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La brève histoire de ma vie

Publié en ligne le 14 avril 2014
Note de lecture de Christine Mourlevat-Brunschwig

Voici une autobiographie signée par celui qui se dépeint comme le seul scientifique connu mondialement. Vous l’aurez deviné, il ne peut s’agir que de Stephen Hawking !

Cette biographie, qui semble largement filtrée, donne une image proprette, bien rangée et souvent un peu sèche de la vie du célébrissime savant. Voyages, mariages et anecdotes se succèdent, avec une foule de détails plus ou moins bien choisis et qui encombrent inutilement le récit, sans que le lecteur ait réellement accès à tout ce qui fait la richesse du passionnant travail d’un astrophysicien de ce renom.

Sa vie est banalement racontée, en suivant l’ordre chronologique, depuis sa naissance. Hawking dévoile quelques épisodes de son enfance et l’on découvre avec un certain amusement qu’il n’apprit à lire qu’à 8 ans, suite aux méthodes « non intrusives » en usage dans son école. L’enfant y était censé apprendre sans se rendre compte de rien...

Hawking relate ensuite son passage à Oxford, où il tenta d’être entraîneur de l’équipe d’aviron et où il mena la vie oisive à la mode sur ce campus. Il ne travaillait guère plus d’une heure par jour, car davantage était mal vu pour ces représentants de l’excellence ! Puis, il retrace sa vie de doctorant à Cambridge, les débuts de sa maladie, ses mariages. Il explique comment il est devenu théoricien car « il n’y a qu’à écrire un article, seul ou avec un ou deux collègues, pour se faire un nom ».

En 1982, il a l’idée incroyable d’écrire Une Brève histoire du temps, ouvrage de vulgarisation destiné principalement à payer les études de sa fille. Son projet atypique est d’en faire un best-seller en vente dans les aéroports ! Un éditeur spécialisé dans le marché populaire le fera alors réécrire entièrement pour tenter de le rendre compréhensible par le lecteur profane. Chacun connaît le fantastique destin de cet ouvrage, les dix millions d’exemplaires vendus, les traductions en quarante langues, témoignent d’un engouement absolument prodigieux, le lecteur étant même alléché par l’idée « d’accéder à la pensée de Dieu », comme le prétend la dernière phrase du livre.

L’autobiographie se poursuit avec la description de l’ambiance dans laquelle baigna Hawking. Il décrit l’effervescence de la communauté scientifique de l’époque autour de sujets phares comme le Big Bang. Il expose ensuite les résultats de ses recherches. Cela devient subitement bien moins lisible pour le grand public. Le style plutôt abscons de son best-seller ressurgit et le lecteur novice se perd assez vite dans le labyrinthe de notions comme le « temps imaginaire » ou le « tenseur énergie-impulsion quantique ». Ce style faussement simple, puisque tout doit être réécrit sans équation, rend finalement le texte encore plus ésotérique. Si le lecteur a parfois l’impression d’être au bord de comprendre, il se rend vite compte qu’il est englué dans une sorte de… trou noir déconcertant.

En revanche, Hawking est lucide sur l’absence de compréhension spontanée de son premier livre, mais il espère néanmoins que celui-ci aura permis à tous de ne pas se sentir « exclus des grandes questions intellectuelles et philosophiques ». Lucide aussi sur sa fantastique notoriété, il explique que son terrible handicap fut finalement un atout. Il n’eut jamais l’obligation de donner des cours et, selon ses propres termes, correspondait à un certain stéréotype du « génie au corps difforme ».

Cet ouvrage plutôt superficiel est constellé de très nombreuses photos, et cible ainsi clairement ses fans. Ils pourront néanmoins finir par se lasser de découvrir Stephen bébé, Stephen à la plage, Stephen avec son train électrique… en voyage, avec sa première femme, sa deuxième... avec la reine d’Angleterre.

Un ouvrage, donc, qui ne mérite qu’une brève lecture, les fans eux-mêmes risquent d’être un peu déçus par son inconsistance.


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