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Vaccins et allergies, des analogies trompeuses sur l’homéopathie

Publié en ligne le 3 mars 2009 - Homéopathie
par Martin Brunschwig - SPS n° 284, janvier 2009

Parmi les différentes pseudo-sciences régulièrement dénoncées dans nos colonnes, certaines ont un statut plus ou moins sérieux : si l’on parle d’astrologie ou d’ovni, ou même de « paranormal » en général, on rencontre parfois des personnes ferventes, mais elles ne peuvent être trop affirmatives, se heurtant souvent à un scepticisme amusé, et il est possible que la plupart des personnes qui lisent leur horoscope le font « pour s’amuser », sans trop y croire. Par contre, et cela me paraît beaucoup plus grave, quelques domaines sont non seulement reconnus comme sérieux ou valides par une partie sans doute très large de nos contemporains, mais l’idée même de les considérer comme des « charlataneries » serait jugée au mieux saugrenue, au pire sacrilège. La psychanalyse, l’acupuncture ou l’homéopathie, par exemple (quelles que soient leurs grandes différences de nature), me paraissent loin de passer pour les pseudo-sciences qu’elles sont 1. En attendant que la vérité se transmette petit à petit parmi la population grâce à une diffusion plus large des informations nécessaires, je voudrais revenir sur quelques points qui pourraient laisser penser à une personne de bonne foi que l’homéopathie serait une thérapeutique aux pouvoirs spécifiques.

Une approximation qui peut être trompeuse

Je passe sur les témoignages des proches, très vite enclins à attribuer leurs guérisons à l’homéopathie, et qui, on le sait, ne valident rien. Simplement, en première approximation, on ne peut pas forcément rejeter ces « guérisons », et on commence par s’interroger 2. Et là, je dois confesser qu’une idée fausse m’a longtemps fait croire à la « logique » de l’homéopathie : l’analogie avec le vaccin. L’homéopathie soigne « le mal par le mal », mais en le diluant tant que cette substance ne présente plus un danger mais une manière de combattre la maladie. N’est-ce pas à peu de choses près ce que fait un vaccin : on inocule un peu de « maladie », mais à une dose qui permet au corps de la combattre au lieu d’y succomber. Cette idée fausse (dont je ne sais pas si elle est répandue ou non, mais si j’ai pu m’y tromper, peut-être ne suis-je pas le seul...) n’ayant pas été discutée dans les nombreux articles de Science et pseudosciences traitant de cette question, elle mérite peut-être un développement spécifique.

L’homéopathie n’est pas un vaccin

L’analogie avec le vaccin (un vaccin qui serait évidemment sans effet secondaire !) sert parfois à la défense des produits homéopathiques, mais il s’agit là d’une idée parfaitement erronée : il faut déjà noter le fait que le vaccin ne s’adresse pas à une personne malade qu’il faut guérir, mais à une personne bien portante qu’il faut protéger. Mais surtout, les présupposés de l’homéopathie n’ont rien à voir avec les mécanismes de l’immunité. Dans le cas de l’homéopathie, on utilise des substances qui sont supposées provoquer 3 le même type de symptômes qu’une maladie X. Ces substances sont alors diluées de façon tellement importante pour la confection des granules homéopathiques que, statistiquement, on a toutes les chances de n’avoir aucune molécule de cette substance dans le produit final.

La vaccination

Quand on fait une vaccination, on utilise l’agent responsable de la maladie : un virus qu’on désactive, des extraits de bactéries, des pollens, etc. dont les effets négatifs sont atténués (ou supprimés – selon le traitement qu’on leur fait subir, mais pas parce qu’on l’aurait dilué « tel quel »). On injecte cet agent pathogène atténué : cela provoque une réaction immunitaire contre les molécules de l’agent pathogène, réaction assez lente à se mettre en place, de l’ordre de la semaine, et avec une production d’anticorps relativement limitée. Le système immunitaire est tel (merci l’évolution et la sélection naturelle !) que quand il entre en contact une seconde fois avec le même agent pathogène – ou avec les mêmes molécules que celles que possédait l’agent – il réagit de façon plus efficace et plus rapide (plus grande production d’anticorps, plus rapidement). Ce qui neutralise l’agent pathogène et entraîne sa destruction. L’injection se fait directement au contact du système immunitaire (ou presque) : l’injection intramusculaire permet à l’agent injecté de se retrouver dans le sang, tel quel, sans destruction digestive, il peut donc atteindre les organes lymphoïdes dans lesquels se trouvent les cellules immunitaires productrices d’anticorps.

