Les pseudo-sciences aux Pays-Bas

244 - Octobre 2000

par Comélis de Jager

Créée en 1987, l’organisation hollandaise SKEPSIS opta très vite pour la constitution d’un fonds documentaire à partir d’articles de presse, à la disposition des journalistes et chercheurs. Ce fonds comporte actuellement environ 5000 articles. Une section importante « Théories obsessionnelles » couvre le travail d’amateurs vouant souvent leur vie à leur théorie favorite, généralement fausse. Souvent fermés à toute critique, ces génies méconnus perçoivent le peu de cas fait de leurs travaux comme pure arrogance de la part des scientifiques patentés. De telles assertions sont généralement amusantes et inoffensives, et ces vies dédiées à des chimères nous inspirent une certaine compassion.

Phénomène plus récent : l’agriculture bio-dynamique. Malgré l’absence de la moindre corrélation entre phases de la lune (ou autres considérations astrales) et culture, cette pratique a ses adeptes. Une information de notre part ne serait pas inutile. Quant aux allégations ufologiques, astrologiques et connexes, les Pays-Bas ne sont pas épargnés, même si le nombre d’observations d’OVNI semble décliner.

Plus grave est l’imposture scientifique et sa forme plus subtile : la désinformation du public dans les domaines scientifiques. Un exemple significatif en est la médecine alternative. Suite à la parution d’un livre, grand succès de librairie, prônant certains régimes contre le cancer - manifestement inefficaces -, l’organisation hollandaise Action-Group against Quackery (groupe d’action contre le charlatanisme) a qualifié son auteur, un médecin, d’imposteur. Interpellée, la Justice a décidé que le qualificatif n’était pas sans fondement : petite mais satisfaisante victoire. SKEPSIS joua également un rôle important dans le débat soulevé il y a une dizaine d’années suite à la prétendue découverte scientifique d’un facteur déterminant de l’homosexualité dans la structure de certaines parties du cerveau.

Une autre section de ce fonds documentaire intitulée « Influences de la société sur la recherche » me semble capitale. Elle porte sur des cas dans lesquels la société, Etat ou opinion publique, oriente la recherche afin d’étayer des hypothèses qui plaisent, de brider la liberté scientifique dans sa vocation d’exploration de l’inconnu. Une organisation indépendante telle que la nôtre, mais également l’ECSO (Conseil Européen des Organisations Sceptiques), se doit de s’impliquer activement lorsque la recherche scientifique est en danger. Parce qu’horrifiés par les effets des bombes nucléaires, devons-nous pour autant décourager la recherche nucléaire ? L’utilisation de l’énergie nucléaire doit-elle être découragée, même s’il est généralement admis que cette forme d’énergie est propre pour l’environnement ? Et le génie génétique ? Les arguments sont généralement d’ordre émotionnel et non scientifique. Ces questions demandent un esprit ouvert et critique et une grande objectivité.

Mis en ligne le 9 juin 2004
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