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Regards sur la science

L’aluminium, les déodorants et une page de publicité dans Le Monde

Publié en ligne le 28 octobre 2013 -
par Jacques Bolard - SPS n°304, avril 2013

Une page entière de publicité d’une chaîne commerciale dénonce, dans Le Monde du dimanche-lundi 13 février 2012, les « Sels d’aluminium chlorohydrate dans les déodorants ».

Il y est d’abord dit que les chlorohydrates d’aluminium sont à l’origine d’une controverse car soupçonnés d’augmenter les risques de cancer du sein. Ceci est tout à fait exact. Il y a une controverse à ce sujet. En effet, les études auxquelles il est généralement fait référence, indiquent seulement un taux plus élevé d’aluminium dans le microenvironnement mammaire quand le cancer est présent. La raison de cette différence est inconnue mais il est avancé que ce pourrait être dû, soit à l’exposition à des antiperspirants à base d’aluminium, soit à une accumulation préférentielle dans les tissus mammaires. Les auteurs se gardent bien d’avancer une relation causale quant à l’origine du cancer. Donc, jusque-là, rien à reprocher au texte de la publicité, mais attendez la suite !

Exemple de publicité trouvée sur Internet

Les annonceurs « ont décidé de proposer un déodorant à la pierre d’alun d’origine minérale naturelle ». Là, cela devient inquiétant. D’abord, pourquoi insister sur cette origine ? Les minéraux radioactifs sont d’origine minérale naturelle, la ciguë est d’origine naturelle ; ce n’est pas une garantie d’innocuité. Ils ajoutent ensuite : « c’est une démarche responsable de l’enseigne pour proposer des produits sur lesquels aucun doute ne vient planer ». Mais enfin ! La pierre d’alun, c’est un sulfate d’aluminium. S’il y a un doute avec le chlorhydrate (l’hydroxychlorure en bon français), il doit bien y avoir aussi un doute avec le sulfate ! Et pour finir : « (nos) magasins savent qu’ils font aujourd’hui ce que tout le monde fera demain ». Que veulent-ils dire ? Sont-ils au courant du marketing du futur ?

Que trouve-t-on sur Internet à « déodorant sans aluminium » ? Une marque qui indique une composition sans aluminium… mais qui a mis du kaolin dans son produit. Or, qu’est-ce que le kaolin ? Du silicate d’aluminium ! Une autre marque, bien connue, qui utilise la pierre d’alun mais, semble-t-il, avec mauvaise conscience, avance une formule alambiquée faisant croire que son produit ne contient pas d’aluminium : « Contrairement à d’autres déodorants “naturels”, comprenez sans sels d’aluminium, il ne sent pas l’alcool ». Il faut quand même reconnaître que la plupart des autres concurrents, s’ils utilisent l’alun, certes, ne précisent pas ce que c’est, mais spécifient « sans aluminium chlorhydrate ».

Publié dans le n° 304 de la revue


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