En résumé, le produit est différent, et surtout la « quantité », bien sûr, est différente. Nous nous trouvons donc face à deux situations qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, malgré quelques « similitudes » pouvant nous égarer.

Une autre idée fausse

Notre intuition première (qui pourrait être fausse au demeurant, mais qui en l’occurrence, ne l’est pas) est de croire que plus un produit est dilué, moins il est actif. Mais les tenants de l’homéopathie, pour nous convaincre de la possibilité de l’action des grandes dilutions, prennent parfois comme exemple les allergies : il est vrai que la présence d’un très petit nombre de molécules est capable de déclencher chez certains un début de réaction qui peut ensuite s’amplifier par la libération d’histamine en cascade. Mais d’une part, cela suppose la présence de ces molécules ; on sait que, dans les dilutions homéopathiques, on atteint assez vite le stade de la « disparition » totale de toute espèce de chance de trouver une seule molécule dans les préparations 4. À ceux qui estiment que les moindres dilutions gardent quand même quelques traces de produit initial, je répondrais : de deux choses l’une : soit l’homéopathie marche, dans toutes les dilutions, par un « mécanisme » encore inconnu, soit c’est le produit qui agit, et il faudra nous expliquer pourquoi il marche d’autant mieux qu’il y en a moins...

D’autant plus que l’exemple des allergies nous fournit même un argument plus convaincant encore : pour tenter de soigner ou de désensibiliser les personnes les plus touchées, la technique employée est souvent d’exposer régulièrement pendant un certain temps leur organisme à l’antigène (le pollen par exemple) de façon à ce que s’établisse une tolérance et que la réponse immunitaire diminue en intensité (pour éviter une allergie et rester dans des proportions raisonnables) voire ne se produise plus du tout. Ces phénomènes ne fonctionnent qu’avec « suffisamment peu » de produit. Autrement dit, les dilutions provoquent l’effet inverse de celui allégué par les homéopathes : En effet, l’exposition à de très faibles doses peut entraîner une tolérance du système immunitaire qui au bout d’un moment ne déclenche plus de réaction. C’est la « mithridatisation », popularisée entre autre par Alexandre Dumas dans son célèbre Comte de Monte-Cristo.

Retour aux vaccins

Quand on sait que des « vaccins-homéopathiques » sont proposés, on peut même supposer qu’exposer un organisme à de très faibles doses des virus de la grippe désactivés et par voie orale, c’est faire en sorte que les virus en question finiront par ne plus déclencher de réaction immunitaire le jour où il y aura contamination par un virus virulent qui pourra alors contaminer toutes ses cellules cibles sans soucis.

Conclusion

Finalement, on pourrait presque affirmer qu’une des preuves de l’inaction spécifique de l’homéopathie est que personne n’y est allergique ! Ou pour rapporter une petite anecdote personnelle mais véridique, une voisine affolée a un jour appelé son médecin pour lui dire que son fils avait absorbé tous les jolis tubes bleus d’un coup ! Sans aucun doute l’attrait du sucre... Le père croyait qu’une telle dose de « médicaments » pouvait être dangereuse, comme on pourrait effectivement le craindre avec des produits actifs. Le médecin l’a rassuré dans un sourire, et a empêché toute idée de vomissements ou autres précautions : le suicide aux granules n’est pas pour demain !

Je remercie très chaleureusement Philippe Le Vigouroux pour toutes les informations qu’il m’a fournies, et qui constituent le fond de cet article.

1 Ces techniques n’ont pas fait preuve d’effet spécifique. Cela ne veut pas dire absence d’effet, mais absence d’effet lié aux allégations. L’effet placebo est bien réel et intervient en homéopathie (comme ailleurs). L’effet de suggestion dans toute psychothérapie (psychanalytique ou non) est une réalité bien connue des praticiens. La libération d’endorphines par l’organisme lors de la pose d’aiguilles a été vérifiée, mais rien à voir avec les « points d’acupuncture », les canaux, et bien entendu toute la théorie sous-jacente.

2 J’en parle d’autant plus volontiers que c’est ainsi, pour essayer de comprendre, que j’ai « découvert » l’Afis. (voir Courriels et courriers : août 2007 n° 278)

3 La « pathogénésie », terme créé par Samuel Hahnemann pour désigner les symptômes provoqués par une substance donnée sur un individu supposé en bonne santé, a été établie il y a deux siècles de façon parfois très folklorique, et n’a jamais été reproduite et validée de façon rigoureuse.

4 Cf. encadré page 17 de SPS n° 282 sur les différentes dilutions.


Mots-clés : Homéopathie

Publié dans le n° 284 de la revue


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