Accueil / Notes de lecture / Le goût piquant de l’Univers

Le goût piquant de l’Univers

Publié en ligne le 4 janvier 2012
Note de lecture de Christine Mourlevat-Brunschwig - SPS n° 298, octobre 2011

Élisa Brune nous convie à une double aventure : un reportage « live » sur un colloque de cosmologie à Peyresq (petit village perché des Alpes de Haute-Provence) et en même temps un texte tout à fait original de vulgarisation des dernières théories de l’Univers. L’entreprise était destinée initialement à la réalisation d’un documentaire. Les diktats de l’audimat n’ont malheureusement pas permis sa réalisation, mais ce film s’est transformé en un livre 1 stimulant et plein d’esprit. La pétillante journaliste scientifique mène ses interviews tambour battant, entre deux communications scientifiques. Elle-même, avide de comprendre, nous entraîne dans ses interrogations et nous permet de réfléchir à ses côtés. Et elle n’élude aucune des questions importantes, à commencer par « la cosmologie est-elle une science, puisqu’une science établit toujours des rapports et que l’univers ne peut être décrit par rapport à rien, car il est tout ! » 2.

Tous les sujets qui enflamment la cosmologie moderne sont abordés : l’énergie du vide, les cordes, la gravité quantique, l’inflation, les dimensions supplémentaires, l’énergie négative, la matière noire... Les débats houleux, les spéculations passionnées, les hypothèses hasardeuses fusent dans une atmosphère effervescente. Comme le soulignent ces chercheurs : « ce qui nous anime, c’est la curiosité, une curiosité maladive ».

Avec simplicité et humour, Élisa Brune nous ouvre les portes des savoirs parfois les plus complexes. Elle emploie souvent de savoureuses métaphores, comme ces « galaxies affichent un profil de top model, mais elles valsent au rythme des sumos », pour expliquer l’existence de la matière noire. Elle rappelle que la science a souvent été l’art de débusquer des forêts entières derrière un arbre puis un autre.

Le lecteur est captivé par ces physiciens théoriciens, parmi les plus audacieux de la planète, déguisés en touristes pour quelques jours. Leurs pittoresques portraits émaillent le récit avec brio, tel celui d’Alex Vilenkin, physicien rétrogradé par le régime soviétique en gardien de nuit dans un zoo, d’où il rédigea d’ailleurs son premier article. Et si parfois, on frôle un peu la science-fiction à côtoyer ainsi la science en marche 3, Marc Lachièze-Rey nous remet les pieds sur terre au cours d’une interview centrale : « la théorie de l’inflation oblige à imaginer une physique très différente de la nôtre. Ce n’est même plus de la physique, ni de la cosmologie... »

Saluons en tout cas un ouvrage d’initiation très vivant, destiné à tous les publics. Avec son style cinématographique très rafraîchissant, l’auteure a vraiment réussi son pari : piquer notre curiosité !

1 Réédition en poche de l’ouvrage grand format paru en 2004 aux éditions Le Pommier.

2 Elle souligne aussi qu’aucun outil mathématique, aucun dispositif de mesure ne permet d’appréhender le monde dans son ensemble et que les possibilités de mise à l’épreuve des théories font souvent défaut.

3 Marc Lachièze-Rey précise que « la science en marche, c’est la science controversée, du moins jusqu’à ce qu’elle devienne admise ».

Publié dans le n° 298 de la revue


Partager cet article