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Le champ magnétique... et l’homme

Publié en ligne le 29 juin 2005 - Médecine
par Jean Günther - SPS n° 266, mars 2005

Le champ magnétique joue un rôle modeste dans notre vie quotidienne : boussole du randonneur, aimant à ramasser les épingles de la couturière, « magnets » pour fixer sur la porte du réfrigérateur divers papiers. Les applications techniques, nombreuses, échappent à l’attention directe. Nous allons examiner quelques hypothèses relatives à l’interaction du champ et des êtres humains

Bons pour la santé ?

Chaque fois que la physique met à jour un nouveau champ, un nouveau type de radiation, il s’est trouvé des gens pour en envisager des applications thérapeutiques ou au contraire pour s’inquiéter de leurs effets sur la santé. On a créé des appareils d’électrothérapie, imaginé que l’action thérapeutique des eaux minérales était due à leur radioactivité. Pourquoi pas de la magnétothérapie ?

De nombreux sites ouvrages et articles prônent l’utilisation d’aimants pour des applications thérapeutiques, essentiellement afin de soulager des douleurs. Une recherche avec le moteur Google sur « magnétothérapie » livre 14 600 références !

À propos de ces thérapies, on peut faire les remarques habituelles : pas de base physique ou physiologique, pas de vérification raisonnée ; la charge de la preuve appartient à celui qui affirme la réalité de l’effet, et elle n’a jamais été fournie. Bien entendu les douleurs sont souvent fugitives et très sensibles à l’effet placebo. Comme dans beaucoup de maladies chroniques, on se soigne quand cela va le plus mal et l’amélioration qui se serait de toutes façons produite est attribuée au « traitement ».

On peut remarquer que l’essai en double aveugle de la magnétothérapie est réalisable. Autant il est difficile d’imaginer des essais méthodologiquement inattaquables de bien des pseudo-médecines, autant on peut remplacer les aimants anti-douleurs par des objets d’aspect identique, mais non magnétisés (encore que le patient puisse détecter leur état réel avec une simple boussole...). Je n’ai trouvé aucune trace d’essais de ce genre qui aient donné le moindre résultat crédible.

Rappelons que ce qui est historiquement connu comme le « magnétisme animal », celui du célèbre Mesmer 1, n’a rien à voir avec les champs magnétiques connus de la physique, certains affirmant même que l’étymologie de cette forme de « magnétisme » est liée à l’action de la « main » (qui se serait nommée « magne » dans quelque dialecte) et non de l’aimant 2

Quelques rappels

Le magnétisme est une branche très complexe de la physique. Qu’on nous pardonne donc les simplifications hardies de ces brefs rappels.

Un corps électrisé est un corps présentant un excès ou un défaut du nombre d’électrons qu’il renferme par rapport au nombre de protons présents dans les noyaux atomiques.

On dit qu’on est dans un champ magnétique quand un corps électrisé en mouvement subit une force perpendiculaire à la direction de ce mouvement. Cette force est également perpendiculaire à une direction privilégiée, appelée vecteur du champ magnétique. Quand le corps électrisé est un électron tournant autour d’un noyau, on voit aisément qu’il apparaît un couple tendant à orienter en direction du vecteur du champ l’axe de rotation. L’application la plus quotidienne du phénomène est dans les tubes cathodiques de nos téléviseurs et ordinateurs, où des électrons libres, cas le plus simple de corps électrisé, sont dirigés par des champs magnétiques générés à l’extérieur du tube.

De même qu’un champ magnétique exerce une force sur un corps électrisé en mouvement, de même un corps électrisé en mouvement génère un champ magnétique. Le fait que les atomes contiennent des électrons en orbite autour d’un noyau fait que chaque atome génère un champ magnétique.

Certains corps, dits ferromagnétiques (le fer par exemple), sont tels que les axes des atomes peuvent être forcés à être plus ou moins parallèles ; les champs magnétiques générés par les atomes s’ajoutent alors, on a affaire à un aimant. Ce qui est dit ci-dessus sur l’orientation de l’axe des atomes dans la direction du champ montre qu’un aimant fera de même, d’où la boussole.

