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Philosophie, histoire, biologie / Mélanges offerts à Jean Gayon

Publié en ligne le 19 avril 2019
Note de lecture Gabriel Gohau - SPS n°328 - avril / juin 2019

Philosophie, histoire, biologie

Mélanges offerts à Jean Gayon

Francesca Merlin et Philippe Huneman (dir.)

Éditions Matériologiques, coll. Sciences & philosophie, 2018, 392 pages, 28 €

Jean Gayon, philosophe et historien de la biologie, nous a quittés le 28 avril 2018, dans sa 69e année, et n’a pu voir l’ouvrage en préparation résultant du colloque réuni en son honneur à l’École normale supérieure un an plus tôt. J’avais pu assister à une partie de la réunion, et je me souviens de l’émotion de ses amis, qui savaient comme lui qu’il était gravement malade depuis longtemps. Il avait prévu de leur répondre en une postface qui retarda la parution mais qu’il n’eut pas le temps d’achever.

Pour ma part, je le connaissais depuis la fin du siècle dernier, quand il quitta l’université de Dijon pour venir à Paris. Il avait fait comme moi sa thèse sous la direction de François Dagognet, chez qui nous dirigeait Georges Canguilhem qui avait pris sa retraite en 1971. Il pouvait donc être classé dans la grande famille des canguilhemiens. Sa thèse, parue en 1992, sous le titre Darwin et l’après Darwin, une histoire de l’hypothèse de sélection naturelle, aux éditions Kimé (une réédition révisée sous la supervision de Françoise Parot vient de sortir aux Éditions Matériologiques) était dédiée à Canguilhem et Dagognet, quoique l’ouvrage traitât plus de l’hypothèse (de sélection naturelle) que du concept à la façon de Canguilhem. D’ailleurs, Jean Gayon avait préalablement entrepris des études scientifiques approfondies en biologie et génétique. Et l’on peut dire qu’il abandonna vite l’épistémologie historique de ses maîtres pour se rapprocher d’une philosophie de la biologie.

Autre particularité : ses liens d’amitié avec des chercheurs américains, notamment Richard Burian qui fut son meilleur ami. On ne s’étonnera donc pas de trouver plusieurs d’entre eux dans l’ouvrage d’hommage. Outre Richard Burian, qui traite ici de leurs études communes sur l’histoire de la génétique en France, ont pris part à l’hommage Michaël Ruse, qui compare la révolution darwinienne à la révolution kuhnienne, et Phillip Sloan à propos du rôle de la phénoménologie husserlienne sur le concept d’espèce humaine. Également des Canadiens comme Pierre Olivier Méthot et François Duchesneau.

Sans doute cette ouverture vers le nouveau continent est-elle notable. Dans mon souvenir – soit avant l’arrivée de Jean à Paris – les auteurs de langue anglaise étaient peu cités rue du Four 1 et Canguilhem était plus proche des historiens de langue allemande, quoiqu’il eût un admirateur en Everett Mendelsohn à Harvard. C’étaient à l’époque Jacques Roger et Mirko Grmek, que je fréquentais aussi, qui s’ouvraient sur le monde anglo-saxon, mais ils avaient la réputation d’être purement historiens.

Du côté français on remarque, dans l’hommage, à côté de philosophes des sciences comme Anne Fargot-Largeault, professeure émérite au Collège de France, des titulaires de chaires scientifiques tel Armand de Ricqlès, également du Collège de France, Pierre-Henri Gouyon ou Michel Veuille. Les jeunes qui ont travaillé avec lui disent leur dette : « Ce que je dois à Jean Gayon » écrit Laurent Loison, un garçon dont j’apprécie hautement les qualités, « Dans les pas de Jean Gayon » dit de son côté Thierry Hoquet, auteur d’une récente réédition de l’Origine des espèces. Philippe Huneman, dont je disais dans une précédente analyse toute l’admiration que je lui portais 2 et qui est co-directeur de la publication de l’ouvrage, intitule son hommage : « Faire de la philosophie de la biologie évolutive avec Jean Gayon ». Stéphane Tirard rappelle le séminaire sur Lamarck que nous avions organisé avec Jean, ainsi qu’avec Pietro Corsi, en 2000. Et Michel Morange évoque Jean Gayon, enseignant et chercheur.

Pour conclure en résumant l’ensemble, on peut dire que l’ouvrage se divise en quatre parties, précédées par un avant-propos de Marc Silberstein, directeur de la maison d’édition, qui rappelle le rôle que joua Jean Gayon dans la création de celle-ci, en participant à l’ouvrage sur Les mondes darwiniens. Partie 1 : Épistémologie historique et philosophie de la biologie. Partie 2 : Histoire de la génétique. Partie 3 : Études d’histoire et de philosophie de la biologie évolutive : thèmes de Jean Gayon. Et partie 4 : Regards sur Jean Gayon, historien et philosophe, enseignant et chercheur.

Inutile de dire l’intérêt pour l’histoire et la philosophie des sciences de ce très bel ouvrage.

1 Adresse de l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques de la Sorbonne.

Publié dans le n° 328 de la revue


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