé sur votre épaule décide de se rendre dans la constellation des trois orfèvres, arrivé au pot de fleurs, il se retrouvera idiot.

Une constellation n’a aucune consistance physique. Vous auriez pu choisir la lanterne du porche, la niche du chien, et le Mont Blanc. Avec deux morceaux de constellations voisines, vous pouvez en créer une troisième, ce qui est arrivé fréquemment dans le passé (il en reste 88 sur les 108 des grimoires d’origine).

Une constellation, c’est une commodité de langage. Techniquement, ce n’est rien du tout.

Première loi : les constellations n’existent pas.

Puisqu’elles sont tout de même une commodité de langage, parlons-en. Vous êtes né en pleine nuit, au milieu de novembre. Votre astrologue, après consultation de son tarif hors taxe, vous précise que vous êtes né sous le signe du Scorpion. Cela vous est confirmé par n’importe quel hebdomadaire sérieux.

Vous avez tout faux. Il est grand temps que votre éducation astrologique soit faite, sur la Terre comme au ciel.

Pour cette fois, nous allons définir ce que signifie l’expression « être né sous le signe de ».

Votre signe astrologique, c’est une région de l’espace qui, vue de la Terre, se trouve, lors de votre naissance, derrière le Soleil. Il n’est présent qu’en plein jour. Si vous êtes né la nuit, tant pis pour vous : entre vous et votre signe, il y avait l’épaisseur de la Terre, et, derrière la Terre, le formidable écran du Soleil, avec sa gigantesque émission permanente. Si votre signe a voulu vous murmurer quelque chose, il a eu moins de chances de se faire entendre qu’un puceron dans une gare de triage. Comme rapport de force, le Soleil est à votre signe, ce que la bombe H est à une poire à lavement.
Votre signe, c’est seulement une région de l’espace, car la constellation qui portait le même nom a sérieusement dérapé depuis 2000 ans1. De plus, il n’y a pas douze, mais treize constellations dans le Zodiaque, et avec un peu de malchance, la vôtre est peut-être Ophiucus, grande oubliée, entre Sagittaire et Scorpion.

Quant à dire que vous naissez au-dessous, c’est un mot malheureux. En 24 heures, sous nos latitudes, le nouveau-né se trouve sous un défilé de constellations, toujours les mêmes, au-dessus de sa tête, sans rapport avec celles du Zodiaque. Un enfant qui vient au monde au pôle nord, quelles que soient la date et l’heure, qu’il fasse jour ou nuit, vient au monde sous la Queue de la Petite Ourse. Vous pouvez mettre au défi n’importe quel astrologue de vous prouver que cette phrase est idiote. Elle est encore vraie pour quelques siècles seulement. Vers l’an 13600, l’enfant né au pôle Nord viendra au monde sous Véga de la constellation de la Lyre, toutes les constellations auront dérapé de six mois, et la queue de la petite ourse ne sera plus cotée en bourse. Quant aux signes, il faudra qu’ils attendent à nouveau 13000 ans pour redevenir à la mode.

Soucieux de contribuer aux progrès incessants de l’astrologie, la prochaine fois nous vous expliquerons ce que veut dire la phrase « le Soleil rentre dans la constellation de… ».

Deuxième leçon

Poésie : vous marchez le soir le long du chemin en tenant votre fils de cinq ans par la main. La Lune est là. Vous passez à côté du gros chêne. La Lune disparaît derrière le chêne. Votre fils va vous dire que la Lune est entrée dans l’arbre. Vous allez facilement lui prouver, en faisant quelques mètres à reculons, que la Lune et l’arbre n’ont pas bougé. Ne souriez pas : si demain sur la plage il vous dit que le Soleil a tourné dans le ciel, vous n’aurez aucun moyen de lui prouver qu’il est encore dans l’erreur. Le Soleil n’avance pas : c’est la plage qui recule. Galilée en a mangé son chapeau.

Lorsque votre astrologue vous dit que le Soleil rentre dans le signe du Capricorne, il utilise le mécanisme de la Lune et de l’arbre. À l’échelle d’une vie humaine le Soleil ne bouge pas, les constellations ne bougent pas. Si vous posez la question aux astrologues extra-terrestres situés ailleurs, hors du système solaire, ils vous confirmeront que notre Soleil, immobile, fait tout simplement partie d’une constellation qu’ils ont tracée en pointillé, comme les nôtres, sur leurs planisphères. Sur notre Terre, lorsque vous changez de « signe », seul l’astrologue se déplace sur une grande ellipse : tout le reste de l’environnement est scotché au plafond. Le syndicat des astrologues ne va pas pour autant prédire une hausse du chômage dans la profession. Du moment que ça bouge, on fait avec.

Dans la recette d’un horoscope, il y a deux ingrédients : le signe du Zodiaque et la position des astres (Soleil, Lune, planètes).

L’influence des astres est indiscutable : c’est le rayonnement et la gravitation. Il n’y en a strictement pas d’autre : ça envoie des particules et ça attire. Pour tout le monde et en même temps, sans aucune discrimination. Les coups de soleil et les marées sont des effets permanents, et ne tiennent aucun compte de la date de naissance. Tout peut se calculer jusqu’à la cinquième décimale. Et l’instant de la naissance n’est fragilisé, en fin de compte, que si les parents fument.

Reste le signe du Zodiaque.

L’astrologie a été élaborée il y a plus de deux mille ans, avec la certitude que le Soleil tournait autour de la Terre. Le Soleil est donc apparu comme un indicateur divin qui choisissait la constellation pour une Terre immobile. Si, aujourd’hui, on voulait choisir la constellation la plus « efficace », on ferait bien entendu le contraire. La Terre tournant autour du Soleil, on choisirait la constellation à l’opposé de celui-ci, donc brillant dans un ciel dégagé et, théoriquement plus « proche » de la Terre de trois cents millions de km (notre orbite), comme on le voit sur notre dessin, réalisé par un astronome bac plus dix, beaucoup moins coûteux qu’un astrologue.

Nous voici enfin arrivés à l’instant hyper-paranormal. Il s’agit de réaliser l’expérience du siècle. Nous avons besoin de vous.

Vous allez choisir des astrologues médiatisés pour lesquels certains journaux odieux ont relevé par le passé des prédictions catastrophiquement fausses. Vous allez reprendre leurs horoscopes dans les trois dernières années. Ils figurent toujours dans un tableau de 12 cases, (une par signe). Vous allez alors décaler tout simplement les horoscopes de six mois pour vérifier notre théorie (l’horoscope du Lion, par exemple, remplace celui du Capricorne). Vous serez stupéfaits de voir immédiatement disparaître toutes les anomalies. Et vous pourrez écrire un livre sur la Nouvelle Astrologie.

Si vous n’avez pas le prix Nobel, vous tirerez tout de même à deux ou trois millions d’exemplaires.

1 Précession des équinoxes (pour les raffinés incrédules).

Mis en ligne le 10 décembre 2009
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