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Le transhumanisme nous promet de beaux jours

Publié en ligne le 3 mars 2015 -
par Jacques Bolard - SPS n° 309, juillet 2014

Le transhumanisme est la volonté de s’appuyer sur les avancées de la science et des techniques pour améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Louable intention à laquelle répond en fait une multiplicité d’orientations. Parmi elles, on s’attachera ici à celle selon laquelle l’immortalité pourra être atteinte par le développement conjoint des nanotechnologies, des bio-technologies et de l’informatique, leur « convergence », pour utiliser le jargon courant.

Le thème a déjà été développé dans Science & pseudo-sciences (n° 301, juillet 2012) pour ce qui est des nanotechnologies ainsi que l’origine des fantasmes les concernant. Par contre, l’avalanche récente d’informations sur le mariage des biotechnologies et de la cybernétique 1 questionne.

On nous annonce, par exemple, la venue proche des créatures artificielles qui en seraient issues, les cyborgs. Les premières approches sont fascinantes. L’« Iris » de Pixium, développé en France, ne permet-il pas à certains aveugles de retrouver la vue ! Un bras bionique ne va-t-il pas être bientôt commercialisé aux États-Unis, qui permet de retrouver le sens du toucher ! Au delà des cyborgs, les performances des robots japonais impressionnent et la série télévisée « Real Humans », passant actuellement sur Arte, fait entrer ces créatures dans notre univers. La tendance est de construire des minirobots dont le comportement se complexifiera à partir de comportements élémentaires par apprentissage automatique, apprentissage en profondeur, robotique développementale 2, plutôt que de chercher à augmenter la connaissance dans des systèmes experts. La technologie qui se profile ainsi, est inquiétante : elle vise à la non-maîtrise, par culte de l’« émergence » (c’est-à-dire l’espoir de voir apparaître des propriétés nouvelles non contenues dans les éléments originaux). Cela veut dire que l’ingénieur de demain ne sera pas apprenti-sorcier par négligence ou par incompétence mais par finalité 3. Il faut aussi remarquer que la démarche consiste en une vision utilitariste de la science. La science n’est plus une pure recherche de la connaissance mais un moyen de réaliser une innovation technique qui préexiste virtuellement dans l’imaginaire.

Autre souhait essentiel du transhumanisme : le développement de l’intelligence artificielle, avec comme première étape, la mise en réseau des bases de données. Dans ce sens, la médecine se confronte de plus en plus à la récolte et à l’analyse de gigantesques bases de données et est sur le point de devenir une science de l’information. En septembre 2013, le lancement par Google de l’entreprise Calico qui a pour but de « se concentrer sur la santé et le bien-être, et en particulier sur le défi que constitue le vieillissement et les maladies associées », a été largement commenté dans les médias. L’immortalité visée par l’Immortality Institute est-elle en vue ?

Le téléchargement de notre mémoire, de nos esprits dans des machines et leur mise en réseau est le but ultime. Serait ainsi créée une intelligence collective qui ne serait plus soumise aux incertitudes du temps ! On peut même envisager la transformation de notre être en pure information, la dématérialisation totale de l’essence de notre être 4. Que la transformation du corps entraîne la transformation de l’esprit, c’est ce que souhaitaient les humanistes mais ils n’imaginaient sans doute pas aller si loin. En revanche, les philosophies orientales qui cherchent à dépasser la nature humaine y trouvent leur compte.

Se pose la question de l’accès équitable de ces futures technologies à l’ensemble de la population. Avec l’augmentation des inégalités que ces technosciences pourraient provoquer, notamment en raison de leur coût, « on est en train de préparer une humanité à deux vitesses. La fracture ne sera plus entre le Nord et le Sud, mais au sein même des sociétés » 5. D’un côté, une élite avec des super-pouvoirs et de l’autre, le reste de la population dotée — seulement — de son intelligence biologique...

1 Ensemble des théories sur les processus de contrôle et de communication dans l’être vivant ou dans les machines.

2 G. Cariou et A. Bousquet, Entrez dans la fabrique des génies, 48-58, Les dossiers de la Recherche, 8, 2014.

3 J-P. Dupuy, Fabriquer de l’auto-organisation ? De l’homme-machine à l’homme-dieu et retour ; in « L’Homme peut-il s’adapter à lui-même » éd. Quae 2012.

4 J-M. Besnier, Demain les post-humains ; éd. Pluriel 2012.

5 J-M. Besnier in M-S. Bouleau, Transhumanisme : vers une guerre des mondes. Libération, Forum de Rennes « 2030 ».

Publié dans le n° 309 de la revue


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