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Infidélité à la sauce homard

Publié en ligne le 4 juillet 2006 - SVT
par Isabelle Burgun
La femelle homard en pince pour les gros mâles. Quand ils manquent à l’appel, elle adopte un comportement infidèle. Cette polyandrie serait liée aux pêches intensives, affirme même une étude québécoise sur le homard d’Amérique publiée dans Molecular Ecology.
« Plus elle est grande, plus elle porte d’oeufs et plus elle a besoin d’une grosse quantité de sperme. C’est pourquoi elle adopte un comportement de polyandrie compensateur, lorsqu’il n’y a pas de gros mâles dans les parages », avance Bernard Sainte-Marie, chef de la section crustacés à l’Institut Maurice-Lamontagne, qui a co-dirigé cette recherche signée par l’étudiant-chercheur Thierry Gosselin.
Le comportement infidèle est répandu : 13 % des 108 spécimens étudiés présentent une multi-paternité (plusieurs papas !), qui varie suivant la zone d’où provient la femelle (11 % pour les Îles-de-la-Madeleine, 28 % au Gran Manan, au Nouveau-Brunswick). « Pour plus de sûreté, nous avons combiné plusieurs marqueurs lors de l’analyse génétique des portées et de la spermathèque de la femelle » - la femelle a en effet un lieu où elle « entrepose » le sperme en attendant qu’il fasse son travail.
Contrairement au crabe des neiges, chez qui seuls les mâles sont ramassés, la pêche au homard vise les deux sexes - l’un et l’autre sont très semblables.
Lorsque survient la saison estivale des amours, la femelle prend les devants en choisissant un mâle qui présente de bonnes caractéristiques : une grande taille et un habitat large et confortable. Pour se reproduire, la femelle se débarrasse de sa carapace et se glisse dans l’abri du mâle. Celui-ci va lui transmettre sa semence puis restera à ses côtés le temps que sa carapace durcisse.
La compatibilité des tailles entre partenaires est importante car un gros partenaire va allouer une plus grande quantité de semence. S’il est petit, la réserve sera moindre. « Telle est la loi chez les invertébrés. Si la femelle n’en reçoit pas assez, elle va se mettre en quête d’un autre mâle avec qui concevoir une seconde portée », résume le biologiste.
Le danger, c’est qu’en sortant de son abri à la recherche d’un autre mâle, elle expose une carapace molle aux prédateurs, en plus de prendre le risque de se blesser.
La femelle ne pondra qu’un an plus tard ses milliers d’oeufs (ou dizaine de milliers dans le cas de grandes femelles).
La recherche porte sur le comportement reproducteur des gros crustacés soumis à une exploitation intensive. La modification du comportement reproducteur intéresse scientifiques, pêcheurs et gestionnaires : ces derniers songent même à l’instauration d’une taille minimale en deçà de laquelle les homards ne pourraient être pris.

Mots-clés : SVT


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