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Regards sur la science

La tuberculose, une maladie ré-émergente

Publié en ligne le 28 octobre 2013 -
par Henri Brugère - SPS n°304, avril 2013

Deux types d’évènements, l’un de santé humaine et l’autre de santé animale, viennent récemment d’attirer l’attention de l’opinion publique sur le fait que la tuberculose est une maladie ré-émergente. Concernant la tuberculose humaine, le journaliste Yves Mamou [2] a rapporté le fait que des patients tuberculeux venant de pays de l’Est sont atteints de cette maladie et porteurs de bacilles de Koch (BK) multirésistants aux antibiotiques. Ces patients sont pris en charge par le Pr François Bricaire, qui souligne qu’il faut administrer huit antituberculeux pendant des mois pour que les BK disparaissent des prélèvements. Outre la survie de ces patients, un problème grave de santé publique se trouve posé, car ces bacilles multirésistants pourraient affecter aussi le personnel soignant et d’autres personnes.

Pour ce qui est de la santé animale, si, au cours des années 50 et 60, la tuberculose a été éradiquée chez les animaux d’élevage, une affaire récente d’éléphants entretenus au Parc de la Tête d’Or de Lyon montre que la maladie peut exister chez des animaux sauvages ou exotiques, tels que ceux entretenus dans les zoos et, de ce fait, en contact avec le public. Cette question est étudiée de près, au plan scientifique, par les vétérinaires en charge de la santé de ces animaux. La progression des études, telle qu’elle est rapportée par deux de ces responsables [2], met en évidence des faits d’une grande importance : le nombre des bactéries susceptibles d’induire la maladie chez les animaux de zoo dépasse les deux espèces impliquées jusqu’alors (M. tuberculosis et M. bovis) et les méthodes de diagnostic (radiographie chez l’Homme, tuberculination chez l’Homme et les animaux d’élevage) ne sont pas toujours applicables à toutes les espèces. De ce fait, de nombreuses autres analyses doivent être développées et sélectionnées comme moyens adaptés à chacune des espèces animales en cause. Ces analyses sont, par exemple, la recherche de marqueurs de l’immunité humorale.

Ces deux types d’évènements rapportés récemment devraient induire, tant au plan scientifique que législatif, des mesures de prévention d’autant plus justifiées que la vaccination par le BCG, auparavant généralisée, a été abolie en suivant la « logique sociétale » du rejet des vaccinations. Courant 2012, le BCG est d’ailleurs devenu temporairement indisponible pour ses autres applications, telles que la stimulation immunitaire non spécifique. En 2008, l’ONU avait signalé qu’au cours de cette année le nombre de morts par tuberculose était d’1,8 million (voir réf. [1]). Où allons-nous si rien n’est entrepris ?

[1] LECU A. et BALL R. Mycobacterial infections in zoo animals : relevance, diagnosis and management. International Zoo Yearbook, 2011, 45 : 183-202. [2] MAMOU Y. Des hôpitaux débordés par des tuberculeux d’Europe de l’Est. Le Figaro, 13-01-2013.

Publié dans le n° 304 de la revue


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