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Déremboursement des médicaments

Publié en ligne le 15 septembre 2005 -

Eric :

Une liste de 251 médicaments a été remise au Ministère de la Santé. Ces médicaments ne seront sûrement plus remboursés, car considérés comme étant non efficaces. Je ne comprends pas comment on "découvre" aujourd’hui qu’ils ne sont plus efficaces ? Pire, ça veut dire que des médecins prescrivent des médicaments non efficaces. Je pensais que lorsqu’un médicament était mis sur le marché, il était testé, et considéré comme efficace. Il faut croire que non...


Thierry (médecin) :

Cela fait longtemps que l’on sait que ces médicaments ne sont pas réellement efficaces (au moins 20 ans).

Depuis 20 ans, notre attitude vis à vis des thérapeutiques a changé (c’est à dire celle des autorités, de certains médecins, de certains consommateurs de soins, des assurances et organismes payeurs) c’est à dire que l’efficacité réelle (par rapport au placebo, mais aussi par rapport à l’évolution spontanée de la maladie) des thérapeutiques devient une préoccupation prépondérante.

Avant 1974, il me semble, il suffisait pour commercialiser un médicament de faire la preuve de son innocuité, ou du moins d’un rapport bénéfice/risque acceptable pour la pathologie traitée, et également faire preuve d’une pratique de fabrication satisfaisant aux normes de qualité, l’obtention d’une AMM ne prouvait en aucune façon l’efficacité réelle du médicament !

Depuis, des processus d’évaluation ont été mis en place par un peu tous les pays "développés", avec reconnaissance mutuelle des différentes agences du médicaments européennes, il y avait même une classification des indications en trois groupes :

- indication pleine et entière pour les médicaments vraiment actifs, par exemple : angine, sinusite...

- l’indication "proposé dans" lorsque les indications correspondaient à des habitudes de prescriptions, sans que des essais cliniques étayent vraiment ces pratiques, ce qui veut dire que soit des essais ont été effectués, et qui ne montrent pas d’efficacité réelle, soit qu’il n’y a pas d’essais cliniques disponibles (car molécule trop ancienne, tombée dans le domaine public). Cela ne veut pas dire forcement que cette molécule n’est pas efficace, cela veut dire qu’elle n’était pas soumise aux obligations de preuve prévus par les décrets de 1974.

- l’indication "utilisé dans" ou "traditionnellement utilisé dans", qui sont souvent de vieux médicaments parfois centenaires, qui souvent n’ont pas non plus d’efficacité réelle.

Cette classification sert aussi a déterminer le taux de remboursement par la Sécurité Sociale : 65 % ou 35 %.

Il ne faut donc pas s’étonner que ce sujet (le déremboursement) revienne sur le tapis régulièrement. De plus, ces médicaments ont souvent été commercialisés alors que l’AFSAPPS n’existait pas ! On ne peut donc pas lui reprocher de les avoir laissé commercialiser !

D’ailleurs de nombreux rapports d’évaluation ont été publiés par cette agence depuis 10 ans (http://agmed.sante.gouv.fr/ - il faut fouiller dans les archives ou
utiliser le moteur de recherche interne) à la demande des politiques sur les "toniques veineux", les "vasodilatateurs" les "fluidifiants" (cf. le dernier Martine Aubry)
souvent suivis d’aucun effet car la grande majorité de ces molécules sont fabriquées par de petits labo français avec chantage au chômage si déremboursement,
idem pour Boiron/Dolisos et l’homéopathie.

L’attitude que j’ai adoptée depuis au moins 10 ans, c’est de ne plus les prescrire, ou alors très occasionnellement, dans des cas très particuliers ! Mais peu de médecins ont adopté cette démarche en France (rappelons que beaucoup de ces molécules n’existent pas dans le reste du monde "développé" où l’on est également bien soigné il me semble !) J’ai même vu un de mes confrères, ce jour sur France 2 (journal de 13h), parlant en direct d’une pharmacie et déplorant le risque de déremboursement des toniques veineux !!

On n’est pas sorti de l’auberge :-)


Eric (médecin aussi) :

C’est le serpent de mer habituel et il ressort tous les six mois. On sait
très bien que ces médicaments sont parfaitement inefficace, mais chaque fois
que les autorités sanitaires font mine de vouloir faire quelque chose, les
labos concernés (Servier entre autres) froncent les sourcils et font du
chantage à l’emploi à peine voilé, du coup, le dossier est réenterré pour
six mois. Que voilà une gestion saine, déterminée et courageuse, non ?

Le Danemark prescrit en moyenne, et par consultation, 4 fois moins de
médicaments que le médecin français, donc en faisant l’hypothèse que la
population est comparable du point de vue sanitaire (nombre de personnes âgées
équivalent), et en constatant que l’état de santé du Danemark égale environ
celui de la France, on en déduit que 3/4 des prescriptions françaises sont
au moins inutiles, voire dangereuses (ex. prescription de Médiator à la
première vague élévation des triglycérides).


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