« Que sait-on des effets sanitaires des ondes électromagnétiques, en particulier en ce qui concerne les communications sans fil et les lignes à haute tension ? À ce jour, le bilan des données scientifiques ne justifie pas d’envisager une remise en cause des recommandations faites par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP). [...] [Mais] l’émotion est au cœur du débat et l’ensemble est trop souvent traité de façon pseudo-scientifique pour servir des thèses préétablies. Une méconnaissance du sujet, des raccourcis fâcheux, l’amalgame avec les risques du tabac ou de l’amiante sont fréquents et rendent discutable une bonne part de l’information fournie au public. » (Extraits de l’article d’Anne Perrin, « Ondes électromagnétiques : comment s’y retrouver dans l’information ? »). Dans le dossier que nous avons publié dans le n° 285 de Science et pseudo-sciences (SPS, avril-juin 2009), nous nous sommes efforcés de présenter clairement les informations scientifiques disponibles. Ce dossier sera complété ici en fonction de l’évolution des débats et des recherches.

Expertise scientifique et concertation pour les élevages agricoles

par François Gallouin - SPS n° 285, avril-juin 2009

Le Groupe Permanent sur la Sécurité Électrique dans les élevages agricoles et aquacoles (GPSE) a vu le jour en juillet 1999. À la demande du porte-parole de la Confédération Paysanne un rapport a été rédigé par M. Dominique Blatin (Ingénieur Général du GREF) et M. Jean-Jacques Bénetière (Inspecteur Général de l’Agriculture). Ce rapport signalait que dans les exploitations agricoles françaises beaucoup de problèmes électriques existaient et qu’ils pouvaient mettre en danger la vie des personnes et des animaux et que, en revanche, les lignes à très haute tension (400 et 225 kV) n’étaient pas impliquées directement dans les pathologies animales rencontrées dans leur voisinage. Le GPSE, dont l’animation m’a été confiée depuis cette époque par deux lettres de mission signées par les Ministres de l’Agriculture et les présidents successifs de EDF et de RTE (réseau de transport d’électricité), a été créé pour faire le point, sur le terrain, sur les dangers et solutions possibles. Il ne s’agissait pas d’une commission temporaire, mais d’un groupe d’individus bien décidés à éclaircir les problèmes signalés par les éleveurs.

Dix ans de fonctionnement

Ce groupe permanent a donc fonctionné sans interruption, depuis le mois de septembre 1999 et a organisé, à ce jour, 172 missions : réunions plénières, colloques, débats publics, réunions d’information technique, publications d’information dans une revue vétérinaire, rédaction d’une plaquette tirée à 40 000 exemplaires destinée aux acteurs du monde rural et 5 expérimentations scientifiques dont 4 publiées dans des revues à comité de lecture et enfin les visites d’exploitations. Les membres permanents du GPSE sont les demandeurs (agriculteurs, syndicalistes, associations), des fonctionnaires du Ministère de l’Agriculture (Professeurs de l’INA-PG, des Écoles Nationales Vétérinaires), les Directions départementales de l’agriculture (DDA), les Directions des services vétérinaires (DSV), les Chambres d’Agricultures, des ingénieurs EDF et RTE, des assureurs (GROUPAMA), des consuels, des professionnels de la foudre.

Problèmes sanitaires et lignes haute tension : une méthode d’analyse

Les membres du GPSE ont défini une méthode d’étude des exploitations agricoles situées au voisinage des lignes à haute tension et auxquelles étaient imputés les problèmes vétérinaires observés par les éleveurs. La méthode d’expertise, gratuite, se décompose en trois points :

1) Vérifier la conformité électrique des exploitations (disjoncteurs, courants de fuite, courants vagabonds, clôtures électriques, équipotentialité électrique, prise de terre, etc.). Avant la création du GPSE, EDF/RTE ne « regardait pas » ce qui se passait derrière le compteur électrique.
2) Faire une analyse vétérinaire sérieuse, sous la direction d’un professeur des Écoles nationales vétérinaires et avec l’aide de la DSV (Direction des Services Vétérinaires départementale) et du vétérinaire praticien local.
3) Faire une analyse des performances des ateliers de production en relation avec le contrôle laitier, les chambres d’agriculture, les techniciens des maisons d’alimentation, etc.

