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De l’atome imaginé à l’atome découvert - Contre le relativisme

Publié en ligne le 23 juin 2015
Note de lecture de Martin Brunschwig

On ne saurait mieux nommer et sous-titrer un ouvrage : le titre évoque d’emblée le long processus de la science, qui cherche en permanence comment prouver ses assertions et dont les résultats s’établissent parfois sur des siècles. Et le sous-titre explique que les auteurs ont aussi choisi cet exemple dans le but bien précis, et finalement central, d’affirmer haut et fort que l’on fait fausse route si l’on estime que les résultats scientifiques ne seraient qu’une « construction sociale ».

Dans sa préface très intéressante, Étienne Klein expose les problématiques du livre, atomisme et relativisme, d’une manière claire et stimulante. Ensuite, les auteurs exposent leur intention de prendre l’atome comme exemple pour « combattre le relativisme ». Ainsi, ils entament leur récit de « l’atomisme » et décrivent par le menu les tribulations par lesquelles il aura fallu passer pour comprendre et prouver l’existence de l’atome.On se rend compte qu’il a fallu bien plus de temps qu’on ne l’imagine sans doute pour que les savants puissent aboutir à un certain consensus ! Les joutes entre savants d’opinions opposées sont bien exposées et s’avèrent très éclairantes : on peut faire le lien avec les controverses scientifiques d’aujourd’hui et mieux comprendre la grande marche de la science.

Le cœur du livre est tout de même assez technique, parfois un peu austère même s’il est parfaitement lisible par tout un chacun. Mais tout cela nous mène vers les derniers chapitres où, notamment, les thèses de Bruno Latour sont discutées. Calmement, mais fermement ! Les thèses relativistes sont dénoncées intelligemment, notamment en acceptant quelques idées propagées par les tenants de ce courant. Par exemple, H. Krivine et A. Grosman soulignent « l’imbrication du pouvoir et de la science » (p.114). Mais ils expliquent qu’il y a inversion des rôles : c’est bien parce que la science « dit vrai » qu’elle a acquis sa puissance et non parce qu’elle aurait le pouvoir qu’elle « dicterait le vrai ». D’autres arguments sont acceptés comme « évidemment pas faux, [mais] seulement superficiels ».

Bref, tout est analysé avec simplement l’esprit « bien fait » de deux scientifiques 1 qui ont la tête sur les épaules et le désir de clarifier les choses, notamment lorsque certains discours peuvent se présenter comme « alléchants », mais finalement s’avèrent creux et trompeurs. Le verdict est clair : le relativisme doit être… relativisé ! Une démonstration à mettre devant les yeux de tous les lecteurs intéressés.

Autre note de lecture , sur une autre édition de ce livre.

1 Hubert Krivine est physicien, il a été chercheur à l’Université Paris-Sud et enseignant à l’Université Pierre et Marie Curie. Annie Grosman est enseignante-chercheuse à l’Institut des Nanosciences de Paris (Université Pierre et Marie Curie).


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