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Patrimoine géologique / Inventaire national

Publié en ligne le 17 avril 2019
Note de lecture de Philippe Le Vigouroux - SPS n°328 - avril / juin 2019

Patrimoine géologique

Inventaire national

Patrick De Wever, Grégoire Egoroff, Annie Cornée, Pierrick Graviou, Jacques Avoine et Laura Baillet

Préface de Nicolas Hulot

Muséum national d’histoire naturelle, EDP Sciences, 2018, 252 pages, 29 €

Pour les dix ans de l’Inventaire national du patrimoine géologique (INPG), chaque Commission régionale du patrimoine géologique (CRPG) a été invitée à proposer trois sites remarquables par département parmi lesquels les auteurs de l’ouvrage en ont retenu un jugé le plus représentatif. Ce sont donc 101 sites qui sont présentés chacun sur deux pages, l’une exposant les caractéristiques géologiques et l’intérêt du site, l’autre l’illustrant par une photographie pleine page.

De la « piste des dinosaures » de Plagne (Ain), traces qu’un Brontopodus a laissées il y a 150 millions d’années sur une plage bordant une mer tropicale, à la falaise sous-marine de l’ancienne carrière de Vigny (Val d’Oise), constituée de craie du Crétacé sur laquelle repose un calcaire récifal dont la datation a été l’objet de 150 ans de controverses scientifiques, en passant par les gorges de la Jonte (Lozère), ce sont autant de sites ponctuels ou de paysages géologiques qui présentent un intérêt paléontologique, pétrographique, minéralogique, tectonique, géomorphologique ou historique. Ils transportent le lecteur dans l’histoire du territoire français à l’échelle des millions d’années, voire des milliards d’années avec le géosite de l’Icartien de Jobourg (Manche) où l’on peut rencontrer les roches les plus âgées du territoire métropolitain datées de 2,1 milliards d’années. Les six départements ultra-marins ne sont pas oubliés : les coulées de lave de La Désirade (Guadeloupe), le cratère et les dômes de la Montagne Pelée (Martinique), les roches datées de 2,2 milliards d’années de la pointe Buzaré à Cayenne (Guyane), les cratères Bory et Dolomieu dans la caldeira du piton de la Fournaise (La Réunion), le tombolo de Miquelon-Langlade (Territoire de Saint-Pierre et Miquelon), l’édifice volcanique du Dziani Dazha (Mayotte). Écrit de façon claire et accessible, le livre est cependant complété par un glossaire qui explicite le vocabulaire scientifique.

Dans la préface qu’il signe pour ce bel ouvrage, Nicolas Hulot, encore ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, souligne que « la détérioration d’un objet [géologique] ou d’un site entraîne sa perte définitive  ». Pourtant, malgré l’ambition de protection exprimée au plus haut niveau de l’État, certains des sites présentés dans l’ouvrage peuvent être menacés.

Ce fut le cas du site du Lutétien dans le parc de Grignon (Yvelines), témoin de la mer qui, sous un climat chaud, envahit le Bassin parisien au cours du Tertiaire, site connu pour son importante biodiversité fossile. Il y a trois ans était envisagée la vente du terrain par l’État et l’installation d’un nouveau centre d’entraînement du PSG. Le club parisien ayant finalement renoncé à son projet, le site a fait l’objet, en 2018, d’un arrêté préfectoral de protection du géotope (APPG).
Cependant, hors des zones littorales, il n’existe pas d’obligation d’annexer aux plans locaux d’urbanisme (PLU) ou aux plans d’occupation des sols (POS) les prescriptions de ce type d’arrêté. L’avenir dira si elles sont suivies !

C’est désormais le cas des carrières de craie de Meudon (site sélectionné pour les Hauts-de-Seine), où, longtemps, la craie extraite fut transformée en « blanc de Meudon » utilisé dans de nombreuses préparations (peinture, sculpture, imprimerie, produits d’entretien…). Le site présente plusieurs intérêts scientifiques et artistiques dont les galeries d’exploitation, voûtées, en particulier. Mais, malgré un classement au titre de la loi de 1930 sur les monuments naturels et les sites, qui organise leur protection, ces galeries sont menacées d’un remblaiement partiel 1 dans le cadre d’un projet de sécurisation. Pour les tonnes de gravats, déblais et déchets de chantiers extraits du sous-sol francilien dans le cadre des travaux du Grand Paris, les galeries des carrières souterraines de la région constituent des décharges aisément accessibles, au risque de conduire à la détérioration et à la disparition d’un patrimoine scientifique, historique et artistique qui mériterait plutôt une réelle valorisation.

Même si la qualité et la diversité des illustrations, pour certains sites, sont parfois médiocres, ce beau livre participe à la mise en valeur du patrimoine naturel géologique en faisant découvrir la richesse des affleurements et des paysages que l’on côtoie au quotidien ou encore lors de trajets ou de vacances et dont on ignore, le plus souvent, l’intérêt qu’ils présentent.

1 Voir la motion du Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) d’Île de France daté du 14 décembre 2018 sur le patrimoine géologique de Meudon. En ligne sur le site de la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie (DRIEE) d’Île de France.

Publié dans le n° 328 de la revue


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