Cette méthode a permis de corriger efficacement la situation d’exploitations en difficulté.

Courants de fuite et défauts sanitaires sont les explications toujours trouvées

Les problèmes électriques étaient le plus souvent liés à une mauvaise équipotentialité des sols : les animaux pouvaient ainsi ressentir de faibles courants électriques. Ces tensions de fuite de l’ordre de quelques centaines de millivolts étaient souvent produits par de mauvaises isolations électriques, y compris dans des exploitations sans voisinage avec des lignes à haute tension1.

Par ailleurs, des pathologies vétérinaires ont toujours été trouvées et corrigées. Dans le cas des ateliers « lait », les machines à traire se sont avérées des vecteurs de propagation de mammites cliniques ou sub-cliniques. L’hygiène de la traite n’était pas souvent satisfaisante. La génétique des animaux est hétérogène et il existe une grande sensibilité individuelle.

Ainsi dans le même élevage, pourtant soumis aux mêmes facteurs d’ambiance, des animaux sont hypersensibles et d’autres résistants.

Les problèmes qui ont été rencontrés en élevage étaient toujours multifactoriels. Extension des bâtiments, non-conformité électrique, augmentation des performances des animaux, incompétence de nouveaux membres intervenant dans l’exploitation (stagiaires), matériels électroniques fragiles et non inter-compatibles, clôtures électriques mal isolées, réforme insuffisante des animaux à mammites sub-cliniques2. De plus il semble que les bâtisseurs de fermes ne soient pas encore totalement sensibilisés à la nécessité absolue de réaliser une équipotentialité des bâtiments, que ceux-ci soient situés près ou éloignés de lignes à haute tension.

Une ferme expérimentale

Actuellement le GPSE poursuit ses interventions chez les éleveurs qui en font la demande.

En complément, une expérimentation scientifique, réalisée dans une ferme expérimentale de l’État par des chercheurs habilités à diriger des recherches essaie d’évaluer les seuils des perturbations électriques pouvant avoir une incidence significative sur les productions animales, les autres facteurs de perturbations étant maîtrisés. Chez le mouton (agneaux, agnelles, brebis) une tension de 5 volts imposée entre les mangeoires et le sol, sur des animaux alimentés ad libitum, les dissuade de consommer un complément alimentaire très palatable. En d’autres termes les animaux sont prêts à payer un petit désagrément électrique de 0,5 à 5 volts pour accéder à ce « dessert », mais pas plus. Les auteurs de cette expérimentation ont observé de grandes variations individuelles dans les comportements des animaux. Ils retrouvent les mêmes conclusions chez des vaches laitières, mais pour des tensions électriques deux fois moindres. Sur une longue période expérimentale les productions laitières ne sont pas significativement diminuées en qualité et en quantité.

Conclusion

Le GPSE, créé pour résoudre des problèmes de pathologie animale ou de baisse des performances zootechniques, a répondu à la demande d’agriculteurs en difficulté. Nous tenons ici à remercier les quelques éleveurs de Basse-Normandie et de Bretagne qui furent à l’origine de la création de ce groupe : ils nous ont sensibilisé à des perturbations d’origines diverses que les vétérinaires ne soupçonnaient pas (les courants induits et les courants de fuite de faible voltage en particulier). Avec leur aide dans l’élaboration de la méthode d’expertise, force a été de reconnaitre qu’une action scientifique (donc rationnelle) a résolu plus de problèmes que des opinions de sourciers, de bio-géologues et d’experts autoproclamés.

1 Pour éviter des tensions électriques différentes (donc créant des courants vagabonds ou courants de fuite) sur un sol il faut que toute la surface soit électriquement au même potentiel. Une stabulation peut faire 2000 m² et plus. Le sol doit être mis à une terre unique. De même toutes les ferrailles, les poutres de la charpente métallique, les cornadis doivent être au même potentiel : en d’autres termes il faut tout raccorder par des soudures soignées.

2 99 % des mammites cliniques ou sub-cliniques sont dues à la pénétration des germes micro-biens dans la mamelle par le canal du trayon. Le courant électrique n’y est pour rien. Les éleveurs ont vite fait d’incriminer un vague stress (en fait un agent stressant) et le courant électrique est facile à désigner.

Mis en ligne le 15 juin 2009
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