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Un écologiste ne devrait pas dire cela

Publié en ligne le 17 janvier 2020
Un écologiste ne devrait pas dire cela
Entre croyances et vérités scientifiques

Patrick Lesaffre
Fauves Éditions, 2018, 220 pages, 17 €


On pourrait dire que cet ouvrage est celui d’un observateur attentif qui porte un regard rétrospectif et critique sur la montée en puissance des politiques écologiques et sur les interrogations qu’elles ont pu susciter. Ce livre comprend quatre grandes parties dont les titres donneront la tonalité : les croyances écologiques loin des vérités scientifiques ; la communication « écolo » basée sur des croyances ; une application déraisonnée du principe de précaution ; et le subtil équilibre entre l’Homme et la nature.

La démarche de certains militants est quasi religieuse puisque leur mission avouée est de sauver le monde. Parce qu’il est ancré dans ses certitudes qui relèvent de la foi,  « aucun argument scientifique n’arrivera à convaincre l’adepte de changer sa vision du monde ». Autrement dit, c’est la croyance qui domine au détriment des faits. « Une grande partie de la communication écologique cherche à cacher les choses ou à mentir en permanence », avec notamment les théories du complot qui font que certains résultats scientifiques sont systématiquement mis en doute. Ainsi, les industriels, les instituts de recherche sont accusés de manipuler les travaux scientifiques par des gens qui, la plupart du temps, n’ont aucune formation dans ce domaine mais s’autoproclament experts. « La presse cherche aussi naturellement à séduire son public en faisant passer les écologistes pour les gentils gardiens de notre histoire, de nos traditions, de notre passé, et les industriels de la chimie pour des mécréants dont le but n’est que mercantile, et ceci au détriment de l’Homme. »

Critiquer l’agriculture bio est une entreprise délicate qui vous fait cataloguer rapidement dans le camp des vendus au capitalisme. Mais l’auteur, tout en respectant le choix du bio, rappelle qu’il n’est pas synonyme de qualité, que le sulfate de cuivre (pesticide utilisé également en agriculture bio) est un produit notoirement toxique et que l’avantage comparatif du bio par rapport à l’agriculture conventionnelle en matière d’impact sur l’environnement n’est pas évident car il faut deux fois plus de terres pour produire la même quantité. Il rappelle aussi que le label AB correspond à un cahier des charges mais n’est pas un garant de qualité sanitaire. La production de graines germées bio de soja contaminées par Escherichia coli a provoqué en 2011 en Allemagne la mort de cinquante personnes et l’hospitalisation de 3 000 personnes 1. L’auteur nous donne de nombreux détails sur le fait que la croyance dans le bio l’emporte souvent sur les données objectives.  « Le lobby écologique nous impose une obligation de moyens pour un résultat non vérifiable. »

Dans un chapitre consacré aux OGM, l’auteur rappelle une évidence pour les scientifiques : en utilisant la transgénèse, l’Homme ne fait que reproduire un mécanisme générant de la biodiversité dans la nature. Mais cette évidence, les anti-OGM la refusent !  « Détruire le travail des chercheurs est-il un geste citoyen ? Anéantir des années de recherche est-il un acte citoyen ? […] Les doutes sont légitimes, un comportement cohérent serait d’encourager la recherche et l’expérimentation pour lever ou confirmer les doutes. »

Un long chapitre est dévolu aux abeilles. Suite à un effondrement constaté des effectifs et de la production de miel dans les années 1990, les écologistes ont lancé une croisade contre les produits phytosanitaires au nom de la protection des abeilles. De nombreux insecticides ont été interdits dont les néonicotinoïdes, sans pour autant régler la question. Dans une argumentation bien documentée, l’auteur montre de nombreux cas où la suppression des néonicotinoïdes n’a pas eu d’effet sur la mortalité. Il en va ainsi des ruches dans les Pyrénées qui ont, elles aussi, connu un effondrement alors qu’il n’y avait aucune plante cultivée aux alentours.

P. Lesaffre rappelle aussi qu’il y a un millier d’espèces d’abeilles sauvages pollinisatrices en France et que l’abeille domestique n’est pas celle qui assure la plus grande part de la pollinisation à l’échelle mondiale. Sans compter que d’autres espèces appartenant à des groupes bien différents sont également capables de butiner. Quant à la vraie cause de la mortalité des abeilles, le débat scientifique reste ouvert car le problème est multifactoriel : produits chimiques avant l’interdiction du lindane et du parathion au début des années 2000 2, mais aussi parasites introduits (pas seulement le varroa 3) et disponibilité de la nourriture en toutes saisons, notamment dans les zones de grande culture.

Notons aussi cette remarque concernant les moustiquaires imprégnées d’insecticides : elles ont sauvé des centaines de milliers de vies humaines dans les zones impaludées. Mais il semble que peu d’ONG environnementales ou d’associations écologistes cherchent à promouvoir cette technique (même si ce n’est pas leur objectif premier).  « Accepter le moindre compromis d’utilisation des produits chimiques ou d’OGM, même pour un usage humaniste, ne peut se concevoir » car ouvrir cette boîte de Pandore serait trahir les idées qu’elles défendent.

En prenant beaucoup d’exemples concrets, l’auteur démonte des croyances qui tiennent parfois lieu de dogmes. Il existe de véritables questions qui nécessitent des réponses appropriées (pensons aux déchets plastiques par exemple), mais promouvoir des positions dogmatiques vis-àvis des OGM ou des produits phytosanitaires peut jeter le doute dans l’esprit des citoyens sur l’objectivité de la science.

 « N’est-il pas opportun de différencier ce qui relève des savoirs issus d’une démarche scientifique rigoureuse, et ce qui relève de croyances et manipulations ? N’est-il pas venu le temps de faire œuvre de salubrité publique en abandonnant tout le côté sectaire et nocif de l’écologie au profit du bien-être de la société, pour revenir vers la raison et la science ?  » Et pour conclure  « Aussi devient-il urgent de se mettre autour de la table ; de dépassionner le débat, et de hiérarchiser les problématiques le plus honnêtement possible. »

2 Le lindane est un insecticide de la famille des organochlorés à laquelle appartient également le DDT. Il a été interdit en France en 1998. Le parathion est un insecticide organophosphoré à usage agricole, interdit en 2002. Ces deux insecticides étaient utilisés sur des cultures comme le colza, fréquenté par les abeilles.

3 Le varroa est un acarien parasite des abeilles, d’origine asiatique et détecté pour la première fois en France en 1982.


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