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Une autre vision de l’énergie renouvelable

Publié en ligne le 29 septembre 2005 - Écologie
par Stéphanie Gomez

L’hydroélectricité est-elle l’avenir de l’énergie propre et renouvelable ? Même des experts en hydroélectricité mettent en doute cette image idyllique. Au cours d’un congrès de trois jours qui avait lieu à Montréal, il a été question de populations de poissons qui diminuent et du mercure qui s’accumule dans l’environnement.

Quelque 1600 professionnels d’une cinquantaine de pays étaient réunis au Palais des congrès en août 2004, dans le cadre d’Hydrovision 2004, pour aborder tous les aspects de l’hydroélectricité. Et si HydroVision 2004 a eu lieu à Montréal cette année, ce n’est pas un hasard. Le Canada est l’un des plus grands producteurs mondiaux d’hydroélectricité (13% de la production mondiale) et un exemple en matière d’équipements : 804 barrages et 650 centrales hydroélectriques.

Le Canada consomme beaucoup d’énergie du fait du climat rigoureux et des longues distances entre les zones habitées. Or l’hydroélectricité produit 50 fois plus d’électricité que les autres énergies renouvelables (éolienne ou solaire) et engendre 35 fois moins de gaz à effet de serre qu’une centrale au gaz naturel. Mais le choix de l’hydroélectricité est-il justifié pour autant ?

Lors d’une séance technique, Richard Verdon, conseiller en environnement d’Hydro-Québec, tout en rappelant que « les aménagements hydroélectriques font l’objet d’un suivi rigoureux en matière de qualité environnementale », a décrit l’impact du complexe hydroélectrique de la Baie James (177 000 km2 de terres) sur les communautés de poissons. Ainsi, avant la mise en eau des réservoirs en 1978, le doré jaune était l’espèce dominante (40% des populations de poissons). La réalisation des neuf centrales hydroélectriques a entraîné l’inondation de 11 500 km2 et la diminution de la température de l’eau (conséquence de la dilution). Dans le réservoir Robert-Bourassa, la population de dorés jaunes a diminué de moitié, car cette espèce n’a pas pu s’adapter aux nouvelles conditions. Inversement, la population de corégones a doublé car cette espèce n’est pas affectée par la baisse des températures (ces poissons vivent jusqu’à l’extrémité nord de la Baie d’Hudson). Le conseiller en environnement d’Hydro-Québec se veut rassurant : « Les résultats des études de suivi et de recherche en environnement devraient nous permettre d’évaluer la qualité de l’eau, l’évolution des communautés de poissons et la concentration de mercure dans leur chair, mais également de réfléchir aux mesures à prendre ».

Le ministère canadien de la Santé prend très au sérieux ces analyses de la qualité de l’eau. En effet, les barrages favorisent la dégradation de la matière organique (végétation et animaux), puisque celle-ci se retrouve « piégée » dans les grands réservoirs. En se dégradant, la matière organique libère du mercure qui, à l’abri de l’air, se transforme en méthylmercure, un composé toxique qui, dans certaines conditions, peut entraîner des troubles cardiovasculaires et immunitaires chez l’homme. Or les populations autochtones du Nord québécois, et en particulier les Cris du territoire de la Baie James, ont une alimentation à base de poissons, ou à base d’animaux qui se nourrissent de poissons. Des études sur les poissons et leurs prédateurs comme les loutres, les visons et les oiseaux aquatiques, ont montré des concentrations élevées de mercure dans leur système suite à l’effet cumulatif de méthylmercure.

Produire de l’électricité en réduisant les émissions des gaz à effet de serre, lutter contre les inondations en régulant le débit des rivières, créer une réserve d’eau pour l’irrigation et la consommation d’eau potable, sont autant d’objectifs que pourrait atteindre l’hydroélectricité. L’hydroélectricité pourrait même aider le Canada, et d’autres, à atteindre les objectifs fixés par le Protocole de Kyoto de réduire de 6%, d’ici 2012, la production des gaz à effet de serre. Mais pour ce faire, l’installation d’équipements engendre de nombreux bouleversements environnementaux...


Mots-clés : Écologie


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