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Regards sur la science

Machine de Wimshurst, ozone et asthme

Publié en ligne le 22 mai 2015 -
par Jacques Bolard - SPS n° 310, octobre 2014

On trouve la machine de Wimshurst (figure) dans le laboratoire de physique de tous les lycées de France. C’est une machine électrostatique dite à influence : la rotation en sens inverse de deux disques isolants recouverts de secteurs métalliques induit la formation d’un arc électrique entre les boules d’un éclateur du fait de la haute tension existant entre elles, avec comme conséquence importante pour notre propos, la production d’ozone (O3).

Au-delà de sa curiosité scientifique, la machine eut son heure de gloire au début du XXe siècle en électrothérapie médicale : elle était le générateur d’électricité statique utilisé en « franklinisation », c’est-à-dire l’application de décharges électriques sur des patients. Ceci étant, on fit rapidement observer que les effets bénéfiques pouvaient aussi provenir de cet ozone abondamment engendré par l’arc électrique. Binz ayant signalé, en 1882, l’endormissement provoqué par l’ozone [1], des études se succédèrent alors rapidement pour évaluer les bienfaits du gaz, en particulier sur la tuberculose [2], l’anémie, la chlorose, la névrose, la dyspepsie, la goutte, la gravelle, l’obésité [3], puis plus spécifiquement sur l’asthme.

L’électrothérapeute A. Roussel peut ainsi écrire en 1902 que « dès le début du traitement, quand la patiente m’arrivait avec du spasme bronchique, cet état cédait en une ou deux minutes par la seule inhalation de l’air ozoné de mon cabinet » [4].

L’approche tomba progressivement dans l’oubli, sans doute, par absence, pour le moins, de résultats bien établis. Cent ans plus tard, la situation a totalement changé : l’ozone, associé à la pollution atmosphérique, est accusé de bien des maux et on peut se demander comment les patients du début du XXe siècle ont bien pu survivre aux traitements décrits ci-dessus (quoique la concentration en ozone obtenue avec la machine de Wimhurst n’ait pas été mesurée exactement). Il est maintenant bien établi que l’ozone est extrêmement nocif pour les poumons, les reins, le cerveau et les yeux. À titre d’exemples, une concentration de 9 parties par million dans l’air (le seuil de détection olfactive est de 0,01 ppm) entraîne des œdèmes pulmonaires, et la fréquence des crises d’asthme observées en urgences pédiatriques est directement corrélée au taux d’ozone atmosphérique.

Mais la situation n’en est pas restée pas là ! Beaucoup plus récemment et en contradiction avec ce qui est maintenant couramment admis, l’ « ozonothérapie » refait son apparition dans le florilège des médecines non conventionnelles. Je laisse le lecteur se plonger avec délices dans l’amphigouri de la littérature correspondante. Il pourra lire que l’ozone est « de l’oxygène concentré », que c’est « la forme pure de l’oxygène », que « l’ozone médical n’a rien à voir avec celui de la stratosphère ». Il pourra apprendre que l’ozonothérapie est un moyen thérapeutique de haute efficacité, sans aucune toxicité (ni immédiate, ni par effet de cumul), aux innombrables applications… dont le traitement de l’asthme, et qu’elle a un effet préventif. Aucune dépendance ne serait à craindre et il n’y aurait pratiquement aucune contre-indication à son administration. Il faut reconnaître que l’inhalation n’est généralement pas la méthode préconisée. Cependant, lorsque ce mode d’administration est utilisé, c’est après barbotage dans de l’eau ou de l’huile, car l’ozone « ne peut être respiré directement »… Mais alors, où est-il passé ?

Dans cette approche « ozonothérapeutique », la France apparaît (pour une fois) en retard par rapport à la Suisse, le Canada, l’Autriche… mais, en l’occurrence, faut-il s’en plaindre ?

Références

[1] Binz, C., Ozonisirte Luft, ein schlafmachendes Mittel, Berlin. Klin. Wochensch. 1882, XXIX, 1,2
[2] Caratzalis, A., Application thérapeutique de l’ozone, Gazette Hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie, 1901, 8, 93
[3] Chardin, C., Précis d’électricité médicale, 1896, éd. O. Berthier, Paris
[4] Roussel, A., La franklinisation réhabilitée, p. 94, 1904, éd. Octave Doin, Paris

Publié dans le n° 310 de la revue


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