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La théorie de l’évolution... et pourquoi ça marche (ou pas)

Publié en ligne le 28 juillet 2006
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 272, juillet-août 2006

« Reste que le chevalier de Lamarck a déblayé le terrain et fait preuve d’une prodigieuse audace en prétendant que les espèces pouvaient se transformer et se transformaient effectivement tout en proposant un mécanisme expliquant cette évolution, même si celui-ci n’était pas exact » Extrait, page 19.

La théorie de l’évolution se heurte, encore de nos jours, au fondamentalisme chrétien, et les discussions autour du créationnisme vont bon train. Vous avez besoin d’arguments, de références historiques pour en débattre ? Le darwinisme vous semble un terrain si dense, si complexe, que vous hésitez à vous lancer dans son étude ? Alors lisez cet ouvrage ! L’auteure y réussit une synthèse claire, complète, de l’histoire des idées sur l’évolution. Elle commence par poser le contexte historique de cet événement scientifique qu’est la théorie de Darwin. Elle n’oublie pas les grandes figures intellectuelles qui ont côtoyé, voire influencé Darwin : Lyell, Linné, Lamarck, Huxley et quelques autres.

Elle évoque la vie de Darwin, son enfance peu studieuse, son dégoût des études de médecine, son intérêt pour la taxidermie, son adhésion à une société d’étudiants en sciences naturelles qui réfute la séparation de l’âme et du corps, sa fréquentation à Edimbourg de la fine fleur intellectuelle, qui discute alors avec passion de la formation de la terre, graduelle ou catastrophique. Puis le voici sur le Beagle, navire à vocation scientifique d’établissement de cartes côtières de l’Amérique du sud. La collecte de spécimens en grand nombre, l’observation minutieuse et consignée de tous les phénomènes naturels, la rencontre avec les autochtones, alimenteront sa réflexion ultérieure sur l’évolution et constitueront la meilleure base de données de l’époque.

« L’après Darwin » est tout aussi important dans cet ouvrage. Cynthia L. Mills vous emmène vous frotter aux grandes polémiques intellectuelles qui suivront la parution de L’origine des espèces en 1859. Darwin y avait laissé des questions en attente : comment les caractères innés se transmettent ils ? Des éléments doivent exister mais lesquels ? Mendel, par ses magistrales études sur les pois, s’en est approché un peu plus en montrant la récurrence des caractères transmis, dont on peut calculer la probabilité d’apparition. Ce sont les découvertes sur la cellule puis l’ADN qui décrypteront entièrement ce questionnement.

Cynthia L. Mills a ce talent de présenter la théorie de l’évolution comme une grande théorie explicative, mais non prédictive. Les tentatives de la modéliser, la mathématiser, lui apportent un éclairage, mais lui ôtent un peu de son esprit, celui d’être une grande idée sur la vie, à la fois cohérente, solide, mais aussi porteuse de hasard, donc de pluralité.

Publié dans le n° 272 de la revue


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