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De la baguette divinatoire du pendule dit explorateur et des tables tournantes du point de vue de l’histoire de la critique et de la méthode expérimentale

Publié en ligne le 17 juillet 2009
Note de lecture de Gabriel Gohau

C’est peu de dire que l’idée de republier le livre célèbre de Chevreul sur la baguette divinatoire est excellente. Elle est une œuvre de militant qui ne peut qu’enthousiasmer les critiques des fausses sciences en tous genres. Pour ma part, je ne connaissais que par réputation ce travail de 1854, entrepris suite à la demande, par l’Académie des sciences, d’un rapport sur la baguette divinatoire, et qui porte, non seulement sur l’étude de la baguette divinatoire, mais aussi sur celle du pendule et celle des tables tournantes… et parlantes, en prolongeant une lettre que Chevreul avait écrite à Ampère en 1833 (incluse ici, p. 135-147, elle narre ses expériences commencées en 1812, et communiquées à l’époque à Oersted). Je savais, par un article de mon ami Jean Gayon sur Claude Bernard que Chevreul, dans ce travail, mais aussi dans d’autres ouvrages avait présenté, avant l’auteur de l’Introduction à l’étude de la méthode expérimentale (1865), la démarche des sciences expérimentales, en la distinguant sous le terme de méthode a posteriori de la méthode a priori des mathématiques et du savoir scientifique d’avant Galilée qui posait des principes dont on déduisait le savoir.

En fait, après cette introduction méthodologique, Chevreul se livre à une longue étude historique des observations sur la baguette prétendue divinatoire. Il donne une place de choix au père Lebrun, auquel son ouvrage est dédié. Cet auteur avait, dès la fin du XVIIe siècle, après avoir dénoncé les charlatans, critiqué les thèses qui attribuaient l’action sur la baguette à des particules répandues dans l’air, selon la conception cartésienne de la nature, faite d’un univers dans lequel le vide n’existe pas. Il s’en tenait à une action de la pensée… à l’incitation du démon. Ce ne sera pas la conclusion de Chevreul qui, en bon chrétien, n’en rend pas moins hommage à l’oratorien.

Tout cela occupe la première partie. La partie suivante fait, plus brièvement, l’histoire du pendule, et la troisième, encore plus rapidement celle des tables ayant des mouvements de toutes sortes. Restent deux développements, l’un consacré à présenter la solution de l’illustre chimiste et le second à montrer les applications pratiques de la thèse de l’auteur aux circonstances de la vie courante.

Le texte de Chevreul est précédé d’une introduction d’Élie Volf. Mais aussi, fort opportunément, d’un article de Michael Faraday paru dans l’Illustration du 2 juillet 1853. Article extraordinaire où le découvreur de l’induction électromagnétique met au point des techniques d’une subtile ingéniosité, en empilant des cartes sur une table pour vérifier si le « tourneur » entraîne la table ou au contraire la suit. Le mode opératoire de Chevreul, qui se contente de fermer les yeux pour ne pas voir la présence-absence de l’objet censé agir, est évidemment moins élaboré.

Le tout forme un ensemble que beaucoup de nos lecteurs découvriront ou redécouvriront avec intérêt.


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