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Croyances

Publié en ligne le 25 mars 2006 -

Questions posées dans le groupe de discussion :

Quelle différence peut-on établir selon vous entre croyance (credere) et conception du rapport à l’environnement ? Dans quelle mesure les sociétés dites "primitives" se basent-elles sur une modélisation de ce qui les entoure plutôt qu’un credo abstrait ?

Réponse d’Éric

Le terme "credere" est à n’employer que dans le cadre des religions, la référence est au "credo" chrétien, et à pour fonction de montrer que le fondement de l’adhésion religieuse n’est pas la foi mais la croyance, la foi qui génère le "religare" est la conséquence de la croyance ; Nous n’avons jamais "la" foi.... mais toujours "la foi en quelque chose". C’est une ellipse dans le discours qui entraîne cette confusion, ensuite accentué par les théologiens. Le "credere" relève donc du phénomène de la croyance dans le cadre d’une religion et/ou des questions relatives à ces sujets.

La croyance est plus vaste, puisque la définition précise d’une croyance est le fait d’admettre pour vrai une idée sans preuve ou sans réflexion critique. La croyance n’est donc pas relative en soi au sujet mais au fonctionnement intellectuel de la personne qui admet sans user de sa réflexion et sans essayer de réellement comprendre. La croyance est de l’ordre d’une non-pensée, de la non-pensance. Ainsi, si on me dit que la terre est ronde (alors que dans mon expérience première sensorielle et intuitive, elle est toujours plate) et que je l’admets telle une éponge, sans poser de réflexion, alors j’en fais une croyance.

(...)
Le théologien est tout autant dans la croyance que le charbonnier. Au moins le charbonnier est excusable, ce n’est pas son métier. Le théologien est pire, car il n’utilise pas la raison, sa réflexion critique pour examiner les fondements de sa croyance, mais pour "justifier" - et le mot justifier est important - pseudo-rationnellement la croyance religieuse et sa propre croyance.

Les théologiens de toutes religions ne discutent jamais, et ne réfléchissent jamais selon les voies de la raison à ces questions car ils ont déjà la conclusion. Ils ne partent pas d’une investigation du réel qui les amènerait à découvrir objectivement l’existence de Dieu, ils font le chemin inverse. C’est pour cela que l’accord entre les théologiens de deux religions différentes est impossible. Leur référent n’est pas le réel ou une connaissance fondée sur le réel, mais l’univers subjectif de la croyance religieuse.(...)

Toutes les sociétés primitives, ou plutôt les sociétés traditionnelles reposant sur une conception magique et mythique du réel, ont une modélisation précise et complexe du monde. Il serait faux de croire qu’elles n’ont pas une représentation modélisée du monde.

Mais en raison de l’absence de moyen objectif de comprendre le réel (la science est née seulement au 6ème siècle avec les présocratiques, et encore elle est restée limitée à une infime partie de l’humanité jusqu’à peu de temps encore), cette "représentation" du réel ne pouvait s’appuyer que sur des conceptions magiques, surnaturalistes et mythiques, que leur fonctionnement traditionnel a transformé en croyances structurelles et collectives religieuses. C’est pourquoi, dans ces sociétés et les religions qui en sont issues, la vision du monde est structurée par des croyances religieuses, donc par le "credere".

Par contre, on peut établir une représentation du monde sur d’autres modes de pensée que la pensée magique, donc ne reposant plus sur la croyance, l’imaginaire,... etc. C’est ce que les présocratiques on apporté à l’humanité en ouvrant les voies de la raison, permettant d’établir une compréhension du monde réelle et une représentation fondée, confrontée à l’expérience critique, à la rationalité, et de plus en plus objective au fur et à mesure des progrès scientifiques.

Pour synthétiser ma réponse, nous pouvons avoir une modélisation du réel qui ne repose plus structurellement sur la croyance. Par contre, faut-il encore que les gens y réfléchissent un temps soit peu pour éviter d’en faire, dans leur esprit, une croyance comme une autre, même si au départ l’information n’est pas une croyance. Vaste problème qui montre toute l’importance de la démocratisation et de la diffusion du savoir scientifique.

Question : Peut-il ensuite y avoir une forme de reliance "profane", à l’instar des actions de Mère Teresa par exemple ?

Dans le cas de Mère Téresa, sa "reliance" horizontale qui s’ajoute à sa reliance "verticale" est tout sauf profane. Pour que la reliance soit, non pas profane (car le terme profane est le corollaire de sacré et est défini par le sacré), mais laïciste, non-confessionnelle, ou pour employer le terme habituel en la matière "horizontale", il vaut mieux parler de mouvement tels que le Secours Populaire ou bien des organisations humanitaires non confessionnelles. En tout cas, la reliance est parfaitement possible hors de toute religion, hors de tout "credere".

Woodstock fut un beau moment de reliance humaniste, ou la dernière grande éclipse de soleil en 1999 - Comme aurait dit le marquis de Laplace, nous n’avions point besoin de l’hypothèse "dieu" pour nous relier, pour avoir conscience de cet "être ensemble" qu’il soit à Woodstock avec les participants ou avec le spectacle de l’univers avec l’éclipse.


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