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Regards sur la science

Le joueur de pétanque frustré

Publié en ligne le 12 juin 2015 -
par Philippe Boulanger - SPS n° 311, janvier 2015

J’aime bien la pétanque : les règles sont simples et le jeu s’accompagne d’agréables senteurs d’aïoli, de pastis et de vacances. Ce qui est moins plaisant est que ma connaissance théorique des lois de Newton est absolument inutile pour améliorer mon jeu et que des individus qui n’ont jamais entendu parler de ces lois « incontournables » me sont tellement supérieurs que toute analyse fine de la trajectoire parabolique m’apparaît vaine.

Vous m’objecterez que les lois mathématiques sont éternelles, mais de portée limitée et que la pétanque est d’un niveau de complexité bien supérieur à ce qu’un petit théorème de mathématiques peut analyser. Je suis conscient de cela et vous rétorquerai volontiers que si la connaissance du terrain, géographie des gravillons comprise, est utile (bien qu’entraînant des possibilités de chaos), que si la psychologie et l’estimation des points forts de l’équipe adverse interviennent dans les décisions tactiques, que si la stratégie peut changer en fonction du score, tous ces niveaux de complexité supérieurs n’interviennent aucunement dans le lancer direct de la boule pour un hypothétique carreau où seuls Galilée et Newton jouent un rôle.

La précision aux boules dépend de ce que les spécialistes dénomment « la mémoire musculaire », je ne sais trop ce que l’on entend par cela sinon l’adresse acquise par l’expérience.

Bien certainement, ce genre de constatation nuit beaucoup à l’intérêt que les profanes portent aux mathématiques, lesquelles ne serviraient à rien. Comment défendre les sciences ? J’avancerai en tremblant qu’il existe une « mémoire cérébrale », une adresse mentale fruit de l’expérience inconsciente permettant de savoir si un problème est abordable (on dit aussi bien posé) par les mathématiques ou non. J’ai des exemples, et tout le monde en a, généralisables aux autres sciences évidemment.

Je suis frustré, mais bien pensant.

Publié dans le n° 311 de la revue


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