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Inventer l’avenir

Publié en ligne le 26 mars 2020
Inventer l’avenir
L’ingénierie se met au vert

Martine Meireles-Masbernat, Laurent Nicolas, Abdelilah Slaoui (dir.)
CNRS Éditions, 2019, 239 pages, 22 €

Quelle stratégie pour l’ingénierie de demain ?

Les auteurs, membres de la direction scientifique de l’Institut des sciences de l’ingénierie et des systèmes (Insis) du CNRS, exposent dans ce livre les axes de recherche actuels qui témoignent du futur de l’ingénierie.

Le monde d’aujourd’hui se focalise, à raison, sur l’impact de nos activités sur l’environnement : émission de gaz à effet de serre, utilisation de ressources non renouvelables, pollution. Un certain nombre de citoyens s’interrogent sur une partie des ressources et services essentiels à la vie quotidienne, tels que l’alimentation, l’énergie, l’habitat, le transport et la santé, ce qui permet d’alimenter une réflexion vers de nouveaux axes de recherche, présentés dans cet ouvrage, avec leurs verrous et leurs perspectives.

Dans le chapitre introductif, les auteurs insistent sur la nécessité d’interdisciplinarité, afin de conjuguer les évolutions technologiques avec les sciences humaines et sociales. Il est à ce titre d’une grande qualité. La réflexion quant au besoin et à l’impact d’une technologie ou d’une évolution technologique s’impose également. Selon les auteurs elle doit permettre plus d’indépendance énergétique, un impact sur l’environnement le plus faible possible, avec une tendance vers une rationalisation de l’innovation. Ainsi, la préservation de l’environnement devient au moins aussi importante que la réalisation ou l’acquisition de nouvelles connaissances.

La manière de poser le sujet est intéressante parce qu’elle implique de considérer la préservation de l’environnement comme un critère éthique tout au long de la conception d’une technologie. Le triptyque réduire-réutiliser-recycler fait également partie de l’équation avec tous les arrangements que cela suppose. Certaines difficultés peuvent apparaître dans cette nouvelle manière de concevoir l’ingénierie, comme le compromis entre impact environnemental, sécurité et toxicité.

Le deuxième chapitre donne l’exemple des propriétés acoustiques des matériaux utilisés dans la construction, où les formes et les agencements utilisés permettent d’en contourner les propriétés intrinsèques qui ne seraient pas favorables avec un résultat remarquable.

S’appuyer sur les propriétés intrinsèques du vivant est également un axe de réflexion qui fait l’objet de nombreux travaux de recherche : du traitement de l’information par des architectures bio-inspirées au stockage énergétique par des piles à combustible microbiennes, dont l’utilisation nécessite encore de lever quelques verrous technologiques, mais qui peuvent avoir des perspectives intéressantes. Il s’agit alors de maîtriser les réactions microbiennes comme nous maîtrisons les réactions chimiques.

Réduire l’impact environnemental de technologies existantes est aussi un axe de travail important. L’exemple des panneaux solaires organiques est présenté. Cette évolution par le matériau nécessite encore beaucoup de développement mais donne une toute autre dimension à une « technologie durable » qui souffre d’un impact environnemental à la fabrication encore très élevé. Mais se pose la question de la durabilité des panneaux organiques exposés aux UV. De la même manière, faire évoluer les procédés de fabrication et de traitement des solvants organiques permettra à terme de les rationaliser, pour tendre vers des solvants réversibles qui pourront être facilement réutilisés ou recyclés, tout en ayant un impact environnemental beaucoup plus faible.

La recherche du meilleur compromis technologique est un concept clé lorsque des enjeux parfois contradictoires sont pris en compte. Selon l’auteur, l’ingénierie se focalisera sur la compréhension et l’utilisation des propriétés intrinsèques multi-échelles des matériaux et organismes existants. Le futur n’est pas la transformation mais l’exploitation durable des ressources existantes.

Ce livre permet de découvrir des technologies nouvelles et innovantes, tout en permettant la réflexion sur le sens de leur développement. Il est très bien rédigé, avec des références pour approfondir chaque thématique. Riche en informations techniques, il est à recommander à un public ayant une bonne culture scientifique pour suivre des explications parfois peu détaillées.


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Auteur de la note

Kako Linda Nait Ali

Titulaire d’un doctorat en chimie des matériaux, (...)

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