Tout champ magnétique résulte de courants électriques, soit internes aux atomes, soit engendrés dans un fil par l’application d’une tension, soit résultant du mouvement d’un corps électrisé. Il n’y a pas de « charges magnétiques » comme il y a des charges électriques ; on parle parfois des « pôles » d’un aimant, mais cela n’a pas de réalité physique : quand on coupe un aimant en deux on obtient deux aimants et non deux pôles.

En dehors des corps ferromagnétiques, les champs magnétiques ont peu d’effet sur la matière ; ils n’interfèrent pratiquement pas avec les propriétés physiques des corps ni avec les réactions chimiques.

L’unité du Système international d’intensité du champ magnétique est le tesla ; une unité ancienne encore tolérée est le gauss. Un tesla vaut 10 000 gauss. La composante horizontale du champ magnétique, celle qui oriente les boussoles, vaut environ 0,2 gauss. Un aimant permanent peut générer des champs de quelques centaines de gauss. Les plus forts champs obtenus en laboratoire atteignent 35 teslas ; les appareils d’imagerie médicale par résonance magnétique utilisent des champs de 10 à 20 teslas. Dans certains objets astrophysiques, on a des champs bien plus forts.

Ce qui précède concerne les champs magnétiques fixes, non variables dans le temps. Quand un champ magnétique varie dans le temps, il induit des courants électriques dans les milieux conducteurs. C’est sur cet effet qu’est fondée la définition du tesla : c’est le champ magnétique qui, présent dans une spire d’aire 1 mètre carré, induit une tension de 1 volt, quand on l’annule uniformément en une seconde. Les effets sur la matière de ces champs variables sont ceux des courants ainsi induits, qui peuvent éventuellement interférer avec l’activité électrique des êtres vivants.

Le professeur Néel (1904-2000), prix Nobel 1970 pour ses travaux sur le magnétisme, a écrit 3, à propos de ces actions : « À plusieurs reprises, j’ai été consulté sur les propriétés biologiques des aimants. Je suis persuadé que j’aurais fait rapidement fortune en vendant des broches magnétiques à aimantation garantie par un prix Nobel » Dans ce même ouvrage, on peut noter que, sans vouloir froisser son ami Rocard, il évoque ses idées sur les effets magnétiques expliquant les supposés pouvoirs des sourciers : sans les estimer absurdes, il propose des expériences de vérification, ce qui implique que celles décrites par Rocard n’étaient pas pour lui probantes. On les attend toujours.

Mauvais pour la santé ?

Il ne semble pas que les champs magnétiques statiques (non variables dans le temps) aient suscité d’inquiétudes particulières. L’exposition des patients à des champs de plus de 10 teslas dans les appareils d’IRM est sans effet physiologique, ni réel (sauf pour les porteurs de stimulateurs cardiaques), ni fantasmé. Tout au plus nous met-on garde contre l’emploi d’aimants modernes très puissants, qui s’attirant avec force peuvent pincer douloureusement la peau des patients !

En revanche les champs de fréquence 50 Hz générés par les lignes de transport d’électricité, les appareillages domestiques etc.. sont montrés du doigt. Ces champs variables induiraient dans le corps humains des courants qui interféreraient avec l’activité électrique normale de l’organisme... Leur mode d’action serait donc différent de celui des ondes de fréquence élevées, comme celles utilisées pour la téléphonie mobile, déjà évoquées dans nos colonnes 4 ; ces dernières auraient une action sur l’organisme par échauffement des tissus.

