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Hantaviroses, maladies en expansion

Publié en ligne le 9 mars 2014 -
par Henri Brugère - SPS n° 305, juillet 2013

Les infections dues aux hantavirus ont été découvertes au cours des années 70 et, très rapidement, il a été montré que les virus étaient hébergés par diverses espèces de rongeurs. Chaque espèce virale constitue, avec une espèce de rongeur, une association particulière dans laquelle le rongeur porteur de virus ne présente pas d’atteinte pathologique. Celui-ci peut ainsi, par ses déjections, répandre dans la nature (surtout dans les forêts) les virus qui se sont multipliés dans son organisme, d’où il résulte ensuite une contamination interindividus et inter-espèces. Si la connaissance de ces maladies est déjà ancienne, leur expansion géographique, de même que l’accroissement du nombre des souches virales et des espèces animales porteuses devient un sujet d’actualité.

La contamination d’autres espèces se fait soit par inhalation, soit plus rarement par morsure. Les espèces contaminées, autres que des rongeurs, peuvent être très variées, puisque des virus ont été retrouvés chez des taupes, des chauves-souris et des oiseaux, ainsi que dans l’espèce humaine. Les espèces animales receveuses sont nombreuses à ne pas présenter de maladie. En revanche, pour l’espèce humaine, les conséquences cliniques sont très variables : si un certain nombre de personnes présentent des infections sans symptômes, mais avec des traces immunologiques attestant de la contamination, une proportion non négligeable d’humains présentent des maladies dont les symptômes et la gravité dépendent du virus en cause. Pour cette raison, les situations géographiques des couples « virus + espèce porteuse » sont des facteurs déterminants. Pour l’Europe et l’Asie, les conséquences pathologiques sont des fièvres hémorragiques avec syndrome rénal responsable d’une « néphropathie épidémique » généralement sans séquelles mais pouvant, selon les zones, conduire à un taux de 0 à 15 % de mortalité. Le continent américain est concerné par des affections cardio-respiratoires responsables de beaucoup plus fortes proportions (30 à 60 %) de mortalité.

En Europe, les infections à hantavirus ont été connues en France (région Nord-Est principalement) en 1982 et en Belgique en 1983. Le virus responsable le plus fréquent est le virus Puumala, porté par un rongeur forestier, le Campagnol roussâtre.

Les néphropathies épidémiques, sans doute antérieurement attribuées à d’autres causes, suscitent maintenant une recherche de plus en plus systématique sur ces virus, d’autant que les progrès scientifiques en matière de génétique permettent une progression solide dans l’identification des souches virales. À travers le monde, le nombre de virus identifiés était de plus de 30 en 1999 [1] ; il est actuellement probablement de l’ordre de 70.

L’évolution des connaissances sur ces virus et sur les maladies qu’ils créent se développe actuellement et un exemple récent est le portage qui a été trouvé chez des « rats de compagnie » (« pet rats ») au Royaume Uni [2], ce qui fait une forte exception à la notion que le risque n’est que le milieu forestier. Une constatation de ce type illustre bien le fait que les hantavirus nécessitent des recherches intensives.

[1] Clément J. – Les maladies à hantivirus en France et en Belgique. Bul.Acad.Natle Méd. 1999, 183 : 1363-1375.
[2] Jameson L.J. & al. Pet rats as a source of hantavirus in England and Wales. Euro Surveillance, 28 February 2013.

Publié dans le n° 305 de la revue


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