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La diffusion de la Covid-19

Publié en ligne le 1er février 2021
La diffusion de la Covid-19
Que peuvent les modèles ?

Juliette Rouchier et Victorien Barbet
Éditions Matériologiques, coll. Modélisations, simulations, systèmes complexes, 2020, 150 pages, 18 €

Au cours de la crise sanitaire actuelle, les politiques ont justifié nombre de leurs décisions en ayant recours aux modèles 1. En l’absence d’éléments contextuels et explicatifs, il peut être difficile pour le grand public de s’y retrouver face à des prévisions contradictoires et relayées par des médias peu au fait des débats scientifiques.

L’ouvrage présenté ici tente d’éclairer cette discipline qu’est la modélisation appliquée à la diffusion de maladies, en poursuivant deux objectifs qui constituent ses deux grandes parties.

La première consiste à explorer deux types de « modélisation agent 2 » (c’est-à-dire une simulation qui se fonde sur la description du comportement de plusieurs agents en interaction, par opposition à des simulations globales qui modélisent le comportement général du système) déjà existantes et qui, selon les auteurs, ont montré leurs limites dans le cadre de cette pandémie. D’une part les modèles simples (ou « ultra- stylisés ») sont des modèles disposant d’un faible nombre de paramètres. Par exemple, le modèle de Stevens popularisé très tôt par le Washington Post représente les agents à l’aide de trois états – « susceptible d’être infecté », « infecté » ou « remis et immunisé » – et selon la modalité de « mouvant ou immobile ». Cette simplification empêche une représentation correcte des interactions sociales qui ressemblent alors à celle « d’une foule dans une boîte de nuit ou un supermarché ». Ainsi, selon les auteurs, il ne fait pas de doute que ces modèles sont trop déconnectés du contexte social pour prétendre penser une politique. D’autre part les modèles descriptifs se dotent d’algorithmes de décision des agents intégrant un nombre important d’hypothèses. La sensibilité de ces modèles au moindre changement de paramètres leur fait perdre rapidement toute capacité de prévision. C’est ce type de modèle qui a influencé les politiques publiques aux États-Unis et au Royaume-Uni 3.

Dans la deuxième partie, le livre présente trois modèles étudiant chacun un sujet différent : la diffusion de l’épidémie étudiée sous l’angle de l’influence du réseau des agents, l’efficacité de différents types de confinement, l’impact du protocole du Pr Raoult 4 dans l’hypothèse où l’hydroxychloroquine serait efficace pour la réduction de la charge virale 5. Dans cette partie, de nombreux liens vers des ressources Internet précisent le propos et permettent d’aller « jouer » avec les modèles proposés, en changeant les paramètres qui sont progressivement expliqués dans le livre.

Enfin, l’ouvrage s’achève sur le constat raisonnable qu’il est préférable de faire reposer la prise de décision publique non pas sur un modèle unique mais sur plusieurs d’entre eux, et de croiser leurs résultats afin d’identifier plus facilement de possibles phénomènes émergents liés à la diffusion de l’épidémie.

Les deux auteurs ne sont pas spécialistes en diffusion de la maladie, mais utilisent les modèles agents dans le cadre de leurs travaux en économie. Ils justifient leur incursion dans une discipline qui n’est pas la leur en invoquant le lien structurel fort qui existe entre tous les modèles de diffusion et en revendiquant le fait que dans le cadre de la vulgarisation « il est parfois plus adapté d’être éloigné du cœur d’une discipline pour en transmettre les idées ». Il est vrai que le contenu est didactique et aisément compréhensible, ce qui en fait une bonne introduction pour le profane.

La rédaction du livre ayant été terminée au mois d’août 2020, on pourra juger le propos parfois dépassé, notamment en ce qui concerne une deuxième vague de l’épidémie qui n’est évoquée qu’à titre d’hypothèse, sans parler d’une troisième.

En résumé, et même si le débat soulevé par les auteurs se réglera sur le terrain académique, on conseillera ce livre à toute personne intéressée par le fonctionnement des modèles appliqués à une pandémie.

2 Pour les auteurs, « une simulation agents peut être pensée comme une partie de Sims, jeu dans lequel le joueur doit définir les actions de personnages qui évoluent dans un univers virtuel ». Un modèle agent est « la représentation d’un monde cohérent, défini par des objets précis (agents) et fonctionnant grâce à des lois ».

4 Protocole thérapeutique dont nous avons montré l’inconsistance dans « Le protocole thérapeutique à géométrie variable du Pr Raoult », SPS n° 333, juillet 2020. Sur afis.org

5 « À la date du 17 septembre 2020, la quasi-totalité des agences sanitaires recommande de ne pas utiliser l’hydroxychloroquine dans la prise en charge des malades de la Covid-19 » dans « Hydroxychloroquine : les recommandations des agences sanitaires et sociétés savantes dans le monde », SPS n° 334, octobre 2020. Sur afis.org