Un site particulièrement alarmiste nous apprend que les champs magnétiques (sous-entendu : variables) sont beaucoup plus dangereux que les champs électriques et nous menacent de maux divers :

  • Maux de tête, malaises, nervosité, irritabilité, dépression.
  • Difficultés de concentration, insomnies.
  • Manque de repos : on se réveille plus fatigué que lorsque l’on s’est couché.
  • Diminution des défenses immunitaires.
  • Acidification de l’organisme.
  • Augmentation du risque de fausses couches.
  • Diminution de la sécrétion de mélatonine.
  • Enfin, à plus long terme, risque de cancers, leucémie, tumeurs du système nerveux...

Comment ne pas s’affoler à la lecture d’une telle liste ? On peut quand même remarquer que pour prouver de tels effets il faudrait des études statistiques et épidémiologiques d’une extraordinaire lourdeur, truffées de pièges et de biais. Comment constituer deux échantillons de population, l’un soumis à ces champs, l’autre pas, et leur faire noter par exemple leurs insomnies alors que, les émetteurs de champs étant connus, ces populations ne sont pas dans l’ignorance de ce à quoi elles sont soumises ? Dans la plupart des cas les effets revendiqués sont très sensibles à la suggestion...
Le même site nous apprend que l’on est 400 fois plus sensible dans le sommeil qu’éveillé, et que les normes officielles issues d’une recommandation CEE 5 fixeraient des seuils 1 000 fois plus élevés que ceux réellement sûrs. D’où viennent ces chiffres ? Qui définit ce qui est « réellement sûr » ? Rien dans le texte ne se soucie de justifier de telles affirmations. Enfin on donne un série de précautions à prendre, dont nous ne retiendrons que la plus pittoresque : « Supprimer ou couvrir les miroirs importants (armoire à glace, coiffeuse) qui réfléchissent et amplifient les effets des rayonnements » S’agissant, rappelons-le, de rayonnements à très basse fréquence, la physique ne laisse aucun doute sur leur totale insensibilité aux miroirs.

En fait, les champs que l’on peut rencontrer chez soi ne suscitent pas d’inquiétude sérieuse, quoi qu’en disent ceux qui prétendent nous alarmer. Il n’en est pas tout à fait de même pour ceux que l’on peut trouver à proximité des lignes de transport d’électricité ou dans certaines situations professionnelles où l’on est très proche des lignes ou de certains appareils. Une étude canadienne (disponible sur archive.org - 16 juillet 2019), parmi bien d’autres, donne une bonne mise au point.

Comme toujours les éventuels effets nocifs des lignes de haute tension (HT) pourraient être mis en évidence soit par des études expérimentales directes sur l’animal, soit par des études épidémiologiques. L’une et l’autre ont été faites de nombreuses fois : aucun effet significatif n’est apparu de façon indubitable ; le risque essentiel examiné est évidemment le cancer et l’on sait la difficulté toute particulière de l’épidémiologie dans ce domaine.

Une organisation internationale non gouvernementale, la CIPRNI (Commission internationale pour la protection contre les rayonnements non ionisants), reconnue 6 par l’Organisation Mondiale de la Santé, se penche sur les effets éventuels des ondes, aussi bien de hautes fréquences (téléphones portables) que de basse fréquence (production, transport, utilisation de l’électricité). Tout en reconnaissant l’absence d’effets prouvés, cette commission a émis, à titre de précaution, des normes d’exposition, en distinguant les travailleurs et le public. Aucune situation actuellement connue dans le domaine du public ne conduit à dépasser les normes publiées : on reste en fait très en dessous. Concernant les travailleurs, des précautions simples permettent le respect de ces normes de sécurité.

1 Franz Mesmer (1734-1815) créateur d’une méthode de traitement par « magnétisme animal » déjà critiquée par les scientifiques en son temps.

2 voir SPS n° 260 p.50.

3 Louis Néel, Un siècle de physique, éditions Odile Jacob, 1991 page 189.

4 Voir SPS n° 256 p.13.

5 Transposition de la norme CIPRNI, voir plus loin

6 Le site évoqué ci-dessus est celui de l’OMS et précise le statut de la CIPRNI


Mots-clés : Médecine

Publié dans le n° 266 de la revue


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