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La psychologie positive

Publié en ligne le 29 août 2014
Note de lecture de Jacques Van Rillaer - SPS n° 309, juillet 2014

La psychologie clinique, dont la psychanalyse est longtemps restée le principal paradigme, est « pathocentrée », focalisée sur l’explication et l’élimination de souffrances psychologiques. Depuis les années 1970, des comportementalistes ont souligné l’importance d’activités épanouissantes pour contrer ou remplacer des réactions perturbantes. Il a toutefois fallu attendre le XXIe siècle pour que se développe avec vigueur la « psychologie positive », entendue comme l’étude des processus qui contribuent au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions.

Martin Seligman (Université de Pennsylvanie) en est sans doute le psychologue le plus représentatif. En 2000, alors qu’il était président de l’Association américaine de Psychologie, il a coordonné un numéro de la revue American Psychologist entièrement consacré à cette orientation de recherches et de pratiques. Depuis, les publications n’ont cessé de se multiplier. Insistons sur le fait que cette « psychologie positive » se distingue radicalement des courants de « la pensée positive » (du pasteur N. V. Peele) et du « développement du potentiel humain » des années 1960. Elle se spécifie par la volonté de vérifier les théories selon les règles de la méthodologie scientifique. Seligman lui-même a réalisé des expériences désormais classiques sur le développement de la dépression et de l’optimisme1.

L’ouvrage de R. Shankland offre un panorama soigneusement articulé des méthodes et des résultats les plus marquants de la psychologie positive. L’auteure est maître de conférences à l’université Pierre Mendès-France (Grenoble). Elle a réalisé plusieurs recherches empiriques, notamment sur la relation entre le bien-être subjectif et les comportements altruistes. Elle travaille dans la perspective de la psychologie scientifique. Dans l’ouvrage, elle présente les informations avec beaucoup d’esprit critique, elle consacre un chapitre aux questions méthodologiques et un autre aux instruments pour la recherche empirique. Sa bibliographie est soigneusement composée.

Citons à titre d’exemple ces informations développées dans l’ouvrage : le développement de l’attention à des événements « positifs » améliore l’humeur mais aussi la santé physique ; il en va de même pour le développement du sentiment de bénéficier quotidiennement de gratifications ; dans les couples heureux, les interactions positives sont cinq à six fois plus fréquentes que les interactions négatives ; des nettoyeuses, qui ont été convaincues que leur travail permet à des enfants d’éviter des maladies infectieuses, souffrent moins de maux de dos que d’autres ; une très forte estime de soi peut s’avérer néfaste, notamment chez des jeunes qui commencent à travailler (ils jugent ne pas être assez reconnus pour leurs mérites) ; il est contre-indiqué de féliciter sans cesse les enfants, en particulier quand ils réalisent des activités qui ne demandent guère d’effort.

La première version de ce livre a paru en 2012 dans la collection « Les topos ». La nouvelle édition, remise à jour, paraît dans la collection « Psycho sup », destinée aux étudiants en psychologie, mais son caractère accessible et rigoureux en fait un ouvrage idéal pour toute personne intéressée par les avancées de la « psychologie positive ».

1 Pour une synthèse des travaux de Seligman, voir : J. Van Rillaer (2008) « Martin Seligman. Du traitement de la dépression à l’apprentissage du bonheur », In C. Meyer, et al., Les nouveaux psys. Ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain. Éd. Les Arènes, p. 720-737.

Publié dans le n° 309 de la revue


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