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Prière de guérir ! - La blouse blanche ne fait pas le moine

Publié en ligne le 27 août 2014
Note de lecture de Martin Brunschwig - SPS n° 309, juillet 2014

« La croyance ne relève pas du domaine de la preuve
et sort ainsi du domaine de la science »
(p. 8)

Mettre en avant, comme je le souligne en prenant cette phrase en exergue, la notion de preuve pour souligner la frontière entre ce qui est scientifique et ce qui ne l’est pas, est assurément une idée aussi simple que lumineuse. La collection bien connue, dirigée par Henri Broch, creuse avec succès ce sillon et précise aussi les notions de qualité de preuve ou de degré de certitude, indispensables pour se forger une opinion éclairée d’une manière générale.

Dans ce 27e opus, Jérôme Bellayer s’attache à décortiquer en détail des études ou des « preuves » sur le domaine bien particulier des prières d’intercession, clairement extérieur à la science. Mais justement, si prier pour quelqu’un a une action, il est très intéressant de chercher quelles preuves pourraient l’attester. Et là, la démarche scientifique est la seule adéquate.

Il se trouve que des études, conduites scientifiquement, ont paru dans des revues à comité de lecture et ont entraîné quelques gros titres dans la presse. Bellayer les examine scrupuleusement, prenant quelques études qu’il analyse dans le détail. Ses conclusions sont sans surprise (la prière d’intercession n’aide pas les malades à guérir, ni même à avoir moins de complications ou diminuer la durée des hospitalisations) si ce n’est que dans un des groupes, la prière aurait même eu tendance à aggraver les choses !

Les raisons pour lesquelles ces études ne sont finalement pas convaincantes sont à la fois très variées, très subtiles, et très intéressantes, car elles illustrent parfaitement les malentendus qui peuvent surgir, notamment dans la presse lorsqu’elle relate ces résultats. Cela peut aller d’un « double aveugle » qui en fait ne l’était pas à des résultats « rétroactifs » (inclus après coup dans l’étude – qui s’était avérée non concluante – pour la rendre positive) en passant par des escroqueries pures et simples.

Notons que l’auteur introduit son propos, avant d’entrer dans le vif du sujet, par deux mises au point, fort utiles elles aussi, sur les « miracles » de Lourdes et les télévangélistes américains. Et il propose aussi en conclusion une intéressante mise en garde sur les dangers qui peuvent accompagner l’abandon d’une croyance.

Si l’on pardonne à Bellayer quelques passages où l’abondance de chiffres donne un peu le tournis, et quelques erreurs regrettables1, ce petit livre remplit parfaitement son office et je n’ai pas besoin de vous prier de le lire : seulement de vous y encourager !

1 Il s’agit surtout de répétitions erronées, par exemple deux fois la même note, ce qui nous prive d’explications dans le deuxième cas. Pas bien grave, mais dommage…

Publié dans le n° 309 de la revue


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