Accueil / Regards sur la science / De l’efficacité des antidépresseurs et des psychothérapies pour la dépression

De l’efficacité des antidépresseurs et des psychothérapies pour la dépression

Publié en ligne le 28 juin 2014 -
par Franck Ramus - SPS n° 308, avril 2014

Un récent article de blog [1] passe minutieusement en revue la question de l’efficacité des traitements pour la dépression, dans un contexte où une méta-analyse (Turner, [2]) a montré, il y a quelques années, que si l’on prend en compte tous les essais cliniques des antidépresseurs qui ne sont pas publiés par l’industrie pharmaceutique, leur efficacité est plus faible que ce qu’on croyait. En voici les points principaux.

Contrairement à la conclusion hâtivement tirée par certains, la méta-analyse de Turner ne montre pas que les antidépresseurs sont inefficaces. Elle montre que la différence d’efficacité des anti-dépresseurs par rapport à une pilule placebo baisse de 0.41 à 0.31 (-25 %) quand on prend en compte les essais non publiés (0 signifiant efficacité égale au placebo). Efficacité faible, mais pas nulle.

Pour faire bonne mesure, James Coyne propose dans un nouvel article [3] de faire le même calcul pour les psychothérapies. Il trouve que leur différence d’efficacité par rapport à une pilule placebo est de 0.25, soit du même ordre que celle des antidépresseurs. Toutefois, l’efficacité est sans doute surestimée, car contrairement aux médicaments, il n’existe aucune base de données obligatoire dans laquelle les essais cliniques des psychothérapies seraient enregistrés, qui permettrait de prendre en compte les essais non publiés (non publiés car, en général, non concluants).

Si les effets des antidépresseurs, comme des psychothérapies, paraissent bien modestes, il faut toutefois considérer le fait que, dans les essais cliniques, l’effet placebo peut être lui-même assez important du fait du suivi régulier de qualité de tous les patients, y compris dans le groupe placebo. Autrement dit, l’effet placebo inclut déjà un petit effet de type psychothérapique. Mais cela implique aussi que, dans les conditions usuelles d’administration de ces traitements (suivi de faible qualité), l’efficacité réelle est probablement inférieure à celle obtenue dans les essais cliniques.

Autrement dit, dans la vie réelle, on pourrait sans doute améliorer significativement l’efficacité des traitements (surtout des antidépresseurs) en effectuant un suivi plus régulier et rigoureux des patients plutôt que de les renvoyer chez eux avec leur boîte de médicaments et ne plus les revoir avant 3 mois que pour renouveler l’ordonnance.

Dans tous les cas, il n’y a pas lieu de conclure, ni que les antidépresseurs sont sans efficacité, ni que les psychothérapies sont plus efficaces.

J’ajouterai un commentaire utile dans le contexte français, c’est que les psychothérapies dont on parle ici sont des psychothérapies fondées sur des preuves, en particulier des thérapies cognitives et comportementales. Les autres formes de psychothérapies (et notamment la psychanalyse) n’ont, elles, même pas une efficacité supérieure au placebo.

[1] James Coyne, "Is psychotherapy for depression any better than a sugar pill ?", 25/06/2013. Plos. http://blogs.plos.org/mind-thebrain...
[2] Turner, E. H., Matthews, A. M., Linardatos, E., Tell, R. A., & Rosenthal, R. (2008). "Selective Publication of Antidepressant Trials and Its Influence on Apparent Efficacy". New England Journal of Medicine, 358(3), 252-260. doi : doi :10.1056/NEJMsa065779
[3] Cuijpers, P., Turner, E. H., Mohr, D. C., Hofmann, S. G., Andersson, G., Berking, M., & Coyne, J. (2013). Comparison of psychotherapies for adult depression to pill placebo control groups : a meta-analysis. Psychological Medicine, FirstView, 1-11. doi : doi :10.1017/S0033291713000457

Publié dans le n° 308 de la revue


Partager cet article